La démocratie sous Macky (2012 à 2017)

Pape Alé Niang, journaliste à 2STV, a invité quatre jeunes de sensibilités politiques différentes pour faire de l'état des lieux de la démocratie sénégalaise pendant les 5 ans de présidence de Macky Sall dans son émission Décryptage de cette semaine. Il s'agit de Babacar Diop du Parti socialiste (PS, aile de Khalifa Sall opposé à l'aile de Tanor), de Dr Malick Diop (AFP, mouvance présidentielle), de Babacar Mar (Rewmi, opposition) et de Birame Faye (APR, parti au pouvoir).

Selon Babacar Diop (PS), la justice sélective observée lui fait dire qu'elle est instrumentalisée par le régime de Macky Sall; parce que , trouve-t-il, la plainte qui a provoqué la détention de Bamba Fall est l'oeuvre de personnalités proche du Président de la République. Il avance que dans tous les partis politiques, il y a des problèmes de violence internes, y comris dans l'APR ou on note de la violence mais jamais de détention de leader, comme c'est le cas au parti socialiste. Pour lui, la justice a été manipulée dans le but de liquider des adversaires politiques. En france, avec l'Affaire des emplois fictifs, la justice a fait son travail sans arrêter Chirac, soutient-il. On aurait pu faire la même chose avec le cas de Khalifa Sall, d'après le leader du Mouvement Jeunesse pour la Démocratie (MJD). Il poursuit en affirmant que Khalifa Sall serait sorti de prison s'il acceptait de soutenir la candidature de Macky Sall à la prochaine Présidentielle.Son crime est de ne pas avoir le même point de vue que Tanor (SG du PS, proche de Macky Sall). Il explique aussi que Macky est loin d'être un exemple avec sa déclaration de patrimoine de 8 milliards queson seul salaire ne peut justifier. Macky Sall constitue aussi un contre-exemple politique quand il a forcé un bureau de vote à Fatick pour voter alors qu'il n'avait pas sa carte d'identitéet alors qu'il était ministre de l'intérieur. Les institutions créées comme la CREI, l'OFNAC et le ministère de la bonne gouvernance n'ont pas empêché le Sénégal d'être sur la liste rouge des pays corrompus du rapport de Transparency selon le jeune socialiste qui déplore aussi le limogeage de Nafy Ngom Keita à la tête de l'OFNAC pour avoir voulu enquêter sur Aliou Sall, le frère du Président de la république sur l'Affaire Pétrotim. D'autres cas aussi peuvent étayer la thèse que la justice sénégalaise est sélective. C'est le cas de Karim Wade qui a été en prison alors qu'au départ ils étaient 25 à figurer sur la liste des personnalités poursuivies pour bien mal acquis. Les autres personnalités qui ont accepté la transhumance comme Awa Ndiaye et Ousmane Ngom ne sont plus inquiétées parce que protégées par le Président de la république. Pour ce qui est du processus électoral, il déplore l'absence de consensus autour de l'organisateur des élections qui est un ministre de l'intérieur militant de l'APR, donc de fait impartial.

Dr Malick Diop (AFP) voit un tout autre visage du Sénégal avec des marches qui sont en général autorisées (le taux de refus étant de 1.8% selon ses chiffres). Pour le maire de Fann Point E, la justice n'est pas manipulable. Seulement, il note que le temps de la justice n'est pas le temps des politiques ni celui des journalistes; donc laissons à la justice faire son travail. Il n'y a pas de justice sélective, conclut-il. Abordant la rédition des comptes, il soutient que toute personne qui a eu ou qui gère les deniers publics rendra compte car la CREI (Cour de répression de l'enrichissement illicite) est là pour le régime de Wade, l'OFNAC (Office nationale de la lutte contre la fraude et la corruption) est là pour le régime de Macky Sall. Il ajoute que les corps de contrôle ont leur rythme, laissons à la justice le temps de bien faire le travail. Pour ce qui est du cas de Aliou Sall évoqué par Babacar Diop (PS), il le défend en disant qu'on l'accuse alors qu'un centilitre de pétrole n'est pas encore exploité.

Babacar Mar (Rewmi) : Il soutient que la manipulation de la justice remonte bien longtemps (affaire senghor-dia, affaire Blondin Diop)et refuse de croire que les marches sont autoriséesen donnant l'exemple des marches réprimées à Thiès et interdite des jeunes à Mbour. Selon lui Macky Sall utilise la justice pour mettre en prison des opposants politiques. Pour lui, la rédition des comptes n'existe pas ; on assiste au contraire à la légalisation de la thanshumance;si tu es transhumant, on oublie ton dossier; la justice n'en parle plus! Il rappelle la phase de Macky qui disait en substance que sa mission n'est pas de contruire des routes mais de construire un Etat de droit. Est ce que dans un Etat de droit on emprisonne ses opposants' s'interroge-t-il.Les mêmes hommes, les mêmes pratiques : C'est le même homme qui avait fait une conférence de presse pour interdire le nom de Rewmi à Idrissa Seck (opposant) qui envoie le récepissé lorsqu'il est devenu Président après qu'Idrissa Seck l'ait soutenu, rappelle-t-il. Pour finir il demande qu'on donne aux 5 millions d'inscrits leur carte d'électeur et qu'ils ne nous sortent plus le «coup» de Touba en nous évoquant une machine tombée en panne.

Birame Faye (APR) :Aucun journaliste n'est emprisonné et toutes les marches (sauf 2%) sont autoriséesselon le responsable politique du parti au Pouvoir.L'Affaire Bamba Fall relève d'un problème interne du parti socialiste; c'est la direction de ce parti qui a porté plainte et la justice a fait son travail soutient-il. L'Affaire Khalifa Sall est liée à une enquête de l'IGE qui a dévoilé des manquements au niveau de sa gestion. Pape Alé réplique en lui disant que cette caisse (la caisse d'avance), tout le monde était au courant de son existence de 2012 à 2017; pourquoi attendre maintenant (veille d'élections législatives)pour agir? Heurté par les attaques du jeune rewmiste contre son leader, il contre-attaque en qualifiant Idrissa Seck (SG du Rewmi) de champion de l'inconstance et de la versalitilité. Le parcours institutionnel et politique de Macky est unique et inédit dans l'histoire politique du Sénégal tout comme sa déclaration de patrimoine, a-t-il martelé. Pour la rédition de compte, il défend que le cas Khalifa Sall n'est pas un cas isolé comme le clame l'opposition. Pour finir, sur le processus électoral, le DG de l'Agence pour la maîtrise et l'économie de l'énergie rassure en disant que le temps où on vole des élections au Sénégal est révolu quelque soit la personne en charge de l'organisation de ces élections; et sur le cas de Nafy Ngom Keita, il précise qu'elle est partie parce que son mandat était arrivé à terme.

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