Cinéma -Nejib Belkadhi: «"Regarde-moi" est avant tout une ode la différence»

Le Festival du film de Marrakech, autre grand rendez-vous dans le calendrier culturel du Maghreb, suit, dans le 7e art, les Journées cinématographiques de Carthage, dont la 29e édition a une fois de plus montré la vitalité du cinéma tunisien et le désir des réalisateurs d'en découdre avec le présent dans ce qu'il a de plus dur. De plus préoccupant aussi. Dans leurs longs métrages de fiction, Fatwa et Mon cher enfant, Mahmoud Ben Mahmoud et Mohamed Ben Attia se sont emparés en effet de la question de la radicalisation d'une partie de la jeunesse tunisienne. Tandis que dans son documentaire Subutex, Nasreddine Shili a filmé deux hommes forcés de s'installer dans un vieux hammam pour vivre leur amour malgré la drogue, la violence et enfin la maladie. Quant Nejib Belkadhi, il a opté pour une approche plus inattendue de la marginalité. À travers l'histoire d'un jeune garçon autiste (Idryss Kharroubi) et de son père (Nidhal Saadi), il a réalisé avec Regarde-moi une fiction très délicate sur la différence.

Après le très remarqué Bastardo (2013), fable politique aux accents fantastiques, Nejib Belkadhi n'était pas attendu sur ce terrain. Saluée par un public venu très nombreux assister aux deux projections du film lors des JCC, la réussite est d'autant plus remarquable. Elle doit beaucoup au long travail de documentation et d'immersion du réalisateur dans des centres spécialisés et auprès de familles d'enfants autistes, sensibles la justesse du scénario et du jeu. Notamment connu pour sa prestation dans la très populaire série tunisienne Awled Moufida dont il est devenu la coqueluche, l'acteur et humoriste franco-tunisien Nidhal Saadi incarne pour sa première expérience au cinéma un personnage tout en nuances. Quant Idryss Kharroubi, il campe avec une précision étonnante l'enfant du film, miroir de la société qui l'entoure. Révélateur des rapports complexes qu'entretient celle-ci avec l'Autre.

Le Point Afrique: Il y a cinq ans, vous réalisiez un premier long métrage de fiction, Bastardo, tragi-comédie dans laquelle un orphelin bouleverse la vie d'un quartier en y installant une antenne GSM. Peuplé de fantômes et autres créatures surnaturelles, telle une fille aux insectes, ce film semble n'avoir rien de commun avec Regarde-moi. Pourquoi ce changement de registré

Nejib Belkadhi: Je ne vois pas l'intérêt de faire deux fois le même film. En 2006, je suis entré dans le métier avec un documentaire, VHS Kahloucha, où je suivais le tournage de Tarzan des Arabes. Un des nombreux films faits sans aucun moyen par Moncef Kahloucha, peintre en bâtiment et réalisateur fou des films de genre des années 1970. Vient ensuite Bastardo, qui n'a rien voir. Comme c'est souvent le cas dans une première oeuvre de fiction, j'ai voulu tout mettre dedans. De la musique, des effets, du théâtré Cela au service d'une fable certes émaillée de fantastique, mais la signification clairement politique. Pour Regarde-moi enfin, dont le sujet m'a été inspiré par la série Echolila Series du photographe américain Thimothy Archibald autour de son fils autiste, j'ai eu envie de quelque chose de beaucoup plus léger et naturaliste. À chaque film sa genèse, son temps, son contexte.

Avec la série de photographies que vous citez, Thimothy Archibald a dit avoir réussi créer un lien avec son enfant. C'est aussi l'histoire de Regarde-moi où Lotfi (Nidhal Saadi), Tunisien installé en France où il a refait sa vie, est soudain forcé de retourner en Tunisie s'occuper de son fils Youssef qu'il ne connaît pas.

Bien que l'autisme soit au centre du film, je crois......

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