Bénin : Les tensions à  la veille de la présidentielle font redouter une coupure d’internet

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« Pour le moment, ça marche, mais on est inquiet pour le jour J », explique Eskile, un jeune vendeur du centre de Cotonou, ses deux téléphones portables à  la main. « Il y a des rumeurs qui disent qu’avec la crise, ils pourraient couper pour empêcher la diffusion de fake news sur les réseaux sociaux », souligne Sidi Mohammed, conducteur de zem, les taxi-motos béninois.

la veille de l’élection présidentielle et alors que deux personnes ont été tuées par balle lors d’une intervention de l’armée à  Savè, dans le centre du pays, la crainte du black-out monte doucement chez les Béninois. Certains redoutent une réédition de la coupure qui avait marqué les élections législatives contestées du 28 avril 2019. « Je me souviens, tout d’un coup, on ne pouvait plus rien faire, on n’avait plus d’accès ni à  Facebook ni à  WhatsApp, se rappelle Carl, qui travaille comme chauffeur privé. Au début, je pensais que c’était juste un problème dans la zone o๠je me trouvais, et après j’ai compris que c’était partout. » Une coupure en deux temps, précise Glory Cyriaque Hossou, juriste et membre d’Amnesty International, qui coanimait jeudi dans la capitale économique un « tweetup » [une conférence diffusée sur les réseaux sociaux, ndlr] autour de cette question. « Dans les premières heures du scrutin, on a d’abord remarqué une restriction de l’accès à  certains réseaux sociaux puis on a assisté à  une coupure complète de l’internet. »

Une première dans le pays et un « choc » pour des Béninois habitués à  une certaine liberté de parole. « Normalement, on ne devrait pas couper, se désole Marielle, une vendeuse de vêtement. On doit pouvoir mettre des vidéos et des informations en ligne et que le monde entier puisse savoir ce qui se passe, surtout au moment des élections. »

« Rien ne peut justifier une coupure d’Internet, insiste le juriste Glory Cyriaque Hossou, qui rappelle que la lutte contre la diffusion des fausses nouvelles ou la préservation de la sécurité nationale font partie des principales raisons invoquées par les gouvernements pour censurer Internet et souligne que le procédé, en empêchant les citoyens de communiquer et les journalistes de publier des informations, laisse aussi les gens « à  la merci des rumeurs ». Le militant des droits de l’homme rappelle : « Couper internet en période électorale ou non est une violation des droits humains. »

Depuis le début de la campagne électorale, Amnesty International et ses partenaires de l’Association des blogueurs du Bénin ou encore de l’Internet Society Bénin ont lancé en ligne le hashtag #CoupezPasInternet. Une campagne qui « vise à  attirer l’attention des gouvernants et de la société sur les lourdes conséquences que revêt une coupure de l’Internet sur l’économie, l’éducation et la société », indique l’Internet Society Bénin sur son site internet. Des organisations qui appellent les autorités béninoises à  s’abstenir de bloquer internet avant, pendant et après l’élection présidentielle du 11 avril.

moins de 48h du scrutin, internet et les réseaux sociaux fonctionne bien au Bénin, même si le juriste estime que certains problèmes de débit ces dernières semaines pourraient constituer des signes avant-coureurs d’une censure numérique. L’organisation Netblocks, qui recense les altérations de réseaux, n’a de son côté pas signalé de dysfonctionnement.

Pour Glory Cyriaque Hossou, les craintes sont en tout cas légitimes. « Depuis 2019, on n’a pas eu de réponse claire du gouvernement sur ce qui a motivé la coupure internet. Donc, en l’absence d’explications, on peut penser que cela peut se reproduire. Et on n’a pas eu non plus de garanties de non-répétition ni de nos gouvernants ni des fournisseurs d’internet. »

« Les troubles que connaît le pays actuellement peuvent servir de prétexte à  une coupure, estime Harold Adjaho de l’Internet Society Bénin. L’incertitude est donc maximale, mais j’espère que le Bénin ne se retrouvera pas dans le noir dimanche. »

Des craintes renforcées par des exemples récents sur le continent, en marge d’élections ou de tensions politiques. Depuis le début de l’année, le Sénégal, le Niger, le Congo-Brazzaville ou encore le Tchad ont connu des coupures partielles ou totales d’internet.

Du côté des autorités, on balaye les inquiétudes d’un revers de la main. « Ce n’est pas au programme, assure le ministre de la communication Alain Orounla, contacté par RFI. Ce genre de chose arrive peut-être dans des démocraties moins certaines que le Bénin. Mais nous, on n’a rien à  redouter ».

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