Musique: Orlando Julius, le pape de l'afrosoul


Il y a les artistes qui «font la gueule», comme feu Miles Davis. Et puis il y a ceux dont le sourire irradie. Orlando Julius fait heureusement partie de cette catégorie. Coiffé de son éternel couvre-chef, souvent muni de son saxophone, tel un Pharoah Sanders nigérian, ce vaillant septuagénaire s'exprime dans un anglais qui fait tendre un peu l'oreille. Il est mâtiné de pidgin, ce créole anglophone notamment pratiqué au Nigeria. Adulé par de jeunes musiciens, anglais comme The Heliocentrics, ou français comme Setenta, Orlando Julius connaît, depuis 2010, une seconde carrière internationale bien méritée.

Le poulain de Jazz Romero

Né en1943 Ikole, dans l'Etat Ekiti, au sud-ouest du pays, Orlando Julius Ekemode est issu d'une famille de commerçants. Elève l'école anglicane de Saint Peters, il apprend les rudiments des instruments. Signe des temps - nous sommes dans les années50et la musique latine fait fureur-, son premier groupe scolaire s'appelle... le Mambo Dance Band. Après le brutal décès de son père en 1957, Orlando Julius s'installe Ibadan. C'est l que les choses sérieuses commencent pour lui, musicalement parlant. La main du destin s'appelle Ademola Haastrup, plus connu sous le pseudonyme de Jazz Romero: «C'était un des meilleurs musiciens de l'époque et quelqu'un d'adorable. Il était très soigneux. Il repassait ses vêtements tout le temps», se souvient Orlando Julius, un brin amusé. «J'ai commencé par la batterie avant de me mettre aux vents: le saxophone alto, la flûte, la clarinette. Le même soir, je pouvais jouer de trois instruments différents. Romero aimait me voir jouer. Il m'encourageait me laisser aller.» En 1958, le Modupe Dance Band de Jazz Romero se rebaptise en Flamingo Dandies Band, la faveur d'une résidence l'hôtel Flamingo de Akure, une autre ville de l'Etat d'Ekiti. La suite est pour le moins rocambolesque: «Un jour, Jazz Romero a eu un conflit avec le propriétaire de l'hôtel. Il nous a quittés sans prévenir. Et je me suis retrouvé la tête de l'orchestre!» sourit Orlando Julius. Passionné par le «son», un de ses groupes s'est d'ailleurs nommé les Afro Sounders, Orlando Julius est aussi amené jouer avec une kyrielle de musiciens de la vague juju highlife: I. K. Dairo, Rex Williams, Julius Araba, les Paramount8du Ghana...

 ©  Strut 2014
Orlando Julius et James Brown, Nigéria 1970. © Strut 2014

Mentor de Fela Kuti et inspirateur de James Brown

À l'époque, la ville d'Ibadan swingue littéralement. Le31octobre1959sous le nom de Western Nigerian Government Broadcasting Corporation (WNTV) la première télévision d'Afrique subsaharienne émet Ibadan. Cela attire de nombreux musiciens... dont un certain Fela. «Dans les années 60, il y est venu pour enregistrer des émissions télévisées», se remémore Orlando Julius «Il jammait la trompette mes concerts. Il m'a demandé de lui apprendre jouer du saxophone. Il s'est beaucoup entraîné et il est devenu très bon. C'était avant qu'il forme son premier groupe important les Koola lobitos. Quand la guerre du Biafra a commencé, de1967jusqu'en 1970, les musiciens ont du migrer Lagos.»

À l'instar du futur roi de l'afrobeat Fela Anikulapo Kuti, les héros d'Orlando Julius sont des jazzmen comme John Coltrane et Charlie Parker... Le17octobre 1960, Louis Armstrong débarque en tournée au Nigeria. Orlando Julius a croisé le chemin du grand «Satchmo», le surnom du trompettiste de jazz: «J'avais peut-être18ou19ans. Je jouais avec le groupe d'Eddie Okonta le Top Aces au Central Hotel et au Paradise club d'Ibadan. J'ai eu le privilège d'accueillir Armstrong lors de son passage dans la ville.»

En 1966, Super afro soul une compilation rassemblant plusieurs singles d'Orlando Julius sort sur la major Philips. Accompagné par les Modern aces il y fait notamment une reprise de Smokey Robinson My girl, sur laquelle chante Joni Haastrup: «?a reflète ce qu'on écoutait la radio: Sam and Dave, Otis Redding, Wilson Pickett... Parfois je pouvais passer trois jours faire des......

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