Maroc-Israël : la normalisation, info ou intox ?

Maroc-Israël : la normalisation, info ou intox ?

Seneweb Le 2020-09-18  Source
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, Donald Trump, le ministre des Affaires étrangères du Bahrein Abdullatif al-Zayani, et le ministre des Affaires étrangères des Emirats, Abdullah bin Zayed Al-Nahyan la Maison Blanche, le 15 septembre 2020.

Dans une chronique du Washington Post datée du 14 août, intitulée « Trump a raison. L'accord Israël-Emirats est une grande réussite », et signé David Ignatius, l'un des journalistes américains qui connait le mieux la CIA et le Moyen-Orient, il est écrit que le Maroc fait partie des « probables candidats » ouvrir une nouvelle page dans ses relations avec l'Etat hébreu. La source ? « Des responsables du département d'Etat », selon Ignatius.

Le journal The Times Of Israël lui emboîte le pas et titre « Le Maroc sera probablement l'un des prochains pays arabes normaliser avec Israël » en se fondant sur des informations diffusées par la radio publique israélienne KAN, qui elle-même cite des « responsables américains anonymes ».

Manipulation ?

Comme une traînée de poudre, la spéculation se répand, relayée la télévision israélienne puis au Maroc sur plusieurs sites d'information. « Ceux qui aimeraient que la normalisation devienne réalité sont derrière cette campagne, estime Sion Assidon. Ils manipulent l'information pour prendre la température et instiller une tendance dans l'opinion publique. Netanyahou lui-même cherche mettre son crédit un rapprochement avec les pays arabes et il tient mettre le Maroc dans son tableau de chasse. »

Et pour cela, les Israéliens transmettent des messages indirects au royaume. En 2019, le Jerusalem Post affirmait ainsi qu'Ahmed Charaï "" patron de presse marocain et membre de plusieurs think-tanks américains néo-conservateurs "" avait participé un petit-déjeuner avec Jared Kushner et un militaire israélien, organisé par l'Institut de Jérusalem pour la stratégie et la sécurité (Jiss), pour discuter du plan de paix proposé par Donald Trump.

Finalement, au beau milieu de cette avalanche d'intox et de spéculations, le seul s'être exprimé sans ambiguïté n'est autre que Saâdeddine El Othmani, le chef du gouvernement marocain. Le 23 août dernier, il a déclaré « refuser toute normalisation avec l'entité sioniste ». De quoi faire vaciller l'équilibre de la diplomatie marocaine.

El Othmani s'est d'ailleurs rapidement fait rabrouer par plusieurs médias, comme Atlas.info qui titre « un homme qui a raté une occasion de se taire ». Mustapha Sehimi, professeur de droit proche du Palais, a sèchement rappelé, via le site Quid.ma, au Premier ministre « qui paraît incorrigible », ses prérogatives, dont les Affaires étrangères ne font manifestement pas partie.

Le 25 août, El Othmani a effectué un savant rétropédalage, affirmant qu'il s'était exprimé en tant que chef du PJD et non du gouvernement. Une déclaration évidemment reprise par le Times of Israël.

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