Les populations mettent Macky au défi

Les populations mettent Macky au défi

Sudonline Le 2020-04-01  Source
Dans ce contexte, est-ce facile de demander aux gens de se calfeutrer chez eux pour endiguer la propagation de la maladie ? Interrogées sur l'idée d'un éventuel confinement, des populations qui sont obligées de « mettre le nez dehors pour nourrir leurs familles », demandent des préalables, notamment des vivres et le paiement de la location et des factures d'eau et d'électricité.

« La santé n'a pas de prix, on n'en disconvient pas. Mais nous demander de rester chez nous pendant une longue période est inimaginable. Vous m'avez trouvé ici sous le chaud soleil, mes yeux rivés sur cette friperie accrochée au mur. C'est ce qui rythme mes quotidiens car c'est avec cela que je nourris mes cinq enfants restés la maison ». Ousseynou Diop est formel. Il ne compte pas rester claquemuré 48h de temps chez lui Médina. Pour ce père de famille trouvé dans une rue au quartier Dieuppeul, le confinement va tout simplement être dur pour lui. « Je pense que décider que chacun reste chez lui de façon rigoureuse pourrait créer d'autres tensions ailleurs même si c'est pour limiter la propagation du Covid-19 », confie Ousseynou Diop.

Selon lui, le confinement serait possible dans la mesure où les « autorités décideront de prendre en charge peut-être les factures d'électricité, d'eau ou encore la location ». « Si c'est prévu, je suis pour le confinement mais nous dire comme ça de rester chez nous sans rien nous donner alors que nous sommes pères de famille, c'est vraiment une catastrophe bien vrai que la maladie est grave d'après ce qu'on en dit », laisse entendre le vendeur de friperie.

Autre père de famille, même inquiétude. El Hadj Djibril Lo, réparateur de motos de son état, trouve impossible le confinement au Sénégal. Assis dans son atelier Grand Yoff parmi un groupuscule de personnes, El Hadj Djibril Lo n'est pas sans savoir que la menace d'une propagation du Covid-19 est bien réelle. Mais, le jeune homme n'est pas pour le moment partant pour le confinement. « C'est impossible dans la mesure où la majeure partie des populations vivent dans le secteur informel. Mais si le gouvernement décide de nous payer le loyer, l'électricité et l'eau, peut-être que le confinement serait envisageable parce que c'est avec le peu que je gagne ici que je gère mes besoins et ceux de ma famille », explique le réparateur de motos. Pour lui, « on ne peut pas se réveiller un beau jour et nous dire de ne plus sortir sans rien faire pour nous ».

Devant son panier de poissons, Awa Mbengue affiche une mine triste. Chaque jour, elle quitte Yarakh pour venir vendre Dieuppeul. « Ce n'est pas pour rien que je suis restée l jusqu' 13h. Depuis l'apparition de la maladie, notre chiffre d'affaire a baissé. Si on nous dit ensuite de se confiner, ça signifie aller mourir de faim. Je vends mes poissons le matin et une fois la maison, c'est avec cela que j'assure la dépense quotidienne » dit Awa Mbengue.

Et d'ajouter : « qu'on nous distribue des vivres, on va rester la maison ». Machine coudre la main, Mohamed Yaya, nigérien d'origine, sillonne les quartiers la recherche de potentiels clients. « Le confinement va être difficile pour nous qui sommes obligés de parcourir les quartiers chaque jour pour pouvoir gagner quelque chose. Je suis d'origine nigérienne et en ce moment, toutes les frontières sont fermées. Si on pouvait nous aider sur tous les plans, peut-être, le confinement serait possible », confie le jeune homme rencontré HLM Grand Yoff.

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