Licenciements en série, violations du Code du travail : les journalistes souffrent en silence

Licenciements en série, violations du Code du travail : les journalistes souffrent en silence

Infosen Le 2015-05-04  Source
Sans contrats conformes à la loi, ni droits sociaux, les salariés des médias sont dans leur grande majorité confrontés à une précarité renversante. Le patronat qui bénéficie d'une impunité parfaite, fait tourner à plein régime sa machine à broyer les droits des travailleurs.Encore des licenciements collectifs. Deux journalistes du quotidien Direct-Info mis au chômage. Ils viennent allonger la liste noire. Dans un premier temps, onze journalistes sont renvoyés au mois de juin, après la reprise de la publication par l'homme d'affaires Cheikh Amar.«Nous étions informés de nos licenciements par téléphone. Pas même une notification écrite», se désole K. D., ancienne membre de la rédaction.En procédant de la sorte, l'administration a-t-elle pris délibérément l'option de transgresser la convention collective des journalistes qui exige à la partie qui prend l'initiative de la rupture du contrat à notifier sa décision par écrit à l'autre partié Tout semble le faire croire. A quelques jours de la fête de la Korité, ces reporters dont certains bénéficiaient de contrat en cours ont été licenciés. Parmi eux, des travailleurs qui se gargarisaient de 12 ans d'ancienneté dans la rédaction. Sans préavis, ni d'indemnité de départ, les reporters sont remerciés sans autre forme de procès. «Nous n'avons reçu aucune indemnité. Même notre salaire du mois de juin a été payé en deux tranches», se rappelle dépité l'un d'eux. Mais, le Directeur général du journal Pape Diogaye Faye, replace ces licenciements dans un contexte particulier. «Quand nous sommes venus, nous avons trouvé une rédaction pléthorique de 38 journalistes et techniciens. Ils étaient sans contrat, dans une précarité totale», se justifie Pape Diogaye Faye. C'est devant cette situation, dira-t-il, que la direction a demandé au Rédacteur en chef d'alors, Abdou Karim Diarra de constituer une équipe réduite afin d'améliorer les conditions des travailleurs. «Il valait mieux réduire le personnel que de disparaître», estime M. Faye.Ce qui se passe à Direct-info n'est pas un cas isolé. C'est le vécu quotidien des journalistes. Différents organes ont trouvé le licenciement pour «raison économique», comme moyen de dégarnir leurs rédactions. Le Quotidien a usé l'année dernière de cette recette pour se séparer de trois membres fondateurs du journal. Une déchirure douloureuse qui a ému l'opinion.Suivant le modèle en vogue, le groupe Wal fadjri et le journal l'Enquête se sont délestés de plusieurs employés au mois de décembre. Un amer cadeau de Nouvel An. Le premier avait mis un terme à la collaboration avec neuf agents et le second a refusé de renouveler les contrats de cinq reporters. Aliou Sall frère du président de la République et Maire de Guédiawaye a lui préféré arrêter la parution de Gouvernance pour «raison économique».Violation du codeDans ces licenciements en cascade, rares sont ceux qui respectent les dispositions de la loi. Aussi paradoxalement, les organes qui évoquent des difficultés économiques s'empressent souvent à recruter d'autres agents aussitôt leurs actes accomplis. Une démarche en violation flagrante de la loi. Le Code du travail en son article L.46 dit:«Il est interdit de recourir à un contrat à durée déterminée dans les six mois qui suivent un licenciement pour motif économique en ce qui concerne les postes supprimés à la suite de ce licenciement, sauf si la durée du contrat non susceptible de renouvellement n'excède pas trois mois». Des exigences plus draconiennes sont également énoncées concernant les contrats à durée indéterminée.Si certaines publications réduisent leur personnel, d'autres entretiennent une précarité qui oblige les travailleurs à partir. C'est le cas de La gazette. L'hebdomadaire qui est resté deux mois (février et mars) sans paraître est dans l'antichambre de l'au-delà. Mais, en dépit des difficultés, le magazine s'est gardé à annoncer des départs.Au contraire, ce sont les reporters qui quittent les uns après les autres, préférant abréger le supplice interminable. Au quotidien Le Populaire la situation n'est pas plus enviable. Ce journal qui occupait il y a quelques années la tête des ventes se débat aujourd'hui pour survivre. Un mourant qui refuse de mourir.«Les reporters, sont restés deux ans sans salaire», déplore un ex-collaborateur du journal.Droits bafouésBénéficiant d'une impunité parfaite, le patronat fait tourner à plein régime sa machine à broyer les droits des travailleurs. Les obligations sociales les plus élémentaires ne sont pas respectées. A commencer par la régularité des contrats en cours dans de nombreuses rédactions. De plus en plus des contrats de prestataire renouvelables annuellement font légion dans le secteur.Des contrats qui durent souvent de nombreuses années. Une trouvaille étrangère à la convention collective. Le Code du travail ne dit pas autre chose quand il énonce en son article L. 42 «qu'aucun travailleur ne peut conclure avec la même entreprise plus de deux contrats à durée déterminée ni renouveler plus d'une fois un contrat à durée déterminéeÂ…». Mais, la violation de cette disposition permet aux patrons de mettre terme à des contrats, sans incidence financière.Les mêmes abus sont constatés avec les stages. Les reporters fraîchement sortis des écoles de formation font parfois plusieurs années de stage dans les rédactions et sans émolument.Les employés des médias souffrent également de la violation de leurs droits sociaux. L'exemple le plus illustratif est l'absence d'une prévoyance maladie. Aujourd'hui, la presse est en marge de la dynamique nationale d'une couverture médicale universelle. Les organes dotés d'une prévoyance maladie sont rarissimes. L'enquête menée par les Synpics pour faire l'état des lieux sur les cotisations sociales dévoile que seuls les groupes Futurs médias et Wal fadjri sont à jour à l'Ipres et à la Caisse de Sécurité Sociale. «Certains organes ne sont même pas connus des fichiers de ces institutions», informe-t-on.De manière générale, les journalistes sont confinés à un travail au noir. Une «clochardisation» qui n'est pas sans incidence sur la qualité du travail. Et sur le respect des règles éthiques et déontologiques. Pour remédier à cette situation, le Synpics se bat depuis trois ans pour l'adoption d'une nouvelle convention collective. Mais, le patronat représenté par le Conseil des diffuseurs et éditeurs depressedu Sénégal (Cdeps) boycotte systématiquement les discussions.Absent aux rencontres, le patronat exprime selon certaines sources son courroux face aux lenteurs notées dans l'adoption du Code de la presse. En tout état de cause, le peu d'intérêt manifesté par le patronat pour une nouvelle convention prouve à suffisance que l'amélioration des conditions des travailleurs n'est pas dans leur ordre de priorité.etinfosen

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