PLUS 100.000 ENFANTS TALIBES, 61 ABUS PHYSIQUES, 15 CAS DE VIOL ET 14 EMPRISONNEMENTS

PLUS 100.000 ENFANTS TALIBES, 61 ABUS PHYSIQUES, 15 CAS DE VIOL ET 14 EMPRISONNEMENTS

Sudonline Le 2019-06-12  Source
Human Right Watch (HRW) a publié hier, mardi 11 juin à Dakar, un rapport sur les la situation des enfants talibés au Sénégal. Dans cette enquête dénommée «Sénégal: des abus incontrôlés dans des écoles coraniques», HRW dresse un tableau peu reluisant de la vie de ces enfants. Selon les données de ladite organisation, plus de 100.000 talibés vivant dans des daaras à travers le Sénégal et sont contraints, par leur marabouts, de mendier de l'argent, de la nourriture, du riz ou du sucre. Pis signale le document, des milliers parmi ces enfants vivent dans une misère abjecte, privés d'une nourriture suffisante et de soins médicaux. Un grand nombre d'entre eux font également l'objet d'abus physiques. Les conclusions de cette enquête menée dans les régions de Dakar, Diourbel, Louga et Saint-Louis, entre juin 2018 et janvier 2019 et basées aussi sur des entretiens téléphoniques, réalisés entre mai 2018 et mai 2019, fait état de dizaines de cas d'abus graves perpétrés à l'encontre d'enfants talibés par des maîtres coraniques ou leurs assistants en 2017 et 2018. Il s'agit notamment des cas de morts d'enfants, de passages à tabac, d'abus sexuels, de talibés enchainés ou emprisonnés et de nombreuses formes d'actes de négligence et de mise en danger.

16 ENFANTS TALIBES MORTS ENTRE 2017 ET 2018 DU FAIT D'ABUS, D'ACTES DE NEGLIGENCE?

En effet, selon le document, 16 enfants talibés sont morts entre 2017 et 2018 du fait d'abus, d'actes de négligence ou de mise en danger de la part de maîtres coraniques ou de leurs assistants. Ces incidents se sont produits dans les régions de Saint-Louis, Diourbel et Thiès, informe la source. L'enquête de Human Right Watch signale également que parmi ces enfants âgés entre 5 et 15 ans, 3 sont morts des suites de coups violents, 4 sont décédés dans deux incendies de daaras, 5 dans des accidents de la route alors qu'ils mendiaient ou évitaient de rentrer au daara et 4 autres sont ont perdu la vie à cause de maladies non traitées. 9 de ces décès ont eu lieu en 2018, dont 2 suite à des passages à tabac, respectivement à Touba en avril 2018 et à Mpal en mai 2018.

CAS D'ABUS PHYSIQUES, DE VIOL ET D'EMPRISONNEMENT

HRW a également documenté 61 cas de passages à tabac ou d'abus physiques perpétrés à l'encontre de talibés en 2017 et 2018. S'y ajoute 15 cas de viols, tentatives de viols ou d'abus sexuels et 14 cas d'enfants emprisonnés, attachés ou enchaînés dans un daara. Dans 43 des cas d'abus documentés, des enfants s'étaient fait battre par un marabout ou son assistant pour n'avoir pas rapporté le versement exigé après être sortis mendier, note le document. Il est aussi ressorti de l'enquête que parmi les 14 cas de talibés emprisonnés ou entravés, un grand nombre d'entre eux se retrouvant dans une salle comparable à une cellule avec des barreaux ou un grillage aux fenêtres, certains ont été séquestrés pendant des semaines voire des mois. «Si on essayait de s'enfuir, le marabout nous entravait les jambes avec une chaîne pour qu'on ne puisse plus bouger», a expliqué à l'enquêteur de Human Right Watch un talibé de 13 ans qui s'est enfui après avoir été enchaîné pendant trois semaines dans un daara à Touba. Lors de visites de terrain dans 22 écoles coraniques dans les régions de Dakar, Diourbel, Louga et Saint-Louis, HRW a également exposé plusieurs cas de négligence à l'égard d'enfants imputables à des maîtres coraniques. Pis, de nombreux daaras hébergeaient des dizaines voire des centaines de talibés dans une saleté et une misère abjectes, souvent dans des bâtiments inachevés, sans murs, sans sols ou sans fenêtres. Aussi l'enquête montre-t-elle d'autres conditions de vie déplorable des enfants talibés. Des dizaines de talibés visiblement malades ou atteints d'une infection n'avaient pas reçu de traitement médical et 13 des daaras visités ne donnaient que peu voire pas de nourriture aux enfants, d'après les enfants talibés et les maîtres coraniques interrogés.

UN VERSEMENT PECUNIAIRE JOURNALIER VARIANT DE 100 A 1250 F CFA

Le rapport est également revenu sur la mendicité forcée, la traite des personnes et les problèmes liés à la migration des talibés, notamment le transport transrégional ou transfrontalier illicite de groupes de talibés; des cas de talibés abandonnés par leur marabout ou leurs parents; et des centaines de talibés qui finissent chaque année dans la rue ou dans un centre d'accueil pour enfants, après s'être enfuis d'un daara où ils étaient soumis à des abus. HRW a interrogé plus de 150 personnes, dont 88 talibés ou anciens talibés, 23 maîtres coraniques et des dizaines de travailleurs sociaux, d'experts de la protection de l'enfance, d'activistes et de représentants du gouvernement. 63 des 88 talibés interrogés par Human Rights Watch ont déclaré que leurs maîtres coraniques exigeaient d'eux qu'ils rassemblent chaque jour une somme d'argent fixe, ou «versement», allant de 100 à 1250 F CFA (0,20- 2,20 dollars US). Un talibé fugueur de 11 ou 12 ans a affirmé qu'un maître coranique à Dakar l'avait forcé à quémander de l'argent ainsi que tous ses repas. Le versement était de 500 F CFA, et de 550 F CFA le vendredi, a-t-il indiqué.

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