Les expropriés de Diogo entre incompréhension et fatalisme +++Par Mansoura Fall+++

Les expropriés de Diogo entre incompréhension et fatalisme +++Par Mansoura Fall+++

Aps Le 2015-01-22  Source

Diogo (Thiès), 22 jan (APS) - Incompréhension et fatalisme. Ces deux sentiments prévalent le plus chez les habitants de Diogo, depuis que du zircon a été découvert dans ce village de la communauté rurale de Méouane (région de Thiès) et que pour son exploitation la société d'extraction minière Grande Côte Operation (GCO) a mis la main sur certaines de leurs terres avec pour compensation des indemnisations.

Entre 2011 et 2013, durant la phase de construction de loeusine, de nombreux habitants, incrédules, ont contesté l'accaparement de leurs champs. Certes, la plupart ont été indemnisés, mais presque aucun d'eux ne sait rien du modus operandi.

D'après le sous-préfet de Méouane, Charles Birame Faye, pour l'installation de loeusine GCO, 644 producteurs ont été impactés et indemnisés pour une somme globale de 802 136 734 FCFA.

Ce que ne dit pas l'administrateur civil, çest qùil y a résistance de la part des populations et selon Saïd Mbaye, président de l'association développement et la défense des terres de Diogo, plus doeune vingtaine de personnes, accusées de rébellion, d'opposition la décision de l'Etat et outrage agents publics ont été interpelées.

Au final, reconnait M. Mbaye, certaines familles ont cédé 2 hectares de leurs terres pour seulement 2,4 millions de CFA d'autres près de 200 hectares pour seulement 16 millions.

Dans le même temps, dénonce-t-il, des familles ont reçu des sommes faramineuses pour moins doeun hectare de terre cédé.

Ils doivent s'estimer heureux, car des villageois soutiennent que leurs terres ont été prises de force sans qùils soient informés, encore moins indemnisés. C'est le cas de Modou Wade.

Habitant le village de Ngouye Wade, ce polygame de cinquante ans qui faisait partie des personnes interpelées pour rébellion raconte ainsi son infortune ?Je cultivais de l'arachide sur mes 5 hectares de terre, ils m?ont tout pris en 2007, j'ai porté plainte, mais je n'ai toujours pas eu gain de causé.

Said Mbaye a tenu préciser que dans le village de Ngouye Béye pour 4km² de terre, la société minière a déboursé 8, 210 millions de FCFA, soutenant que toutes les terres prises par la société étaient des terres de culture.

Baye Bara Mbaye, chef de village de Ndieul kouy Dior, interpellé sur la question, reconnait avoir reçu la somme de 16 millions 842 mille le 24 avril 2012 pour avoir cédé 30 hectares de terres cultivables. L'enveloppe a été répartie entre ses héritiers (une part pour chaque homme, une demi-part pour chaque femme, suivant le droit musulman).

Brandissant son chèque comme preuve, il se désole du fait que les chefs des villages concernés par l'expropriation des terres étaient dos au mur. Nous savions que les sommes que nous avons reçues n'égalaient pas nos terres en termes de valeur, mais nous avons accepté car nous n'avions pas d'autres choix (?) tout est entre les mains de Dieù?.

Baye Ibra Wade, chef de village de Ndieul Kouy Kheupp, témoin des faits même si aucune terre n'a été expropriée dans son village, rappelle cependant que la société GCO avait convoqué les chefs des 18 villages de Diogo, pour connaître les propriétaires des terres concernées par le projet.

Mame Pane Mbaye, un jeune marié du village de Nioul Kouy Dior qui travaille au restaurant de loeusine depuis octobre 2012, a révélé que la société GCO lui a pris un champ de près de 3 hectares où il cultivait des choux, de l'oignon, des carottes, des poivrons et bien d'autres légumes.

Pour lui, çétait prendre l'argent ou perdre les terres de toutes les manières, car même si nous cultivons ces terres depuis plusieurs dizaines d'années, on nous a fait comprendre qùelles appartenaient l'Etat qui est en droit de nous les reprendre en cas de besoin (?) mais il n'y a que Dieu qui assure le pain de tout le monde et non GCO .

Son père, assis côté de lui sur une natte, confirme que la société a trompé les familles. Notre problème çest que nous n'avons nulle part où pleurer notre désarroi, car on ne sait pas par où passer, vis--vis de cette société. Tout ce qùon peut faire, çest négocier pour recevoir d'autres indemnisations hauteur de ce qùon nous a pris, souligne, fataliste, Mame Pane Mbaye.

Daour Dieng, responsable du département social et communautaire de loeusine d'exploitation minière GCO (Grande Côte Operations), soutient, lui, que son département a travaillé de façon inclusive avec les populations et que, partant de l, les indemnisations ont été payées en fonction du rendement des terres de culture.

Ainsi, selon lui, ceux qui ont été expropriés partiellement ont été indemnisés suivant un barème cinq fois supérieur celui officiel du Sénégal. Après plus de trois mois d'enquêtes menées sur le terrain et sur le marché, une étude a été réalisée par la commission avec un compte d'exploitation prenant en compte les rendements les plus élevés, explique-t-il.

Alors que le barème de l'Etat varie entre 440 000 pour les sols Dior et 750 000 francs CFA l'hectare dans les Niayes, la commission l'issue de ses études avait arrêté un nouveau barème de 3 750 000 francs CFA l'hectare dans les Niayes et 1 050 000 francs CFA sur les sols Dior, a dit M. Dieng, ajoutant que 500 hectares ont été réquisitionnés dans le cadre du projet et que la concession fait 422km².

Pour lui, en terme d'indemnisation foncière il y a une procédure claire et transparente. Elle est faite par une commission départementale d'évaluation des impenses logée la préfecture de Tivaouane et dans laquelle sont représentés tous les services techniques départementaux ainsi que le conseil rural, entre autres

Selon lui, en prélude la phase d'évaluation, l'Etat représenté par cette commission consulte et sensibilise les populations impactées. Dans ce processus d'évaluation et de calcul des indemnisations, GCO n'est pas impliquéé.

Néanmoins dans le domaine des consultations et audiences publiques dans notre département, nous faisons ce travail de sensibilisation en appoint l'Etat du Sénégal car nous voulons que le message passe bien, a t-il souligné, reconnaissant au passage que certains habitants ont refusé leurs chèques au motif que la somme donnée en guise d'indemnisation était trop modique.


MF/CTN

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