EN COLERE CONTRE LE QUOTIDIEN "LES ECHOS'' : Des talibés de Serigne Moustapha Sy saccagent les locaux du journal

EN COLERE CONTRE LE QUOTIDIEN "LES ECHOS'' : Des talibés de Serigne Moustapha Sy saccagent les locaux du journal

Enqueteplus Le 2020-08-04  Source

Après la publication d'un article sur une contamination de Serigne Moustapha Sy la Covid-19, le siège du journal "Les Echos'' a été attaqué, hier, par les présumés disciples du responsable moral des Moustarchidines Wal Moustarchidaty. La police s'est déplacée sur les lieux du saccage avant que les responsables du groupe ne déposent une plainte la Section de recherches.

La liberté de presse vient de prendre un nouveau coup au Sénégal. Les locaux de la rédaction du quotidien "Les Echos'' ont été attaqués, hier, occasionnant d'importants dégâts matériels. Cinq hommes ont fait irruption dans les lieux et ont saccagé le matériel de travail, constitué principalement d'ordinateurs. Au moins 7 Mac et un téléviseur ont été endommagés par les visiteurs. Il n'y a toutefois pas eu d'agression physique sur des personnes, puisque les journalistes n'étaient pas encore sur place et le vigile n'a pas subi de violence physique.

Présent sur les lieux après le saccage, le rédacteur en chef des "Echos'' a apporté quelques éclairages. "Nous avons été prévenus par le directeur de publication qui a reçu un appel l'informant de la visite infortune, assure Babacar Thiandoum. Les casseurs ont demandé l'auteur de l'article sur le guide religieux Serigne Moustapha Sy, selon le vigile qu'ils ont trouvé sur place. Moi-même, j'ai reçu, un peu avant les faits, un appel avec des menaces peines voilées''.

Quelques heures plus tôt, le journal avait publié sur sa Une l'information suivante: "Responsable des Moustarchidines Wal Moustarchidaty, Serigne Moustapha Sy terrassé par la Covid-19. Il est interné l'hôpital Principal.'' L'attaque serait des représailles suite cette nouvelle qui n'a pas été du goût de certains disciples du fils de Serigne Cheikh Tidiane Sy Al Makhtoum, défunt Khalife général des tidianes.

Il y a quelques jours, le même journal publiait une plainte pour enlèvement et menaces avec une arme contre le fils de Serigne Moustapha Sy, Cheikh Tidiane. Selon la publication du 16 juillet 2020, ce dernier a enlevé et menacé avec une arme son cousin Omar Sy, avant de le conduire devant son père. Une attitude qui aurait choqué la famille de la victime présumée qui a porté plainte au commissariat du Point E, renseignait le journal. La publication d'hier sur l'Etat de santé du responsable des Moustarchidines Wal Moustarchidaty a sonné comme un acharnement contre Serigne Moustapha Sy.

Car un communiqué signé par Habib Ndiaye, Secrétaire national de la jeunesse du Pur, parti politique dont le guide religieux est le président, avait démenti la contamination de Serigne Moustapha Sy la Covid-19, en évoquant des "des mensonges éhontés. Car le président du Pur est bien portant, Alhamdoulilah, et se trouve quelque part sur la planète Terre en train de vaquer ses préoccupations''. La note a même assuré quele journal "Les Echos'' participe " la campagne grandeur nature de déstabilisation, de diabolisation et de dénigrement de Serigne Moustapha Sy. Nous lui adressons nos avertissements. Laissez-le tranquillement, si vous voulez la paix''.

Une accusation que balaie Babacar Thiandoum d'un revers de la main: "Nous ne nous sommes pas acharnés sur Serigne Moustapha Sy. Nous avons juste exploité une information. Ce discours correspond nous tenir un mauvais procès. D'ailleurs, nous parlons beaucoup plus en bien de lui qu'en mal.'' Et sur l'information sur l'état de santé du responsable moral, le rédacteur en chef persiste et retient que son journal ne publie pas des informations sans passer par tous les canaux qu'imposent le métier. "Nous tenons notre crédibilité'', assure-t-il.

Des condamnations de partout?

Au courant des faits, le Conseil des éditeurs et diffuseurs de presse du Sénégal (Cdeps) a condamné avec fermeté une "agression ignoble et exprime toute sa solidarité au journal "Les Echos', ses travailleurs et sa direction''. L'organisation de patrons de presse regrette surtout que cette action survienne comme une "énième agression contre les journalistes, après la station RFM de Mbacké, le directeur de publication de "Waa Grand-Place'', la 7TV?'', et qu'aucun des agresseurs n'ait jamais été pris, soupçonnant une sorte d'impunité d'auteurs de violences contre les journalistes et les maisons de presse. En rappelant encore au ministre de l'Intérieur, au gouvernement et au président de la République leur devoir de protéger des journalistes, elle a appelé tous les acteurs de la presse et les citoyens se mobiliser pour défendre la liberté de presse menacée au Sénégal.

Le Bureau exécutif national du Synpics (syndicat des journalistes) a aussi marqué "toute son indignation et condamné sans réserve cet acte inqualifiable qui, dans une République, ne saurait rester impunie'', avant d'inviter le gouvernement sénégalais faire arrêter et juger les responsables de ces actes et les éventuels commanditaires. Si cette attaque avait pour but d'intimider les femmes et hommes de médias, poursuit leur communiqué, c'est peine perdue: "Les journalistes qui ont fait face des situations beaucoup plus graves continueront exercer leur travail d'informer.''

Les condamnations ont aussi été prononcées par le Forum civil qui exhorte la justice ouvrir une enquête pour situer les responsabilités, tout en demandant au gouvernement d'assumer et d'exercer pleinement sa mission régalienne de protection des personnes et des biens, afin de garantir la stabilité sociale. Dans un tweet, Reporters sans frontières (RSF) a condamné le saccage des locaux du journal "Les Echos'' et a demandé qu'une enquête soit ouverte par la justice sénégalaise.

Lamine Diouf

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