AFFAIRE TELIKO : Le CSM retient le bl'me

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De 10 h jusqu'aux alentours de 22 h, magistrats et avocats se sont vaillamment battus pour empêcher toute condamnation au président de l'UMS, victime, selon eux, de son indépendance et de sa liberté de ton.

Le combat aura été mené jusqu'à son terme par l'Union des magistrats sénégalais (UMS). Hier, à la Cour suprême, ils étaient 11 magistrats à prendre la parole pour plaider la cause de leur président. Sans compter la dizaine d'avocats qui se sont joints à la cause pour défendre le président de l'UMS. Parmi eux, le tonitruant Maitre El Hadj Diouf, Mes Ciré Clédor Ly, Boubacar Wade, entre autres. Au sortir de plaidoiries qui ont duré plusieurs tours d'horloge, le blâme a été retenu contre le juge Souleymane Téliko.

En effet, la chambre disciplinaire du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) a estimé que le président de l'UMS a violé le droit de réserve, conformément aux dispositions de l'article 11 du statut des magistrats. Lequel dispose, à son dernier alinéa: « Les magistrats peuvent, sans autorisation préalable, se livrer à des travaux scientifiques, littéraires, artistiques ou d'arbitrage. Il leur est interdit de traiter dans les médias des sujets autres que ceux d'ordre professionnel ou technique.''

Il en résulte que les magistrats peuvent bel et bien intervenir dans les médias. Mais sous réserve de n'aborder que des questions d'ordre technique et professionnel. Pour le Conseil supérieur de la magistrature, face au journaliste Mamoudou Ibra Kane, dans le « Jury du dimanche'', le président de l'UMS a répondu à une question politique et non technique.

Une hérésie, selon cet avocat qui s'est confié à « EnQuête''. « Tout dans l'objet de l'invitation de Téliko portait sur des questions techniques touchant au bon fonctionnement de la justice. Cela a fait l'objet d'un protocole d'entretien qui lui a été envoyé et que nous avons versé au dossier. Et personne ne peut indiquer, dans ce protocole, des questions ayant trait à la politique. Il est manifeste que l'objectif du ministre est d'affaiblir l'UMS. Mais c'est peine perdue.''

Le moins que l'on puisse dire, c'est que les effets de la sanction sont plus d'ordre moral qu'autre chose. Parmi les 11 mesures disciplinaires prévues par l'article 20 de la loi organique sur le statut des magistrats, dont trois relevant des sanctions de premier degré (moins lourdes), le blâme est le plus léger. Selon nos interlocuteurs, elle n'a aucune incidence particulière sur la carrière du magistrat.

Toutefois, comme le militaire engagé sous les drapeaux, le rêve de tout magistrat est de mener une carrière sans aucune tache. En cela, le blâme peut faire mal, surtout quand on estime n'avoir commis aucune faute. « Pour Téliko, il n'a pas du tout à rougir, puisque cette sanction lui a été infligée à cause de son engagement pour une justice indépendante et performante'', a fulminé la robe noire.

Le président de l'UMS a été traduit, sur demande du ministre de la Justice, devant la chambre administrative du Conseil supérieur de la magistrature, pour répondre d'une accusation de violation du devoir de réserve.

En effet, le 12 juillet dernier, au cours de l'émission « Jury du dimanche'' sur iRadio, il s'était prononcé sur l'affaire Khalifa Ababacar Sall. Interpellé par le journaliste sur la décision de la cour de Justice de la CEDEAO qui cassait la décision rendue par le tribunal de grande instance de Dakar, il avait conforté la position du juge communautaire. Plus d'un mois après, le « crime'' fut déterré en pleine affaire Ngor Diop, affecté pour avoir osé condamner, contre l'avis de la tutelle, un dignitaire religieux dans le Fouta.

MOR AMAR

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