Lambi demb – Doudou Baka Sarr, l'élégance incarnée, ce qu'il avait dit sur Yekini, sa victoire sur Fodé Doussou Bah

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Leral revient sur le quatrième volet de l'histoire de la lutte sénégalaise avec Doudou Baka Sarr, la légende sérère qui avait même prédit la défaite de Yekini à quelques semaines de sa disparition. C'est un extrait de l'ouvrage du journaliste Omar Sharif Ndao, « Au-delà des millions et des passions ». *

'arène pleure toujours son gentleman des années 1970. Doudou Baka Sarr était sans conteste l'un des lutteurs les plus élégants de l'histoire de la lutte. Avec ses pagnes («seurou rabal») autour de la ceinture, un sous-vêtement blanc, des lunettes et une coiffure afro, Doudou Baka Sarr ne laissait personne indifférent. Fin danseur, ses «bakk» étaient la référence et les lutteurs sérères, même ceux qui ne sont pas partenaires d'écuries, ont perpétué la tradition.

Lambi demb - Doudou Baka Sarr, l'élégance incarnée, ce qu'il avait dit sur Yekini, sa victoire sur Fodé Doussou Bah
A l'origine, Doudou Baka Sarr était aux travaux champêtres, à la bergerie et à la pêche. Son père était propriétaire de grandes surfaces et avait en son sein un cheptel de plusieurs têtes de bétail. A 18 ans déjà, il avait une forte musculature et était un petit bébé de 100 kg. «J'étais fort à cet âge, mais s'occuper des bêtes de mon père et de son champ étaient mes principales activités. J'en étais fier», se rappelait Doudou Baka Sarr, à quelques mois de son décès. Il s'accommodait de ses tâches jusqu'au jour où une phrase assassine de sa petite soeur allait tout changer.

SA SOEUR CADETTE PROVOQUE LE DESTIN

L'ancien champion ouvre le début de sa saga. «C'était l'hivernage et la population se retrouvait les soirs dans la grande place pour y disputer des combats de lutte. Chaque maison était représentée. Je n'y allais jamais et suivais avec un intérêt assez détaché les joutes. Ce soir-là, ma petite soeur rentre en pleurs à la maison et me reproche de ne jamais participer aux séances de lutte nocturnes où les jeunes de ma génération défendent les couleurs de leurs familles respectives.

Je lui dis d'essuyer ses larmes et de me chercher dans l'armoire de ma mère, en catimini, des pagnes pour mon «nguimb». Arrivé sur la place, les moqueries fusaient de toutes les parts. Je n'avais pas mis assez de temps pour prendre mes marques et dominer tous mes adversaires. Pas moins d'une trentaine de lutteurs sont tombés, terrassés par ma force naturelle. Dans la localité, on ne discutait que de mon exploit. Ayant pris goût à lutte, alors que j'avais de réelles dispositions, on quittait nuitamment le village pour nous rendre dans les localités environnantes pour nous mesurer aux autres. C'est ce qu'on appelle «waliyaane», narrait l'ancien champion sérère.

Ses hauts-faits dépassent vite les frontières et Dakar faisait tout pour l'accueillir et le confronter aux plus forts de l'époque. Comme Fodé Doussou Bah, ce colosse venu du Fouladou et qui était couvé par Fass. «A l'époque, les entraînements de Fodé Doussou Bah étaient payants, pour souligner la renommée de ce lutteur. Pour l'anecdote, lors du montage de ce combat, le groupement de promoteurs qui avait organisé l'affiche m'avait proposé 3 000 F dont le reliquat servira à payer mes funérailles, si jamais je venais à être défait et par Fodé Doussou Bah. Finalement, je prenais le meilleur sur lui», avait-il dit.

Avec près de 150 victoires au compteur, Doudou Baka Sarr, en 2007, avait prédit la défaite de Yékini. «Yékini va tomber avant d'arrêter la lutte. Pour son bien et c'est tout. Les lutteurs sérères ne sont pas des lutteurs ordinaires et je sais de quoi je parle. Je ne sais pas si je serais en vie lorsque cela se produira, mais tenez-le vous pour dit», avait annoncé feu Doudou Baka Sarr.

*Extrait du livre sur la lutte sénégalaise « Au-delà des millions et des passions » du journaliste Omar Sharif NDAO

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