CHRONIQUE PAR PHILIPPE D’ALMEIDA INVESTITURE DE JOE BIDEN : »˜’Un jour nouveau se lève pour l’Amérique »

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Donald Trump a quitté la Maison-Blanche, à  quelques heures de la fin de son mandat, pour le destin qu’il aura loisir de se confectionner, partagé entre la poursuite de sa vie d’homme d’affaires et le prolongement d’une carrière politique qu’on imagine vouée à  la déconstruction de la mécanique Démocrate qui le poussa vers la sortie.

La première option est difficile ; ses affaires sont au plus mal, confronté qu’il est à  la défiance des banques qui, jadis, se pressaient aux portiques pour lui faire des prêts, notamment la Deutsch Bank, et à  l’affaissement de ses affaires hôtelières prises, comme partout, dans le tourbillon délétère  de la Covid-19 qui pesa pour beaucoup dans l’effritement de sa popularité.

La deuxième option est largement la plus plausible : jusqu’à  l’ultime instant, il aura refusé à  son successeur la reconnaissance de sa victoire, digérant mal, moins la défaite tout court que la défaite face à  Joe Biden auquel il voue un mépris à  peine dissimulé. La veille de l’investiture, dans ce qui peut être considéré comme un discours d’au-revoir plus que d’adieu, il souhaite bonne chance à  l’Administration qui succède à  la sienne, sans nommer une fois son successeur.

C’est dire l’ampleur de sa frustration et l’évidence qu’il n’aura de cesse de démontrer que Biden ne peut être à  la hauteur de la tâche pour laquelle, selon lui, il organisa la »˜’fraude massive » qui lui valut la victoire. »˜’Je reviendrai d’une manière ou d’une autre », a-t-il dit à  l’adresse de ses militants, non sans avoir souligné que »˜’l’entreprise commencée n’est qu’à  ses débuts ». Comprenne qui pourra !

L’on peut imaginer que s’appuyant sur des médias de sa propre création, il se donnera plus de temps et de moyens pour formaliser le trumpisme, ce courant hybride fagoté d’un fort nationalisme, d’un soupçon de racisme et d’une bonne dose de suprémacisme, le tout mis en sourdine sous son règne, mais que la nature des évènements lui fit révéler, à  la stupéfaction de tous, au cours de l’affaire George Floyd, pendant laquelle il n’afficha aucune empathie à  l’égard de la victime et de ceux qui manifestèrent pour elle, mais au contraire, montra sa détermination à  réprimer les colères.

Ce trumpisme est un populisme qui sape par la division, la démagogie et le mensonge systématique, les fondements de la démocratie américaine, s’appuyant majoritairement sur la crédulité des couches ouvrières et pauvres du pays, mais aussi sur les nouvelles fortunes pas forcément éduquées et qui trouvent en Trump le défenseur brutal et rassurant de leurs avantages acquis plus ou moins honnêtement.

Mais l’option politique ne sera pas, pour Trump, une promenade anglaise ; la multiplicité des menaces juridiques qui pèsent sur lui, aussi bien pour des affaires de mÅ“urs, d’agressions sexuelles et de fraudes fiscales, antérieures à  sa présidence qu’aux actions d’Impeachment initiées contre lui, risque de contrecarrer ses futures prétentions politiques, notamment la création d’un troisième parti politique dont il serait le leader historique et iconique, et de vicier le courant idéologique et politique qu’il a voulu faire naitre dans une Amérique prise dans le tourbillon de ses inégalités,  de ses divisions et de ses ressentiments.

Joe Biden hérite, quant à  lui, d’un pays malade et fracturé. Il se fixe déjà  des priorités, et d’avoir une majorité au Congrès lui en donne les francs leviers : la lutte contre la Covid qu’il présente comme un devoir patriotique ; la réconciliation de  l’Amérique, fracturée comme jamais ; l’environnement, qui va le reconnecter au reste du monde par la réintégration des Accords de Paris sur le climat ;  enfin, le règlement de la question migratoire, notamment par l’arrêt de la construction du mur à  la frontière mexicaine et la régularisation de plus de 11 millions de sans-papiers.

Au plan économique, un programme de relance de plusieurs milliards de dollars viendra atténuer, dans les familles, les effets de la Covid-19 et apaiser les colères sociales. En disant aux Américains qu »’un jour nouveau se lève pour l’Amérique », le nouveau président affiche la détermination de son Administration à  faire oublier le règne »˜’hors norme » de Donald Trump et à  replâtrer les fissures d’une société au fond déboussolée par ses excès, ses incohérences et son ego qui lui ont fait encourir le pire, le 6 janvier dernier, par la violente invasion du Capitole par des militants trumpistes.

Biden sait que de la réussite de son entreprise politique et surtout de son succès dépendra la nécessaire amnésie des Américains sur ce qui fut le règne chaotique de Trump. En réussissant le défi de la réduction des vulnérabilités et des inégalités ; en gagnant le pari d’une Amérique apaisée et plus occupée à  prospérer qu’à  s’affronter, il sait qu’il construira un pays plus grand qu’il ne l’a jamais été, non pas dans l’habillage fumeux d’un slogan, mais dans la réalité construite d’un pays qui sait qu’il a vocation à  être un modèle pour le monde libre et pour tous les hommes épris de liberté.

Pour y arriver, le nouveau président va devoir aller vite.

 

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