Réhabilitation de Karim Wade: et si on parlait d'abord de ce qu'il a fait à notre cher Sénégal'

Réhabilitation de Karim Wade: et si on parlait d'abord de ce qu'il a fait à notre cher Sénégal'

Senenews Le 2019-10-20  Source

Le président Macky Sall doit des explications à toutes les Sénégalaises et à tous les Sénégalais, car après avoir tenu la population en haleine pendant des années et après avoir fait condamner Karim Wade, il l'a gracié sans que la majorité des Sénégalais n'en connaissent les conditions. Il revient encore, sous prétexte de décrisper l'atmosphère politique, se réconcilier avec Abdoulaye Wade pour éventuellement faire introduire un projet de loi amnistiant Karim. Les plus jeunes peuvent ne pas connaître ou comprendre ce que le clan des Wade a fait au Sénégal durant leur royauté, mais nous savons ce qui s'est passé et la réconciliation de Macky Sall avec son mentor est un acte de haute trahison envers le Sénégal. Quand on nous parle de réhabiliter Karim Wade ou de le laisser revenir au Sénégal, nous devons nous y opposer catégoriquement tant que le clan des Wade n'a pas dédommagé le Sénégal. Invitons un peu l'histoire pour que les plus jeunes sachent que le Sénégal leur appartient et qu'ils ne doivent laisser personne trahir leur pays, notre pays.

Background

Alors que l'actuel président, Macky Sall disait que Wade lui avait toujours répété qu'il ne croyait pas en un dialogue, mais qu'il le fera pour apaiser l'opposition afin de gagner du temps pour mieux pouvoir planifier sa succession, ce qui veut dire que Wade devait faire plusieurs calculs pour mettre son fils sur le trône. Dans le cadre du dialogue, l'opposition avait demandé à Wade d'inclure dans le programme, une discussion sur l'assassinat de Maitre Seye en 1993. Il ne faut pas oublier que Wade était accusé d'être l'instigateur de ce meurtre, une rumeur qui s'est répandue après qu'il ait amnistié tous les auteurs qui avaient été emprisonnés. Wade, toujours égal à lui-même, riposta et accusa le PS d'être à l'origine de l'assassinat du chef de la police, Sadibou Ndiaye en 1989 et de la mort mystérieuse de deux femmes albinos et il avait même menacé d'en révéler plus si l'opposition voulait emprunter cette voie. L'opposition avait finalement laissé tomber l'affaire Seye et dans leur lettre du 8 octobre, elle avait proposé neuf points de discussion dont les finances publiques entre autres. Wade avait accepté les neuf points avec des conditions préalables. Il avait demandé que les questions relatives aux finances publiques soient discutées avec les ministres du gouvernement en direct à la télévision en présence de chefs religieux et diplomates, ce que l'opposition avait simplement rejeté et le processus est resté au point mort.

En vertu de l'ancienne constitution du Sénégal, il n'existait aucune limite de mandat à la présidence. Wade avait été élu en 2000 en vertu de cette constitution. En 2001, le Sénégal avait adopté une nouvelle constitution qui limite la durée de la présidence à deux mandats consécutifs et réduit la durée du mandat à cinq ans. Cependant, cela n'avait pas été appliqué rétroactivement au premier mandat de Wade, car il avait été élu avant l'entrée en vigueur de la nouvelle constitution. Pour cette raison, son premier mandat était de sept ans et la limite de deux mandats consécutifs avait commencé avec son deuxième mandat, qui avait débuté en 2007. Durant la campagne électorale, quand Macky Sall promettait de réduire son mandat de sept ans à cinq ans s'il est élu, il savait bel et bien qu'il serait impossible de le faire, mais bon, en politique tous les coups sont permis.

Pendant ce temps, Karim Wade agissait en tant que vice-président exécutif de facto et participait étroitement à toutes les décisions politiques. Il avait une grande influence sur son père. À chaque fois que Wade entendait un problème au sein de son gouvernement, il consultait généralement Karim avant de prendre des mesures. Il avait la mainmise sur les décisions étatiques ; il décidait sur les marchés, il validait le décret des remaniements ministériels. Il en a alors profité pour mettre les hommes qu'il voulait à la place qu'il voulait. Cela avait créé des dépassements budgétaires sans précédent. Nous allons démontrer comment Wade a essayé de baliser la route pour son fils avant de démontrer comment les dépassements budgétaires ont eu lieu pour que les plus jeunes puissent comprendre pourquoi nous n'accepterons pas que les libéraux soient impliqués dans les affaires de l'Etat.

