CHRONIQUE NOUVELLES MESURES GOUVERNEMENTALES CONTRE LA COVID-19 : Entre pertinence et incohérences

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En faisant l’option de nouvelles mesures coercitives pour contenir ce qui s’apparente bel et bien à  une deuxième vague de la Covid-19, le gouvernement du Sénégal n’a pas seulement vu juste, il a aussi pris la mesure d’une situation qui, sur la pointe des pieds et dans la routine de nos négligences, conduisait l’ensemble de la communauté à  une véritable catastrophe nationale. Avec un taux de positivité de 13 %, il n’était plus possible de jouer à  l’autruche, ni de s’assujettir à  des considérations socio-religieuses souvent en déphasage avec les impératifs de gouvernance.

Mais si, dans leur quintessence, les dispositions du gouvernement semblent être de bonne facture, elles révèlent, dans le détail, des traits d’incohérences qui font penser que l’Etat a plus voulu faire dans le symbole que dans l’efficacité. Le couvre-feu à  21 h, par exemple, participe de cette incohérence. Si l’objectif affiché du gouvernement est de réduire les contaminations et de conjurer les effets mortifères de cette deuxième vague, on comprend mal qu’il décrète un couvre-feu  dont les conséquences projettent des milliers d’usagers des transports publics vers leurs moyens de transport aux heures de pointe et au même moment, dans le but de rentrer à  domicile avant 21 h, non sans avoir fait un détour par le marché ou le supermarché ( qui ferme avant 20 h) pour les besoins du diner. Le spectacle des »˜’Ndiaga Ndiaye’, Tata et autres Dakar Dem Dikk bondés dès 17 h, est d’un surréalisme saisissant et en parfaite contradiction avec les mêmes dispositions gouvernementales qui limitent les passagers dans les transports publics, interdisent les places debout et imposent, de facto, une indispensable distanciation.

Ce qui est vrai pour les transports, l’est, hélas, aussi pour les espaces commerciaux o๠affluent usagers stressés et pressés de rattraper à  temps le dernier bus, pour être dans les délais prescrits.

Les décideurs politiques ignorent-ils la réalité de ces clusters itinérants ou fixes qui, justement à  cause de ce couvre-feu, à  l’évidence mal pensé, risque de décupler le pourcentage de positivité à  la Covid-19 actuellement observé ?

On peut comprendre que le gouvernement n’ait pas voulu aller jusqu’au bout de la logique qui s’imposait : la réalité économique du pays, largement impactée par la pandémie et qui situe pour 2020 le taux de croissance à  1,1 % au lieu des 6,8 % attendues dans un contexte  o๠le secteur informel porte 97 %  de l’activité économique, interdisait tout retour à  un confinement, fà»t-il partiel. Les pesanteurs socio-religieuses évoquées plus haut, ont sans doute fait le reste.

Et ce n’est pas forcément une mauvaise chose, car, sans aller nécessairement à  un confinement généralisé, des mesures de coercition individuelles, qui en appellent à  la responsabilité de tous et de chacun, ont vocation à  conduire à  des résultats plus probants dans la lutte contre la pandémie. L’arrêté n°06-0102021-000031, signé du ministre de l’Intérieur et prescrivant le port obligatoire du masque dans tous les espaces publics ou privés, participe de cette pertinence et agit plus efficacement dans le sens de la circonscription du mal, qu’un couvre-feu aux effets antagonistes et au demeurant contesté.

 Dans l’attente d’un vaccin, dont l’acceptation par les populations constituera, à  terme, une autre problématique, la décision politique doit, à  chaque étape, veiller à  l’allègement des contraintes et à  l’efficacité des mesures. Et cela n’est pas contradictoire. Bien au contraire ! En renonçant au confinement qui s’est imposé au-delà  de la Méditerranée comme une panacée séquentielle à  l’épidémie, mais qui n’a rien à  voir avec les réalités du Sénégal ; en contraignant les citoyens au port obligatoire du masque et aux mesures prophylactiques qui les amènent à  questionner leurs propres responsabilités, le gouvernement du Sénégal faisait déjà  la bonne option. Dans un contexte planétaire ou l’incohérence et une certaine forme de politique gribouille, président à  la gestion d’une pandémie chamboule-tout, cela est à  saluer. Sous réserve de la suppression d’un couvre-feu dont l’efficacité est trop largement discutable pour qu’il soit maintenu.

PAR PHILIPPE D’ALMEID

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