Premier vote historique attendu au Congrès américain pour réparer les torts de l’esclavage

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Une commission du Congrès américain a entamé mercredi soir un débat très attendu sur le principe d’une compensation financière pour réparer les méfaits de l’esclavage aux Etats-Unis, avant un premier vote historique dans un pays encore marqué par les discriminations raciales.

Ce projet de loi vise à  créer une commission d’experts chargés de faire des propositions sur l’indemnisation par le gouvernement des descendants des quelque quatre millions d’Africains amenés de force aux Etats-Unis entre 1619 et 1865, date de l’abolition de l’esclavage.

Il s’attaque à  «l’injustice, la cruauté, la brutalité et l’inhumanité fondamentale de l’esclavage» et aux disparités dont souffre encore aujourd’hui la minorité noire américaine.

Ce vote «historique» est destiné à  «poursuivre un débat national sur la façon de combattre les mauvais traitements subis par les Afro-Américains pendant l’esclavage, la ségrégation et le racisme structurel qui reste aujourd’hui endémique dans notre société», a affirmé mercredi soir le président de la commission judiciaire de la Chambre des représentants, Jerry Nadler.

La démocrate afro-américaine Sheila Jackson Lee a imploré ses pairs de ne pas «ignorer la douleur, l’histoire, et la sagesse de cette commission».

Le président Joe Biden, qui a rencontré mardi des élus afro-américains au Congrès, s’est «engagé» à  soutenir ce texte, a-t-elle dit.

Mais les membres républicains de la commission, tout en reconnaissant la brutalité de l’esclavage, s’opposent à  cette législation.

«Elle nous éloigne de l’important rêve de juger quelqu’un sur le contenu de sa personnalité et non la couleur de sa peau», a affirmé l’élu Chip Roy.

Le texte devrait toutefois passer dans la nuit l’obstacle de la commission judiciaire.

La Chambre basse du Congrès, o๠les démocrates sont majoritaires, devra ensuite pour la première fois l’approuver en séance plénière, à  une date indéterminée.

Mais le sort du texte est incertain au Sénat, o๠les démocrates devront obtenir les voix d’au moins dix républicains pour qu’il soit finalement adopté.

La législation, dont une première version avait été rédigée il y a près de 30 ans, est redevenue centrale depuis que la mort de plusieurs Afro-Américains lors d’interventions policières ont poussé le pays à  se pencher sur son passé esclavagiste et les multiples discriminations subies par la minorité noire, qui représente près de 13% de la population.

Le vote intervient alors qu’un policier blanc est jugé à  Minneapolis, accusé d’avoir tué lors d’une interpellation un quadragénaire noir, George Floyd, devenu un symbole mondial des victimes de violences policières.

Malgré les avancées de la lutte pour leurs droits civiques dans les années 1960, les Afro-Américains sont toujours moins diplômés, ont une couverture sociale moins bonne et vivent moins longtemps que les Blancs. Ils sont aussi incarcérés de manière disproportionnée par rapport au reste de la population américaine.

En 2019, le revenu médian annuel d’un foyer noir était de 43.771 dollars, contre 71.664 dollars pour un foyer blanc, selon des statistiques officielles.

Un groupe de 13 experts devra ainsi faire des propositions de compensations «pour l’institution de l’esclavage et (les) discriminations raciales et économiques contre les Afro-Américains».

Ces experts doivent faire des recommandations sur la façon de calculer cette indemnisation, la forme qu’elle devra prendre et qui seront les personnes éligibles.

La question des compensations avait été évoquée par plusieurs candidats à  la primaire démocrate de 2020 dans le débat plus large sur les inégalités raciales et les différences de revenus.

Avant une décision au niveau fédéral, la question des réparations a déjà  été abordée au niveau local.

La petite ville d’Evanston, près de Chicago, est devenue en mars la première à  décider d’indemniser ses habitants noirs à  hauteur de 10 millions de dollars sur les 10 prochaines années.

Les habitants correspondant aux critères recevront 25.000 dollars chacun pour financer leur crédit immobilier ou la rénovation de leurs logements.

Et en 2019, les étudiants de la prestigieuse université de Georgetown, à  Washington, avaient approuvé symboliquement la création d’un fonds au profit des descendants d’esclaves vendus au XIXe siècle par les jésuites ayant créé l’établissement.

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