Sorti chez Crystal Records,Kora Jazz Trio part IV marque le grand de retour de la célèbre formation acoustique. Pour l'occasion, Chérif Soumano a repris le poste de koriste initié par Djeli Moussa Diawara. Explications avec le leader du groupe, le pianiste Abdoulaye Diabaté.

Le Point Afrique: comment le Kora Jazz Trio s'est-il formé ?

Abdoulaye Diabaté: L'idée a germé en 2001. J'aidirigé pendant dix ans l'orchestre national du Sénégal au sein du Conservatoire de Dakar. Dans cet ensemble, il y avait trois sections: jazz, traditionnelle et moderne. Je suis premier prix de conservatoire. J'ai eu la chance d'avoir une bourse de la coopération française pour mener mes études supérieures Paris. Par la suite, j'ai convaincu un producteur, Gilbert Castro, de monter un groupe de jazz africain, avec des instruments traditionnels africains. J'ai été rejoint par le percussionniste Moussa Sissokho et, au début, la kora par le Guinéen Djeli Moussa Diawara, le frère de Mory Kanté. Le Kora Jazz est né comme ça, de la volonté de transposer Paris ce que je faisais Dakar.

Avant cela, il y avait peu de groupes allant dans cette direction musicale.

C'est un groupe avant-gardiste. Jouer du Charlie Parker la kora, ce n'est pas évident! Je dis souvent que le jazz est la colonne vertébrale de l'Afrique. On a des instruments traditionnels fabriqués sur des gammes aujourd'hui dites «jazz» mais que nos grands-parents jouaient en Afrique. Je me suis dit que, si on utilise ces instruments dans une harmonie africaine englobée dans cette gamme dite jazz, nos grands-parents vont l'aimer. Sans forcément connaître «Now's the time» de Parker ou savoir qui est Thelonious Monk. Le Kora Jazz a déclenché cette fusion en reprenant ces standards la kora pour la première. Après, il y a beaucoup de petits groupes qui se sont greffés sur ce créneau. Tant mieux. Mais on reste l'un des pilotes de cette fusion de pur jazz africain.

Vous et Moussa Sissokho aux percussions êtes les pivots du groupe. Il y a eu plusieurs joueurs de kora.

Après Djeli Moussa Diawara, il y a eu Soriba Kouyaté. Il faisait déj partie de ma formation quand j'étais Dakar. Nos deux papas étaient comme des frères. Le sien enseignait la kora et le mien, le balafon au conservatoire. J'ai quasiment grandi avec Soriba. Quand j'ai été nommé chef d'orchestre, il faisait partie de la section traditionnelle. Quand j'ai lancé le Kora Jazz, j'ai d'abord fait appel lui. Mais il était basé Nîmes, ce qui compliquait les choses. Il m'a dit: «Abdoulaye, comme je viens de m'installer, je vais d'abord faire une carrière solo pour me faire connaître.» C'est comme ça que j'ai pris Djeli Moussa Diawara, qui était basé sur Paris. À chaque sortie d'album, j'envoyais les oeuvres Soriba, qu'il travaillait au fur et mesure. Quand je me suis séparé de Djeli Moussa Diawara en 2010, je lui ai demandé de nous rejoindre Paris. On a fait un album ensemble, Kora Jazz Band, sorti en 2011. Malheureusement, il est décédé d'un arrêt cardiaque peu après l'enregistrement de l'album. C'était le maître incontesté de la kora au Sénégal. Ensuite, j'ai fait appel Yakhouba Sissokho, l'un des disciples de Soriba.

Comment alors Chérif Soumano est-il intervenu sur le projet?

Yakhouba Sissokho est originaire de la Casamance, de la Gambie. La kora est jouée différemment selon la région, l'ethnie... Pour ce nouveau projet Kora Jazz Trio part IV, j'avais vraiment besoin d'un joueur de pure kora mandingue. C'est pour ça que j'ai recruté un de nos petits, Chérif Soumano, du Mali, qui est un super-koriste. Il avait déj une bonne idée de la fusion, ayant eu des expériences avec Marcus Miller, Roberto Fonseca, Dee Dee Bridgewater... Le Kora Jazz, c'est différent parce que c'est basé sur les harmonies traditionnelles. Comme notre nom l'indique, on donne un rôle prépondérant la kora! Sur «Moanin», le classique de Bobby Timmons pour Art Blakey and The Jazz Messengers, c'est Chérif qui joue le thème. Ce n'est pas évident la kora! C'est ce qui fait notre originalité. Ce sont des harmonies qui normalement ne sont pas adaptées pour être jouées la kora. Avec notre......