Présence de substance cancérigène dans le « Neex Soow »

Présence de substance cancérigène dans le « Neex Soow »

Setal Le 2020-09-16  Source

l'ITA et deux éminents Professeurs démontent l'étude de l'Enseignant-chercheur de l'université de Bambey

Une grave alerte a été émise par le l'Enseignant -chercheur l'Université de Bambey, Youssoupha Diop, sur la composition du lait caillé vendu dans les cantines, communément appelé "Neex Soow" au Sénégal. Selon lui, cet aliment est fortement contaminé par l'Aflatoxine M1, qui est réputé cancérigène et vecteur d'hépatique B. Contacté par PressAfrik, l'Institut de Technologie Alimentaire (ITA) a bien voulu partager avec la rédaction, les avis de deux techniciens de renom sur la question. Les Professeurs Issa Wade et Amadou Diouf ont émis des réserves sur l'analyse de leur collègue.

Tout est parti d'une analyse d'un de l'enseignant-chercheur vacataire, Youssoupha Diop, postée sur la page Facebook de l'Université Alioune Diop de Bambey, le jeudi 10 septembre 2020. Dans le texte, très partagé sur les réseaux sociaux, le Professeur donne un avis qualifié de scientifique par l'établissement public d'enseignement supérieur, sur le lait caillé, commercialisé au Sénégal sous la marque plus ou moins informelle de "Neex Soow". Il fait ainsi une révélation qui donne froid au dos sur la composition de cet aliment consommé par une large frange de la population sénégalaise.
"Aujourd'hui le lait caillé fait partir du lait en poudre communément appelé "Neex soow" gagne du terrain. En effet, en vertu de son accessibilité, il gagne de plus en plus du marché. Partout Dakar surtout dans sa banlieue ainsi que les régions des points de vente sont installés. Cependant, cette alimentation bien qu'accessible est fortement contaminée par l'Aflatoxine M1. Ce dernier est réputé cancérigène et hépatique B", écrit le Professeur Diop dans son analyse.
Qui se poursuit en ces termes: "Ceci est en parfaite corrélation avec le nombre de sénégalais atteints par cette maladie qui est d'ordre de 16% de la population. Ainsi, j'attire l'attention de tous les usagers en faire preuve de prudence. Et qu'aujourd'hui le Sénégal doit penser établir des normes relatives aux teneurs de mycotoxine dans les aliments consommation humaine comme animale.
En attendant une solution durable pensons nous faire vacciner de l'HVB (
ndlr, vaccin contre l'Hépatite B)"



Le texte fait le tour de la toile et installe déj une sorte de peur chez les Sénégalais friands de "Neex Soow". Les internautes ne cachent pas leur peur. Et certains d'entre eux affirment déj avoir arrêté de consommer ce lait caillé, après la publication de ladite analyse du Professeur Diop. C'est le cas, par exemple de Ndeye Gnilane, en commentaire sous un tweet de Dame Ndiaye, résumant l'avis de l'enseignant-chercheur. "Ma maman m'a interdit Nex Sow depuis qu'elle a vu ça (l'analyse du Professeur Diop)", écrit-elle
Arginusae abonde dans le même sens. seulement, c'est elle qui compte dire sa maman d'arrêter de consommer ledit lait.
Il n'existe pas de laboratoire pour analyser l'Aflatoxine M1 au Sénégal
Toutefois, en croire les techniciens de l'Institut de Technologie Alimentaire (ITA), avec qui PressAfrik a échangé, le Professeur Youssoupha Diop est allé trop vite en besogne en jetant le discrédit sur ce lait commercialisé de manière informelle au Sénégal. Ce dernier, qui aurait fait son stage dans cette structure basée Hann Maristes a soumis son étude au Panel INFOSAN, qui regroupe tous les spécialistes, experts et techniciens des questions de sécurité alimentaire au Sénégal. A la suite de quoi il lui a été déconseillé de la rendre publique. Compte tenu de la "fragilité" de son échantillon. Mais également du manque de preuve palpable sur l'analyse deAflatoxine M1. "L'Institut de Technologie Alimentaire est le seul habilité faire des analyses d'Aflatoxine au Sénégal. Quant l'Aflatoxine M1, il n'existe pas encore de laboratoire au Sénégal pour l'analyser", confie notre source l'ITA.

Rappelons queL'Institut de Technologie Alimentaire (ITA) est un Etablissement Public oeuvrant dans le secteur de la Recherche-Développement en Alimentation et Nutrition. II a été créé par la loi 63-11 du 5 février 1963. Sa mission est de générer une valeur ajoutée aux produits alimentaires locaux travers leur transformation et l'assurance qualité pour atteindre la sécurité alimentaire et augmenter les exportations; Développer des programmes destinés aux communautés locales, aux populations, en particulier en augmentant les transferts des résultats de recherche, en produisant des supports techniques pour faciliter l'industrialisation; Assurer la sécurité alimentaire, l'assurance et le contrôle de qualité des produits agroalimentaires ; Améliorer l'état nutritionnel des populations; Assurer une formation aux professionnels, aux agents des corps de métiers, entre autres...

