«L'évolution des décisions prises par le gouvernement a contribué à créer une rupture de confiance entre l'Etat et les populations»

«L'évolution des décisions prises par le gouvernement a contribué à créer une rupture de confiance entre l'Etat et les populations»

Sudonline Le 2020-05-29  Source
Qu'est-ce qui explique, selon vous, que des citoyens s'opposent à l'enterrement d'une personne morte de Covid-19 au cimetière de leur localité?

Il faut d'abord déplorer cette situation qui est dramatique, surtout pour les familles éplorées. Déjà c'est pénible de perdre un être cher, mais la douleur est encore grande de se voir refuser son enterrement. D'autant que l'inhumation du défunt est le moment de permettre au mort de rejoindre l'au-delà et de reposer définitivement en paix. Elle permet aussi de faire le deuil. Cependant, la situation actuelle semble s'expliquer d'abord par un défaut de communication. En effet, il existe une intelligence sociale qui se construit grâce à l'expérience et aux informations reçues. Dans la gestion de cette pandémie, on a vu que l'Etat, dans un premier temps, a beaucoup insisté sur le caractère contagieux de la maladie qui l'a poussé à refuser le rapatriement des corps des Sénégalais décédés à l'extérieur. Ensuite, il y a eu peu ou prou de communication sur la gestion des décédés de la Covid-19. En outre, l'évolution des décisions prises par le gouvernement a contribué à créer une rupture de la confiance entre l'Etat et les populations qui pensent qu'on leur cache des choses. Enfin, il y a le protocole sanitaire qui accompagne les enterrements qui ne leur donne pas un caractère humanisant. Tous ces facteurs semblent expliquer la situation qu'on a observée à Malika et Diamaguene-Sicap-Mbao.

Ces actes ne traduisent-ils pas un effritement des valeurs'

L'une des valeurs de la société sénégalaise demeure la solidarité, sans oublier également le soutoura. Toutefois, il faut constater qu'il y a une mutation de notre société due à des influences comme les difficultés économiques et la mondialisation... Cela ne semble pas atteindre la structure de la société sénégalaise, comme l'ont démontré les citoyens avec notamment la chaîne de solidarité observée au début de cette pandémie. Néanmoins, ces Sénégalais, à qui on a beaucoup demandé et qui ont accepté, sont en droit de demander à leur tour des comptes avant de passer à autre chose. Ces populations doivent être revalorisées et reconnues dans leur apport dans cette lutte. Grosso modo, même si la société sénégalaise a évolué et mise en mal, il demeure que les structures de base demeurent solides. Et il faut les renforcer.

Peut-on dire que la communication autour de la maladie en est pour quelque chosé

Jusque-là, on a vu une communication officielle centralisée et surtout orientée vers la peur qui a créé une anxiété chez certaines catégories d'individus. À côté, il existe une communication officieuse qui a propagé beaucoup de rumeurs et d'intox. Cette situation a aussi installé le doute chez d'autres catégories. Cette dernière communication qui a eu pour canal les réseaux sociaux était plus accessible au citoyen lambda et difficile à déconstruire. En outre, ces informations étaient parfois attribuées à des acteurs clés de la lutte. Juste pour dire qu'à l'heure de la démocratisation des moyens de communication, il faut savoir communiquer et bien. En effet, il y a le message véhiculé mais surtout le messager qui délivre l'information (qui parle). Nous sommes dans une société dans laquelle on accorde beaucoup d'importance au messager, avant de s'intéresser au message. L'importance du message dépend de celui qui le transmet. Bref, il faut, dans la stratégie nouvelle adoptée par l'Etat, accentuer la communication par le bas (communication communautaire) en s'appuyant sur des messagers légitimes c'est-à-dire identifiés par la communauté elle-même. Il faut enfin une cohérence entre les mesures prises et la communication délivrées pour éviter le relâchement et la situation observée ces derniers temps.

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