CRISE AUX GRANDS MOULINS DE DAKAR : La tension monte

CRISE AUX GRANDS MOULINS DE DAKAR : La tension monte

Enqueteplus Le 2020-09-27  Source

Les travailleurs des Grands Moulins de Dakar ont organisé un sit-in, hier, devant les locaux de l'entreprise, sous le regard intimidant de quelques nervis recrutés, dit-on, par la Direction générale de l'entreprise.

Le bras de fer entre l'administration des Grands Moulins de Dakar (GMD) et les travailleurs de ladite société se poursuit. Ces derniers ne désarment pas. Ils ont organisé un sit-in hier. La revendication fondamentale reste la même : la réintégration de 5 de leurs camarades. Leur combat a duré 4 mois, mais ils n'ont rien perdu de leur détermination.

Ainsi, ni la présence de nervis mobilisés par la Direction générale des GMD, encore moins la forte chaleur de ce vendredi ensoleillé n'ont pas empêché les contestataires de se faire entendre, une fois de plus. Rouges de colère, ils ont marché, sous l'encadrement de la police, dans les rues de la zone industrielle, scandant des slogans hostiles aux dirigeants de l'entreprise agro-alimentaire. Après quelques minutes de marche, ils se sont arrêtés devant les locaux de l'entreprise.

Secrétaire général du Syndicat national des travailleurs des industries alimentaires affilié la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (CNTS), Lamine Faye a estimé que depuis avant-hier, "il n'y a qu'un seul moulin qui fonctionne dans cette entreprise''. Tant que les protestataires n'obtiendront pas gains de cause,le mouvement d'humeur va se poursuivre. C'est ce qu'a fait savoir la déléguée du personnel aux Grands Moulins de Dakar, Seynabou Niang. "S'il n'y a pas la réintégration de nos cinq camarades, on va poursuivre la lutte tout le temps qu'il faudra'', prévient-elle, estimant que ses camarades licenciés "n'ont pas fauté''. Et que même s'ils avaient commis une faute, "il ne pourrait s'agir de faute lourde''.

Ainsi, Mme Niang, argue que la direction des GMD "a violé l'ordonnance du chef de l'Etat'' qui prohibe le licenciement pendant cette période de Covid-19, dans le but de protéger les travailleurs. "Ils ont licencié des travailleurs pour le simple fait d'avoir créé un groupe WhatsApp. Et ils ont essayé de leur coller des motifs'', dit-elle. En six ans, on a assisté plus de 70 licenciements "abusifs'', a fait savoir Seynabou Niang.

Au-del des licenciements "abusifs'', les travailleurs des GMD ont déploré de mauvaises conditions de travail. Ils ont avancé que cela fait plusieurs années qu'il existe un climat délétère "extraordinaire'' aux GMD.

En effet, ils reprochent aux employeurs de la société d'avoir remis en cause leurs acquis sociaux. "Cela fait 5 ans que nos enfants ne sont pas partis en colonie de vacances, alors qu'on entend la direction générale dire que c'est cause de la Covid-19 qu'il n'y a pas eu de colonie de vacances'', a dit Mme Niang. Elle ajoute : "On nous dit que le prêt n'est pas obligatoire. ?a, on le sait. Mais notre prêt habitat, c'est un prêt revolving que les Mimran avaient octroyé aux travailleurs. Et les directeurs qui sont passés ont augmenté cette enveloppe de 200 jusqu' 300 millions aujourd'hui. Chaque six mois, on se réunissait pour distribuer des enveloppes aux candidats au prêt habitat''. Selon elle, tous les travailleurs qui ont eu avoir "un logement digne de ce nom'' l'ont eu grâce cette enveloppe prêt habitat. Mais aujourd'hui, "la direction a pris cette enveloppe et prétextait qu'elle va nous donner des terrains Diamniadio''.

La direction des Grands Moulins de Dakar a pu apporter sa version. Le directeur des ressources humaines et de la communication au sein de ladite entreprise, a d'emblée minimisé l'ampleur de la grève déclenchée depuis jeudi par les travailleurs: "Le mot d'ordre a été donné le 24 septembre. Nous avons vu que cette grève a été assez faiblement suivie et que la réponse de la majorité silencieuse du personnel des Grands Moulins est de préserver et continuer travailler. Je pense que c'est un préalable qui n'est pas neutre. Nos clients sont livrés. Nos fournisseurs nous livrent. Et du pain ne manque pas dans le pays.''

Pape Abdoulaye Djigal, qui a esquivé certaines questions, ajoute que "le droit du travail prévoit certaines prérogatives, des manières de gérer certains comportements. Ce qui s'est passé est d'une extrême gravité. ?a porte sur des faits qui sont avérés d'insultes, d'outrages, de menaces, et un tel niveau d'amplification que la direction générale n'a pas pu ne pas donner une suite. Pour lui, il aurait juste fallu qu'il y ait "une démarche plus simple, conciliante, respectueuse de demande de clémence et de reconnaissance des faits qu'on n'en soit pas ce niveau''.

Toutefois, la direction générale se dit ouverte au dialogue. "Je suis convaincu que le dialogue peut être porteur de progrès, si les acteurs sont des vrais acteurs du dialogue'', lance M. Djigal.

En tout état de cause, hier, l'inspection du travail a convoqué les travailleurs. Sur ce point, le syndicaliste Lamine Faye déclare: "Nous y allons pour l'écouter. Si les portes du dialogue s'ouvrent correctement et qu'on comprenne qu'ils sont revenus de meilleurs sentiments, nous allons arrêter la grève. Sinon, la semaine prochaine, nous remettrons encore 48 heures.''

BABACAR SY SEYE

Nous vous recommandons

Actualité

Sonko saisit encore l'Assemblée

Sudonline