Ethnie, religion... : Ces glissades dangereuses de nos hommes politiques

Nous sommes, pour la plupart, pour la libération de Guy Marius Sagna. Beaucoup de Sénégalais estiment que sa place n'est pas la prison. Que la mesure de détention prise contre lui est disproportionnée.

Toutefois, ce souhait que nous avons en tant qu'habitant de ce pays, ne nous autorise pas dire n'importe quoi.

Quand, dans une déclaration rendue publique, Barthélémy Dias soutient que "Guy Marius Sagna est en prison parce qu'il est catholique'', cela a le mérite de surprendre tous les Sénégalais.

Car, dans ce pays, plus que dans n'importe lequel, les chrétiens sont respectés, honorés et considérés.

Le dialogue islamo-chrétien est une réalité entretenue depuis la nuit des temps. Le Sénégal reste un et indivisible.

Partant, nous ne pouvons pas accepter l'agitation de cette fibre religieuse, quelle que soit la raison avancée. Nous pensons qu'il s'agit qu'une stratégie de plus pour internationaliser le combat et aboutir la libération de Guy. Mais, c'est dangereux. Et ce n'est pas la première fois.

Lors de la Présidentielle 2019, les hommes politiques ont joué avec la fibre religieuse et ethnique d'une façon éhontée sans prendre de gants.

Tous les états-majors politiques, du pouvoir comme de l'opposition, en ont usé et abusé.

Et les électeurs ont suivi, exactement comme en Guinée. Et c'est inquiétant.

Car, c'est cela qui a mis le feu de nombreux pays africains, dont le Rwanda, la Guinée, la RCA, la RDC, le Mali, etc. Pratiquement tous les pays africains souffrent de ces donnes ethnique et religieuse. Et le Sénégal est un des rares exemples qui échappe cette règle.

Si tout le monde se tait et laisse les hommes politiques verser dans la manipulation de ces fibres, nous courons le risque, un jour, de tomber dans les travers que connaissent les autres.

Il n'est pas admissible d'utiliser toutes les armes de guerre politique. Et si on ne le comprend pas, un jour, le discours de haine et de ségrégation va finir par porter ses fruits.

Le risque est trop grand pour s'amuser avec ce qui a été l'origine de génocides, dont celui du Rwanda qui a fait des milliers de morts.

Pis, l'intégrisme religieux fait aujourd'hui le lit des actions de Djihadistes qui menacent la stabilité de nombreux pays africains. Et personne n'est l'abri.

Si le conflit au Mali est si compliqué, c'est que les protagonistes jouent la fois sur la fibre religieuse et ethnique. Et ces genres de conflits sont faits pour durer dans le temps.

En clair, aussi bien la religion que l'appartenance ethnique sont manier avec parcimonie.

On peut tout reprocher nos dirigeants politiques, sauf le fait de s'adonner des persécutions d'ordre religieux ou ethnique. Ceux qui en parlent versent dans du fantasme et devront, un jour, en assumer les conséquences.

Ce que nous devons faire, c'est combattre, ensemble, l'arrêté Ousmane Ngom, éviter, peut-être avec le dialogue national, de verser dans des détentions préventives systématiques et prolongées.

Ces combats-l engagent tous les Sénégalais, quelle que soient leurs confessions ou leur appartenance religieuse.

Il est particulièrement dommage qu' des excès au niveau de l'Etat, on réponde par des excès verbaux dont les conséquences sont dangereuses, notamment dans la conscience des jeunes chrétiens qui entendent ce discours.

Il est temps de revenir une éthique en politique et dans la gestion de la liberté des citoyens. On ne peut pas tout faire et on ne peut pas non plus tout dire.

Il est temps certes que Guy soit libéré, mais cela ne justifie ces glissades verbales dangereuses que lui-même ne saurait cautionner.

Assane Samb

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