Aïssata Tall Sall, une politicienne tout en zig-zag

Aïssata Tall Sall, une politicienne tout en zig-zag

Dakarmatin Le 2019-11-12  Source

Me Aïssata Tall Sall est-elle cohérente dans sa démarche politique ? La question mérite d'être posée si l'on suit le parcours politique et les prises de position de la mairesse de Podor qui évolue de contradictions en contractions. A force de ramer contre-courant de ses idéaux, l'on en arrive se demander si Aïssata Tall Sall est cohérente et conséquente avec elle-même.

Incohérence ou absence totale de logique ? Ce sont ces interrogations qui viennent l'esprit si l'on suit la démarche politique de la députée Aïssata Tall Sall nommée nouvelle Envoyée spéciale du président Macky Sall. Le 10 avril 2016, dans la ville des Mureaux, en France, l'avocate sort du bois et déclare ce qui suit et qui avait valeur de rébellion : « lePartiSocialisteneseraplusun compriméaspirinedissoudredansleverre deMacky.Quellequesoitlasituation,lePs aurasoncandidaten2019 » assurait la mairesse de Podor.

Le 24 avril 2016, dans l'émission « Objection » de Sud Fm, l'alors égérie du Parti socialiste pimente encore le « Macky » en appelant l'évaluation du compagnonnage entre cette formation et l'Alliance pour la République (APR) au sein de la coalition Bennoo Bokk Yaakaar. La teigneuse avocate indiquait en effet que le Ps n'a pas pour vocation de tenir la sacoche de l'Apr. Mieux, elle estimait qu'il doit mettre fin au dit compagnonnage, s'il le faut, « car cela n'a abouti rien de concret ». De son point de vue, son parti devait mettre en place un projet politique pour aller la reconquête de la confiance des Sénégalais. Me Aïssata Tall Sall disait regretter que les fruits du compagnonnage entre le Ps et l'APR n'aient pas tenu la promesse des fleurs.

Pour cause, avait-elle expliqué, le parti du président Senghor s'était affaibli l'intérieur de la coalition Bby. « LavocationduPsn'estpas detenirlasacochedel'APR,maisc'estd'être unpartiquidoitallerlaconquêtedupouvoir. Nous avons été dans cette coalition jusque-l,nousn'avonspasvu,pendanttout ce compagnonnage, ce que nous, nous avonspuapporterdesignificatifetdedéterminant quiétaitprisencompte.Pourquoiallons-nous continuerlefairéSipournous, notrevocationc'estdegérerleSénégal,il fautarrêter,mettreenplaceunprojetpolitique, notreprogrammepourleSénégalet le soumettre au peuple sénégalais», avait déclaré l'ancienne challenger d'Ousmane Tanor Dieng au dernier congrès de renouvellement des instances du Ps. « Ilfautquele parti reviennelui-mêmeetarrêted'emprunter lecheminquin'estpaslesien.LePs doitreconquérirlaconfiancedupeuplesénégalais.

Ets'illefaut,ildoitmettrefinson compagnonnageavecBennooBokkYaakaar, carcelan'aaboutiriendeconcret», insistait encore Me Aïssata Tall Sall lors de cette émission politique de la radio Sud Fm. Un mois auparavant, Me Aïssata Tall Sall avait pris le contrepied du défunt secrétaire général de son parti, Ousmane Tanor Dieng, et attaqué le président Macky Sall. C'était le 21 février 2016. Se prononçant sur le respect de l'engagement de ce dernier de réduire la durée de son mandat cinq ans contre sept auxquels il avait droit, l'ancienne ministre de la Communication du président Abdou Diouf soutenait que « laparolepublique vautplusquel'écrit.Mackydevaitrespecter sonengagement » d'autant que « le Conseil constitutionnel a rendu un avis » qui ne le lie pas.

Très en colère, Me Aïssata Tall Sall concluait que le référendum de cette année-l n'avait plus de sens parce que le peuple n'a pas été entendu alors que c'est lui qui devrait arbitrer la réduction du mandat. La nouvelle Envoyée Spéciale du président de la République ne s'en était pas arrêtée l. Elle avait même craché sur le Haut Conseil des Collectivités Territoriales (Hcct) qu'elle considérait comme une sorte de salmigondis. Autrement dit, des restes de tout. « Un peudesalade,unpeud'oignon,unpeude choux,unpeudecarotte.C'estcelalesalmigondis. Personnellement,j'airêvéd'autres chosespourlui(Tanor).Mêmesi,peut-être, lescirconstancesl'amènentsecontenterde cela.Quandonavoulupourluiprésidentde laRépubliqueetquecen'étaitpaspossible, onapenséPremierministreetquecen'était paspossible,onapenséprésidentdel'Assemblée nationaleetquecen'étaitpaspossible, jedisais:«Iln'aqu'resterleconseiller officieuxdeMackyetqu'ilsoitentourédece halodemystèreetdepouvoir.Aujourd'hui, c'esttoutcelaquiestpercé », attaquait Me Tall Sall lors d'une interview accordée en novembre 2016 nos confrères du journal « Le Quotidien ».

La « lionne du Fouta » ne s'en était pas arrêtée l. Elle était allée jusqu' claquer la porte de « Verts » de Colobane. Elle « Ose » ensuite l'avenir en posant sa candidature la présidentielle de 2019 avant d'être recalée pour n'avoir pas eu le nombre de parrainages requis.

La grande déception

Aimée et respectée des Sénégalais pour son engagement et son opposition pugnace au régime de Benno Book Yaakar, Me Aïssata Tall allait surprendre son monde en décidant, quelques jours de l'élection présidentielle de février dernier, de rejoindre la nouvelle majorité présidentielle et son candidat Macky Sall. « Notrecoalitionest enphaseavecelle-même,aveccequ'elle croitêtrel'intérêtduSénégal [?].Voil pourquoi nous avons décidé, de façon consciencieuse, méticuleuse, studieuse, de soutenir le candidat Macky Sall », avait-elle annoncé lors de sa conférence de presse du 28 janvier 2019. L'ancienne porte-parole du Parti socialiste qui avait été pourtant exclue de la formation en décembre 2017, en même temps que 64 militants dont Khalifa Sall, Bamba Fall (maire de la Médina) ou Barthélémy Dias (maire de Mermoz-Sacré-Coeur), pour s'être montrée hostile l'alliance nouée par son parti avec Macky Sall, venait de décevoir cette même opinion publique qui l'admirait jusque-l. Elle qui avait par la suite exhorté Khalifa Sall « prendre ses responsabilités » pour se lancer l'assaut du pouvoir, avait été traitée de tous les noms d'oiseaux lors de son retournement de robe.

Elle « trahit » Khalifa et obtient sa part du gâteau

Enième incohérence de la mairesse de Podor. Me Aïssata Tall poussera ainsi l'ancien maire de Dakar dans la gueule du loup avant de lui tourner le dos. Depuis la présidentielle, elle s'était ce point effacée de l'espace politique que des internautes avaient lancé des avis de recherche pour la retrouver. Mais le moins que l'on puisse dire est que sa « traitrise » l'endroit de ses anciens compagnons d'infortune du PS semble être payante. Car, elle a été nommée, le jeudi 07 novembre dernier, par décret, Envoyée spéciale du président de la République, en remplacement de Mme Aminata Touré, actuelle présidente du Conseil économique, social et environnemental (Cese). Ainsi va la politique sous nos cieux avec de spectaculaires retournements de vestes. Pardon, de robes !

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