Protection des archives nationales : Entre défi d'espace et ambition de numérisation

La direction des Archives nationales n'est pas fonctionnelle depuis bientôt deux ans. Le Building administratif qui logeait le patrimoine documentaire sénégalais et les ministères est en pleine réfection. L, les lieux étaient exigus, le décor sombre, le matériel rudimentaire. C'est dans ces conditions que Fatoumata Cissé Diarra, l'actuelle directrice des Archives, se bat pour réhabiliter la gestion des archives. Elle nourrit l'ambition de relever le défi de la numérisation et de voir sortir de terre une Maison des archives.

Les archives du Sénégal ont célébré leur centenaire le 1er juillet 2013. Le plus ancien document du dépôt date de 1672. Les documents, du fait de leur ancienneté, sont donc très fragiles. Les archivistes ont veillé, lors du déplacement du siège qui se trouvait au Building administratif, ce que le transfert puisse se faire dans les règles de l'art. «Toutes les opérations de transfert ont été supervisées par des professionnels de l'information documentaire et notamment des archivistes», rassurait l'époque M. Cissé Diarra, la directrice des Archives. Mais pour elle, le problème va au-del de la simple vétusté des documents. Depuis 20 ans, les Archives nationales ne reçoivent plus de versement. «Pour une capacité d'accueil initiale de 8km, si aujourd'hui on frôle les 20km, vous voyez ce que cela fait comme gap», s'exclame Mme Diarra. Alors pour elle, la priorité des priorités reste l'édification d'un bâtiment d'archives apte prendre correctement en charge le patrimoine archivistique national. «Il faut une Maisons des archives pour héberger le patrimoine documentaire en souffrance dans les ministères et administrations publics. Les archives n'ont plus de place», avise-t-elle.
Pour rappel, l'idée de création d'une Maison des archives remonte aux temps de Senghor. Les fondations de cette maison qui devait se trouver en face de l'actuel Tribunal de Dakar avaient déj été posées sous le régime du Président Abdou Diouf. «On nous a promis une Maison des archives depuis 20 ans, mais rien n'est fait jusqu' maintenant. Cette Maison des archives, tant qu'elle ne sortira pas de terre, on ne pourra pas veiller sur les archives. Au-del de la lisibilité, la sécurité des archives passe par elle», disait Monsieur Mbaye Thiam, enseignant l'Ebad. Fatoumata Cissé Diarra, elle, garde bon espoir quant la réalisation de ce projet. «Il y a eu plusieurs projets de Maison des archives. Mais nous avons bon espoir que la prochaine en date sera réalisée puisque le chef de l'Etat en personne, la cérémonie de réception du rapport de l'Ige, s'est dit préoccupé par la gestion des archives dans l'Administration publique. Et une semaine après, en plein Conseil des ministres, il a demandé la tenue d'un Conseil interministériel sur les archives, la communauté des archivistes ne peut qu'applaudir.» Mais pour l'heure, la directrice des Archives nationales s'évertue relever le défi de la numérisation.

Le pari de la numérisation
Même si pour l'enseignant Mbaye Thiam, spécialiste de la question des archives, «la numérisation n'est pas la panacée, et ce n'est qu'une infime partie de la solution», même s'il considère le papier comme «la meilleure technologie de conservation des archives», pour la directrice des Archives, il y a dans ce procédé des palliatifs bien des problèmes. «J'ai l'habitude de donner un exemple : la personne qui, l'avènement du robinet dans son village, casse tous ses canaris. Vous voyez ce que cela fait le jour où la société de distribution lui jouera des tours ? C'est pareil avec les documents qui sont aux Archives du Sénégal. Ce sont des originaux et ce n'est pas parce qu'on numérise un document qu'on le détruit. C'est juste une dématérialisation qui permet même de protéger les originaux de la manipulation fréquente des chercheurs et sauvegarde le support papier qui demeure fragile.» Cela dit, Mme Diarra précise toutefois que si elle avait choisir entre trouver des ressources pour loger l'intégralité des archives et trouver des fonds pour numériser une catégorie des documents, elle opterait sans hésiter pour la première solution. Alors pour elle, une Maison des archives est indispensable.

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