Certains Dakarois font dans le relâchement
«Les chauffeurs d'ici (Rond-point Liberté 6) ne portent plus de masques ni de gants, certains sont insouciants alors que la maladie est toujours l en plus des cas communautaires qui commencent augmenter. On devrait plus se protéger mais on dirait qu'il y a du relâchement depuis cette semaine. Il y a même des embouteillages, les gens commencent reprendre leurs vieilles activités », constate Habib Kébé, un vendeur de décodeurs au Rond-point 6, masque au visage et gel antiseptique posé côté de lui.

Adossé sa voiture, en train de discuter avec six autres chauffeurs sans respecter la distanciation d'au moins un mètre, ce chauffeur de « clando » qui préfère taire son identité nous avoue qu'il ne respecte pas les mesures parce que, selon lui, «il y a discrimination dans la distribution des masques et gants parce qu'on voit que dans les sociétés, ce sont leurs responsables qui donnent de quoi se protéger. Alors que nous qui sommes des citoyens «lambda», de simples « gorgorlus», c'est extrêmement difficile».

Et de poursuivre : « Comment m'en sortir si je porte un masque et que je dois le changer tous les 3 heures ? Je suis dans la rue de 6 heures du matin 19 heures, ça sera difficile pour moi parce que on m'a dit que le plus bon des masques coûte 1500 francs et je dois changer ça toutes les 3 heures de temps. Donc, il me faut 3 masques par jour, ce qui fait que je devrais dépenser 5500 francs par journée pour me protéger alors que je ne gagne même pas 5000 Francs la journée. Comment je peux porter ça ?», questionne le chauffeur.

Et d'asséner sèchement qu'il préfère « avoir le coronavirus et être traité gratuitement Diamnadio ou être confiné dans les hôtels que d'acheter des masques 6000 Francs», sans gêne et sans mesurer la gravité de la situation. Non loin de l, Amane lui aussi chauffeur de « clando », dit être au courant des cas communautaires mais qu'il ne porte pas de masque. Interrogé sur pourquoi il ne se protège pas, la réponse que le chauffeur tombe comme un couperet. « Si tu vas avoir la maladie, tu l'auras. C'est ton destin, je ne vais rien porter», répond-il calmement sans inquiétude. Nous sommes toujours au niveau du Rond-point 6, terminus de la ligne 57. D'un « car rapide » qui ralentit, une phrase retentit d'une voix nasillarde : «Auto bi fi laye yam », expression wolof qui veut dire que «c'est le terminus».

Sitôt le rappel de l'apprenti du « car rapide », les quelques clients qui restaient dans la voiture se dépêchent de descendre. Nous nous approchons alors du chauffeur assis dans sa voiture et non muni de masque de protection. Interrogé sur la raison pour laquelle il ne portait pas de masque, le chauffeur nous dit alors en toute décontraction : « je me repose des masques, je suis fatigué de les porter tout le temps». C'était ça aussi une des facettes de certains Dakarois, face la psychose du Covid-19 et de sa nouvelle mue : la contamination communautaire.

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