Le football français l'épreuve de l'homophobie

Le football français l'épreuve de l'homophobie

Seneweb Il y'a 6 jours  Source
Après la surenchère dans les tribunes, et le nouveau clash entre monde politique et monde sportif dans les médias entre le président de la Fédération française de football Noël Le Graët et la ministre des Sports Roxana Maracineanu, le football français va devoir recentrer le débat sur l'homophobie dans les stades.

Depuis le début de la saison, plusieurs rencontres ont été brièvement interrompues en Ligue 1 et Ligue 2 pour faire cesser des chants homophobes lancés des tribunes ou le déploiement de banderoles injurieuses.

Aujourd'hui, les autorités politiques, avec en première ligne la ministre des Sports Roxana Maracineanu, tiennent régler une bonne fois pour toutes le problème. Sauf que Noël Le Graët, président de la Fédération française de football (FFF) ne l'entend pas de cette oreille.

« L'arrêt des matches ne m'intéresse pas. C'est une erreur. »

Mardi 10 septembre, le président de la «3F», 77 ans, a jeté un froid en déclarant sur France info : « L'arrêt des matches ne m'intéresse pas. C'est une erreur. J'arrêterais un match pour des cris racistes, j'arrêterais un match pour une bagarre, des incidents s'il y a un danger dans les tribunes. » M. Le Graët assurait aussi que le racisme dans les stades et l'homophobie en tribunes, « ce n'est pas la même chose » et appelait les clubs « agir » via leurs services de sécurité. « La position qu'a prise Noël Le Graët en faisant une différenciation entre homophobie et racisme est erronée », a estimé Roxana Maracineanu, dénonçant « un manque de préparation sur ce sujet ».

La semaine dernière, M. Le Graët avait déj détonné en estimant dans Ouest-France « qu'on arrêtait trop de matches » pour des manifestations homophobes.

Le problème de l'homophobie dans le football ne date pas d'hier. « Entre 2008 et 2013, on avait fait avancer le débat. La Ligue professionnelle de football avait signé notre chartre ainsi qu'une dizaine de clubs », témoigne pour RFI Julien Pontès, porte-parole du collectif Rouge direct et ancien président du Paris Foot Gay. En 2013, l'association avait sorti une enquête assez alarmante sur le sujet en annonçant que 40% des joueurs professionnels et 50 % des amateurs en centre de formation ont des opinions hostiles face l'homosexualité. Mais les autorités du foot français n'avaient pas réagi. « En 2015, avec l'inertie de la LFP, on a arrêté la bataille et il nous a fallu un peu de temps pour reprendre », avoue Julien Pontès.

« Il ne faut pas caricaturer et stigmatiser tous les supporteurs. Il faut une politique de pédagogie et d'explications. Il y a un problème de méthode. Avant de faire des arrêts de matches, il faut expliquer aux gens ce qu'est l'homophobie, ce n'est pas évident pour tout le monde de savoir ce qui blesse. Il n'y a pas deux poids deux mesures entre le racisme et l'homophobie », dit-il. Le collectif Rouge a appelé sur Twitter la démission de Noël le Graët, qui ne digère pas que son sport soit pointé du doigt.

« Les insultes font partie de la culture des tribunes »

« Arrêter un match pour des cris racistes, oui! Pour des chants homophobes, non! Quand le président de la FFF fait un tri immonde entre discriminés. Propos totalement scandaleux. Quelle honte! », déplore également sur Twitter l'association des PanamBoyz & Girlz United, qui dénonce l'homophobie dans le football et travaille sur le sujet avec la Ligue de football professionnel (LFP).

Ces échanges interviennent en plein séminaire de la LFP, qui devait se conclure mercredi par une réunion, placée sous l'égide de la Ligue, entre l'Association nationale des supporteurs (ANS) et les associations de lutte contre l'homophobie (SOS Homophobie, Foot ensemble, Licra, Panam'Boyz).

« C'est un raccourci de présenter les supporteurs français de football comme des homophobes. Il y en a certains, mais ce n'est pas une majorité. Les insultes font partie de la culture des tribunes. Elles sont aussi ancrées dans la langue française et c'est compliqué de s'en débarrasser. Je fais la différence entre un chant contre la Ligue et un chant qui viserait un joueur. L, il serait effectivement homophobe et ce serait problématique », précise Ronan Evain, directeur exécutif de l'association Football Supporters Europe, qui rassemble des supporteurs de 48 pays du continent. « Sur le débat sémantique, on ne peut pas attendre mieux ou plus des tribunes que de la société française », lâche Ronan Evain.

Antoine Griezmann, rare joueur se prononcer sur le sujet

Et d'ajouter : « On a voulu régler un problème qui il y a quelques mois n'en était pas un, sans l'identifier, sans le définir et sans aucune recherche de données précises sur l'entendu du problème. On a voulu faire trop rapidement. Le foot a un problème global avec l'homosexualité, loin des tribunes. Il concerne les sponsors, les clubs, les joueurs eux-mêmes et l'ensemble des acteurs. Seule une approche globale amènera des résultats. »

Rare sont les acteurs du foot français avoir exprimé un réel point de vue face l'homophobie. « L'homophobie dans le foot, ça suffit », déclarait Antoine Griezmann en mai dans le magazine Têtu, dont il avait fait la une.

Le seul joueur de l'équipe de France s'exprimer ouvertement suer la question a estimé après la rencontre des Bleus face Andorre mardi 10 septembre que « c'est très bien d'arrêter les matches, que ce soit pour des chants homophobes ou des chants racistes. »

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