«LE TRAITEMENT RESERVE AUX DAARA'' N'EST NI LEGITIME NI RAISONNABLE»
A l'occasion des journées scientifiques organisées par la cellule Zawiya Tidaniya, il a été question d'un échange sur la problématique de l'éducation et de la mendicité au Sénégal, les 6 et 7 novembre. Sans ambages, les acteurs sont unanimes sur la situation actuelle: le système éducatif sénégalais est confronté une crise multiforme et multidimensionnelle (crises des finalités, des contenus, des performances, des ressources...), depuis plusieurs décennies. Cette situation a fait tache d'huile dans tous les compartiments du système éducatif. Les «daara», lieux d'éducation et de formation par excellence, bien avant l'école française, ne sont pas épargnés par cette crise cyclique.

Le diagnostic du directeur exécutif de la Cosydep est sans équivoques: en 2015, une étude de la société civile soutenait qu'il existe au Sénégal plus de 720 associations de maîtres coraniques prenant en charge 16.850 écoles coraniques ou "daara'', alors que l'enseignement élémentaire ne comptait pas plus de 9000 écoles recevant environ 1.800.000 élèves. A l'aune de la mise en oeuvre des objectifs d'universalisation de la scolarisation, ces statistiques, soutient Cheikh Mbow, montrent que le traitement réservé aux daara n'est ni légitime ni raisonnable.

En prononçant la leçon inaugurale portant sur la problématique de l'éducation au Sénégal, Cheikh Mbow rappelle la place des daara sur les onze (11) décisions présidentielles relatives aux Assises nationales sur l'Education et la Formation (Anef). Selon lui, «deux décisions constituent une forte opportunité pour refonder le système éducatif en restituant aux daara leur véritable valeur, en leur rendant la considération qu'ils méritent. Ces décisions et mesures indiquent des voies pour corriger les injustices et incohérences dans notre système d'éducation».

Et pourtant, indique-t-il, des «initiatives originales et valorisantes sont nécessaires pour que les offres existantes puissent jouer leur véritable rôle en vue de contribuer efficacement au respect du droit l'éducation de tous les citoyens, quelles que soient leurs origines socioculturelles, leurs pouvoirs économiques ou leur milieu de résidence».

Pour réduire les disparités sans précédent notées dans l'accès l'éducation, Cheikh Mbow estime qu'il faudrait se départir des normes et principes compresseurs du système formel pour valoriser les autres offres éducatives. Ceci, poursuit-il, évitera la fracture sociale qui risque de se creuser, avec des citoyens cohabitant dans la même société sans repères communs, sans valeurs partagées. «Une telle société ne peut jamais être stable», parce que «traversée par des risques de conflits et d'agressions extérieures qui peuvent ruiner son existence», dit-il. Cette situation est la résultante d'une insuffisance notée, constate Cheikh Mbow, dans le pilotage et la gestion des compétences transférées, notamment en éducation, dans un contexte de mise en oeuvre de la déconcentration et de la décentralisation.

Dans la leçon inaugurale, Cheikh Mbow prône un changement de paradigmes pour répondre aux enjeux de l'heure. Il s'agit déj de divorcer d'avec toute «forme d'extension des modèles dominants, qui accentue la discrimination et l'élitisme, car basés sur la sélection/élimination qui explique l'échec pour tous ceux qui ne sont pas préparés s'adapter aux modèles existants». Aussi Cheikh Mbow préconise-t-il la diversité des opportunités travers un modèle qui offre chacun (enfant, jeune, adulte) les convenances d'apprentissages adaptées ses besoins et garantit la réussite des apprentissages pour tous. Cela doit donc être un modèle la fois diversifié, intégré, décloisonné et holistique.

En gros, un saut qualitatif est urgent pour la (re)définition d'un projet éducatif partagé, adapté, pertinent et viable est souhaité. Ce qui permettra d'aller vers la suppression de la mendicité, tout comme il faudra mobiliser tous les acteurs et partenaires de l'éducation autour de l'application diligente et intelligente de ces paradigmes.

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