Djibouti abrite la première base française en Afrique, Macron va la visiter

Longtemps, la France a été la seule «protection» de cette république de la Corne de l'Afrique, menacée par sa voisine somalienne, foyer de nombreux groupes terroristes, par l'Erythrée sur le pied de guerre, et par un géant, l'Ethiopie qui, mis part le train Addis-Abeba-Djibouti, n'a pas d'accès la mer pour écouler ses marchandises. Djibouti abrite toujours le plus grand dispositif militaire permanent français sur le continent. Mirages, hélicoptères, un régiment, terrains de manoeuvre et port de ravitaillement pour la marine, soient1450 hommes, permettent aux forces françaises d'être portée de canon du détroit de Bab-el-Mandeb, et de la route maritime par où transitent40% du trafic mondial, vers l'Asie, et l'Europe avec le canal de Suez. Aujourd'hui, la France n'est plus seule occuper la place. Six, sept, si on compte le petit détachement d'experts allemands, nations ont ouvert des bases, contre des «loyers» l'Etat djiboutien.

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Le camp des Français a été vite occupé par les Marines américains...

Tout a commencé sous la présidence de Nicolas Sarkozy, quand l'Alindien, l'amiral qui commande les forces navales de l'océan Indien, a été déplacé avec son état-major aux Emirats arabes unis. A suivi la 13e demi-brigade de Légion étrangère qui, après un séjour avec réduction d'effectifs dans ce pays du Golfe, a été reconstituée au complet dans son nouveau camp du plateau du Larzac. De2900 hommes, les Forces françaises Djibouti (FFDJ) ont été, par souci d'économie, diminuées de moitié.

Le camp Lemonnier qui abritait la légion n'est pas resté vide longtemps. Il abrite depuis une quinzaine d'année des Marines américains chargé de la lutte antiterroriste grâce un accord avec le gouvernement portant sur un montant de56millions de dollars. Aujourd'hui, cette task force placée sous le commandement de l'Africom, le commandement des Etats-Unis pour l'Afrique basé Stuttgart, compte4000 soldats et contractuels. Le Pentagone y a déployé un bataillon prêt être projeté au Moyen-Orient, un groupe de Navy Seals, des forces spéciales dont l'un des groupes a abattu Ben Laden, pour mener des opérations clandestines, et une petite armée de spécialistes en tous genres. Plus une demi douzaine de drones armés qui opèrent au dessus du Yémen et de la Somalie, chargés de «neutraliser»les chefs terroristes d'Al-Quaïda et de Daech. À la suite de plusieurs incidents avec des vols commerciaux sur l'aéroport international, Washington a crée sa base de drones l'extérieur de la ville. Un investissement qui n'a pas empêché d'autres pays de venir leur tour s'installer Djibouti.

... qui, eux-mêmes, sont concurrencés par les Chinois

Les Américains ne sont pas contents, en particulier en raison du fait que les Chinois ont construit une base militaire portée de fusil de la leur, au moment où les relations entre Washington et Pékin ne sont pas au beau fixe. L'ancien secrétaire la Défense James Mattis avait fait part en2017de ses inquiétudes ce sujet au président djiboutien Ismaël Omar Guelleh l'origine de ce «commerce des bases militaires auquel se livre Djiboutî qui accueille les principales armées de la planète» comme le résume dans son rapport le chercheur Jean-Luc Martineau de l'université de Lorraine.Des «locations» qui sont devenus essentielles dans le budget du petit Etat, qui n'a pas de pétrole, mais bénéficie d'une position géographique et stratégique depuis les attentats du11septembre2001et la lutte planétaire contre le terrorisme. Une rente bien supérieure aux104millions d'euros annuels des exportations du pays. Sans compter les effets induits sur l'emploi, même si ces bases vivent beaucoup en autarcie.«Le camp américain Lemonnier est le troisième employeur du pays. Le base chinoise n'emploie pas de personnel local et plus de1000 travailleurs chinois ont assuré sa construction», assure le professeur Martineau. En tout, la facture pour Washington s'élève 70millions de dollars. La Chine, elle, alloue des crédits pour plus d'un milliard et posséderait77% de la dette externe du pays.

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Mais il y a aussi...

D'autres nations règlent un loyer pour leur présence militaire Djibouti. Avec ses50hommes, l'Espagneest accueillie sur la base française (30 millions d'euros de loyer), en renfort dans la mission Atalante contre la piraterie. Idem pour l'Italie (loyer90millions) avec sa centaine d'hommes qui oeuvrent dans le cadre européen. Le Japon, qui paye3millions, aligne moins de200hommes et des blindés légers. La Chine, elle, a signé un contrat pour un loyer de17millions selon l'universitaire français. Quant l'Arabie saoudite, elle accroît son influence dans le pays. Sa future base devrait rapporter Djibouti125millions d'euros par an. Du coup, la France se trouve en concurrence avec des pays pas toujours amis ou alliés. Les Chinois, qui se déploient sur le plan économique avec leurs routes de la soie, et sur le plan militaire en augmentant le nombre de leurs navires de guerre, viennent d'ouvrir Djibouti leur première base l'étranger. Elle pourrait bientôt abriter plusieurs milliers d'hommes.

La France veut se défendre mais...

Pour pallier cette influence désormais très fortement concurrencée, la France a accueilli pendant une semaine en France, en avril 2018, le chef d'état-major de l'armée djiboutienne Zakaria Cheikh Ibrahim, au nom des «liens historiques» entre les deux pays. Au cours de cette visite de travail, il a été reçu par son homologue français, le général François Lecointre. Rien ne semble toutefois inverser la tendance qui s'impose sur le terrain. Lors de son déplacement Djibouti, Emmanuel Macron touchera du doigt cette nouvelle situation géostratégique qui s'impose contre les ambitions et l'influence de la France désormais malmenées par d'autres puissances dans ce territoire où seule la France disposait d'une base militaire permanente.

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