Le Professeur Issa Wade cogne sur l'enseignant-chercheur de l'Université de Bambey
Professeur Amadou Diouf, ancien Doyen de la Faculté de Médecine de l'Ucad et actuel président du Codex Alimentarius
Professeur Amadou Diouf, ancien Doyen de la Faculté de Médecine de l'Ucad et actuel président du Codex Alimentarius
Dans le Panel INFOSAN, dès le texte du Professeur Diop (qui est également membre) a été partagé par le modérateur, les spécialistes ont aussitôt réagi sans complaisance. Selon le Professeur Issa Wade, par ailleurs, Directeur de la Consommation et de la Défense du consommateur au ministère du Commerce accuse son jeune collègue scientifique de chercher du buzz.

"Je pense qu'il faut être très prudent sur les analyses qui sont véhiculées travers les réseaux sociaux et certains médias ! C'est des analyses qui ont été menées par des soit-disants experts qui cherchent se faire connaître en général surtout et créer le « buzz ». Lorsqu'une étude est menée, elle être surtout contradictoire et doit être destinée aux pouvoirs publics compétents en la matière", lâche-t-il

Avant de poursuivre avec des arguments un peu plus scientifiques: "Pour le lait, deux ministères sectoriels y interviennent : l'Elevage et le Commerce. Ces deux ministères ont chacun des niveaux d'intervention pour chaque importation. C'est d'abord le ministère de l'Elevage qui intervient pour donner une décision administrative avant que n'intervienne le ministère du Commerce. Et toutes les décisions sont justifiées par des résultats d'analyses des laboratoires. En plus, il faut que le produit soit de vente légale dans le pays et il faut qu'il soit accompagné par des documents sanitaires et d'origine ainsi qu'un document de non radioactivité.Deux ministères qui se trompent sur un produit alimentaire est très rare !"

L'éminent Pr Amadou Diouf démonte l'étude de l'enseignant Youssoupha Diop
L'ancien Doyen de la Faculté de Médecine de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar, chef de laboratoire de toxicologie de la Faculté de Médecine de l'Ucad et actuel président du Comité national du CodexAlimentarius (Cnca), a recadré le jeune enseignant-chercheur, en rappelant les règles qui font la crédibilité d'une étude scientifique.
"Ce qu'il faut dire c'est ceci : les résultats d'une étude ne peuvent être utilisés que lorsqu'ils ont été publiés dans une Revue scientifique avec un Comité de lecture et le plus souvent côté
Le problème est que ces scientifiques sont zappés. Les services administratifs ont des résultats venant de leur laboratoire pour les aider prendre une décision. Mais ces données ne peuvent pas non plus servir de référence dans un dossier que l'on veut sérieux
", dit-il.

Avant de poursuivre: "Les services administratifs peuvent publier leurs résultats avec ou sans collaboration avec des scientifiques. Ce qui permettra de faire avancer ces collègues dans notre pays et de permettre aux service administratif de disposer de données irréfutables qui empêcheraient des mals intentionnés de semer la zizanie".

En attendant que le Professeur Youssoupha Diop apporte plus de détails sur son étude et fournisse l'origine de son analyse de l'Aflatoxine, certains de ses collègues appellent prendre tout de même des précautions pour tirer au clair cette histoire de lait contaminé. "J'ai une grande interrogation sur la relation de causalité entre Aflatoxine M1 et hépatite B que je connaissais d'origine virale. De plus, ma connaissance, les "Neex soow" utilisent le lait en poudre importé. Ces affirmations laissent penser que ces laits importés sont contaminés aux Aflatoxines. Ce qui serait très grave. Il faut creuser pour être édifié sur cet article", note un membre du Panel INFOSAN.

Les aflatoxines dans le lait
Selon Wikipédia, "de très nombreux produits alimentaires destinés l'homme ou d'autres animaux peuvent contenir de l'Aflatoxine, en quantité parfois importante : graines d'arachides, maïs (en grain, ensilage, ?), blé, céréales diverses, amandes, noisettes, noix, pistaches, figues, dattes, cacao, café, manioc, soja, etc. Chez le bétail, l'aflatoxine B1 absorbée avec des aliments contaminés est métabolisée au niveau du foie en un dérivé 4-hydroxy - appelé aflatoxine M1 - qui est chez les animaux laitiers (notamment vaches, brebis et chèvres) excrété dans le lait. On retrouve la presque totalité de l'aflatoxine M1 dans le lait écrémé, et dans les produits obtenus par précipitation lactique (yaourts, fromages blancs, crèmes lactées...) Aussi, l'effet cumulatif lié l'ingestion régulière et itérative de telles toxines fait courir de grands risques aux enfants et aux nourrissons grands consommateurs de laits et de produits laitiers (...)A doses plus faibles, le aflatoxines inhibent le métabolisme (et donc la croissance) et possèdent un pouvoir cancérigène élevé".

Une source de l'Institut Technologie Alimentaire souligne que l'Aflatoxine trouvant son origine dans les produit végétaux comme l'arachide, il s'attendait plutôt ce que l'étude du Professeur Diop incrimine le lait de vache et non le lait en poudre utilisé dans la fabrication du lait caillé Neex Soow. "Le tourteau d'arachide qui est souvent utilisé comme aliment de bétail pour les vaches, peut être infecté d'aflatoxine et contaminé le lait. Donc, je m'attendais ce que l'étude incrimine le lait de vache", dit-elle avant d'ajouter: "Il faudra prouver la contamination du lait en poudre et également préciser qu'il faut une consommation durable pour s'exposer des risques de cancer"

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