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Journalist or not : Dépénaliser le délit de presse oui mais… (Moussa Diop)

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Sans doute, la liberté d'opinion est fruit d'un environnement médiatique caractérisé par son pluralisme et sa diversité. Une presse libre et ayant toute sa place dans l'environnement économique et sociopolitique d'un pays est un indicateur pertinent d'une démocratie en marche. C'est peut être une des raisons qui a poussé l'assemblée générale de l'ONU, à instaurer en 1993 la célébration de la liberté de la presse à travers le monde, le 3 mai de chaque année. Deux années auparavant la déclaration de Windhoekvenait consacrer la promotion des médias indépendants et pluralistes sur le continent africain, en soulevant l'importance d'une presse libre pour le développement, la préservation de la démocratie ainsi que l'essor économique. C'est donc direque les médiajouissent d'une perception positive ici, car utileset dotés d'un rôle prépondérant. C'est la raison pour laquelle éthique et sens de la responsabilité doivent être au cœur de l'action, un sacerdoce.
Dans son allocution[1]du 3 mai dernier à l'Université Gaston Berger de St Louis (UGB), le Professeur Saïdou Dia[2] abordait succinctement le symbole que devait représenter cette journée aux yeux de tous les défenseurs de la liberté d'opinion, et d'une presse libre. Il a d'ailleurs rappelé le rang qu'occupe le Sénégal aujourd'hui concernant ce sujet. En effet selon le Classement mondial de la liberté de la presse établi par l'association «Reporters sans frontières» (RSF) aujourd'hui le Sénégal trône à la 59ème place sur 179 pays alors qu'en 2011-2012, il était à la 76ème . En revanche au niveau africain, notre pays est à la 9ième derrière la Namibie, le Cap Vert, le Ghana, le Botswana, le Niger, le Burkina Faso, les Comores et l'Afrique du sud. Une place de choix au regard des critères fondateurs du dit classement. Le professeur rappelle d'ailleurs les indicateurs qui orientent le classement:
le pluralisme ou mesure du degré de représentation des opinions dans l'espace médiatique,
l'indépendance des médiaou mesure de la capacité laissée aux média de fonctionner en toute indépendance du pouvoir,
l'environnement et l'autocensure ou analyse des conditions d'exercice du journalisme,
le cadre légal ou analyse de la qualité du cadre légal et de sa performance,
la transparence ou mesure de la transparence des institutions et des procédures impactant la production d'information,
les infrastructures ou mesure de la qualité des infrastructures soutenant la production d'information.
Des paramètres, en définitive, pertinents pour évaluer les conditions d'exercice du travail journalistique. Cependant, même s'il faut rappeler que cette classification est annuelle, certaines affaires restent gravées dans les mémoires collectives. Par exemple, en 2004[3]: incarcération de MadiambalDiagne pour ?diffusion de correspondances et de rapports secrets, diffusion de fausses nouvelles et diffusion de nouvelles tendant à causer des troubles politiques graves?. En 2005: les locaux de la radio Sud FMà Dakar ont été fermés de force parun commando de la police, arrestation de toutes les personnes se trouvant dans les bureaux et les studios. A Ziguinchor(Sud-Ouest) et à Saint-Louis (Nord-Ouest), les correspondants de la radio ont été interpellés. Tous les relais du pays ont été coupés. En 2008:ElMalickSeckest gracié par le Président Wade après 8 mois de détention. La justice sénégalaise avait condamné le directeur de publication du quotidien 24 Heures Chronoà trois ans de prison ferme, pour ?diffusion de fausses nouvelles?. Ça et là nous entendons le même cri: il faut dépénaliserle délit de presse! oui, mais pour qui? qui est journaliste, qui ne l'est pas?
Aujourd'hui, le nouveau pouvoir en place semble favorable à la dépénalisation du délit de presse. Ce qu'affirmait d'ailleurs MackySall le 1er mai, lors de la réception du cahier de doléances du Syndicat National des Professionnels de l'Information et de la Communication (Synpics). Cela dit, avant de rentrer dans une quelconque logique de dépénalisation, ne faut-il pas au préalable régulerce secteur? Plusieurs données nous interrogent le concernant. En effet, dans une certaine mesure, la démocratisation des NTICentraîne aujourd'hui la cohabitation d'une multiplicité de support, au-delà du papier, nous avons les sites internet, les blogs, les réseaux sociaux. Concurrence ou entente cordiale? Quels sont les supports les plus consultés par les lecteurs? Quels sont les coûts de production de l'information, quels mécanismes de distribution misen œuvreaujourd'hui? Ces questions contribuent à façonner le regard porté au travail journalistique à l'aune des NTIC. Effectivement, qui est journalisteou tout simplement bloggeur? Au de-là il convient de s'interroger sur l'impact des finances sur le travail du journaliste. Est-ce qu'un journal est une entreprise comme les autres avec une logique de rentabilité, de marché, et de gestion comptable? Ou bien est-ce à dire qu'un statut du journaliste s'impose au vu du rôle social conféré à celui-ci? L'indépendance ou la liberté de la presse est-elle en bonne forme lorsque l'état subventionne les éditeurs? Mais d'ailleurs est-ce mieux si la presse est assujettie aux puissantes devises des annonceurs, des particuliers, des Hommes politiques? L'interrogation reste posée! En tout état de cause, un tour d'horizon de la presse sénégalaise montre d'une part, une presse en ligne où des sites internet croulent sous les bannières publicitaires, avec pour effet une information difficilement lisible, et d'autre part, des publications qui ont fait du scandale, du sexe, et du sensationnalisme un fond de commerce. Tout ceci est sans compter la légèreté, et les problèmes récurrents d'expression avec lesquels les informations sont traitées. Pourtant les enseignants sont là, idem pour la formation.
En France comme dans d'autres pays, le secteur journalistique est en crise, pour des raisons éthiques (allégeance, complaisance ou non vis-à-vis des milieux de pouvoirs; indépendance des médiavis-à-vis des puissances d'argent.), mais aussi économique au vu des difficultés que la presse papiertraditionnelle rencontrent pour conserver son lectorat et éventuellement en gagner. En tout état de cause, faggaarümoogeunfadjou! (ndlrprévenir vaut mieux que guérir). Le journalisme est un métier noble, dont le rôle social n'est plus à démontrer, mais quand est ce que le statut du journaliste sera effectif, enviable, bref un blason doré? Dépénaliserle délit de presse oui, mais pour qui? Rappelons que parmi les doléances du Synpics figurent entre autres, l'adoption d'un code de la presse de même que celle d'une nouvelle convention collective. Cela serait un jalon de plus, vers la valorisation et l'encadrement de ce secteur. Eh oui n'est pas journaliste qui veut!
Moussa Diop,Contributeur à Senenews.com

[1] Allocution présentée lors de la Conférence organisée par l'association «Com'Union» des étudiants de l'UFR «Civilisations, Religions, Arts et Communication» (CRAC) de l'Université Gaston BERGER de Saint-Louis (Sénégal), à l'occasion de la célébration de la «Journée mondiale de la liberté de presse», le vendredi 3 mai 2013

[2]Journaliste, Docteur en Communication, Enseignant-chercheur, Centre d'Etudes des Sciences et Techniques de l'Information (CESTI), Université Cheikh AntaDIOP, Dakar.

[3]http://fr.rsf.org/report-senegal,40.html

Mis en ligne par Yenn Gni

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