Remanier pour trouver la combinaison gagnante

Après avoir perdu les élections locales, il fallait procéder à des changements, et outre un nouveau Premier ministre, Wade avait nommé son fils Karim au poste de super ministre. Il avait prévenu ses ministres que ceux qui perdraient dans leurs circonscriptions seraient évincés. Il avait tenu parole bien que la punition ait été très sélective. Au total, dix ministres avaient perdu leur poste. Wade avait demandé à Cheikh Hadjibou Soumare de rester, mais ce dernier avait des problèmes de santé et une lourde charge de travail durant les deux années passées à la Primature. Malgré ses efforts, la situation économique s'était détériorée en raison d'un manque de discipline budgétaire et de plusieurs personnes qui décidaient, notamment au bureau de Wade et à celui de son fils Karim qui dirigeait l'ANOCI. Ousmane Masseck Ndiaye a été l'architecte de la défaite du PDS en tant que responsable des activités politiques. Bien qu'il ait été relevé de ses fonctions après avoir perdu la mairie de Saint-Louis, il avait été nommé président du CESE. Et d'autres ministres avaient aussi été évincés.

Dans chaque gouvernement, il y a toujours des ministres intouchables et depuis la première alternance et malgré les neufs remaniements ministériels, certains ministres ne quittaient jamais le gouvernement. On pouvait compter Cheikh Tidiane Gadio au ministère des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop au ministère de l'Economie et des Finances, Cheikh Tidiane Sy au ministère de l'Intérieur, Becaye Diop au ministère de la Défense, Madicke Niang au ministère de la Justice, Habib Sy au ministère de la Fonction publique et de l'Emploi et Moustapha Sourang au ministère de l'Education Supérieure. Leur longévité est due à diverses raisons comme un«compagnonnage» avec le président ou leurs liens avec les puissantes familles religieuses, il n'y avait que Gadio qui était resté à son poste pour ses talents diplomatiques.

Parmi ces nominations, on pouvait trouver, Souleymane Ndene Ndiaye, qui a eu à occuper des postes ministériels et qui était devenu Premier ministre. Avocat de métier, il était un fidèle du PDS, mais en même temps un homme qui ne peut pas tolérer l'adversité et il a su le prouver maintes fois. Il y avait aussi la nomination de Karim Wade à un poste de ministre, un acte sans précédent depuis l'indépendance du Sénégal. Au Sénégal, traditionnellement, les enfants des présidents ont été tenus à l'écart de la politique et du gouvernement. Il l'avait d'abord nommé conseiller, puis président de l'ANOCI avant de lui demander de se présenter à la mairie de Dakar pour se préparer à la présidence, mais il avait été sévèrement écrasé. Son père voulait lui fournir un tremplin et lui donner l'occasion de se familiariser avec la gestion publique. Il faut rappeler qu'il a travaillé comme banquier à Paris et à Londres, et il a aussi travaillé pour UBS en tant que directeur associé en 2000. Cet homme était devenu le ministre le plus puissant du Sénégal puisqu'il avait été nommé à la tête de l'aménagement du territoire et de la coopération internationale pour lui permettre de négocier avec les donateurs non-traditionnels et d'engager le Sénégal dans divers projets d'infrastructures.

Abdoulaye Balde était resté secrétaire général de la présidence. Il avait mené la victoire du PDS à Ziguinchor et dans un nombre impressionnant de communautés de la région de Casamance. Il était le meilleur allié de Karim Wade, car ils ont fondé la Génération du concret, qui avait pour but de devenir la principale force politique du Sénégal après Wade. Il avait été force à prendre un poste dans le gouvernement, mais il avait refusé et Wade s'était tourné vers Ousmane Masseck Ndiaye pour remplacer Abdoulaye Balde, mais il avait plaidé si fort pour garder son poste qu'Abdoulaye avait finalement laisse tomber. Le but était pour Wade de diminuer le pouvoir de Balde et le retirer de sa zone de confort et l'exposer aux critiques autant que Karim.

Ce remaniement ministériel était l'un des plus chaotiques de l'histoire du Sénégal, car deux jours après le décret, il avait été modifié. Ousmane Ngom, qui était ministre des Mines, de l'Industrie et des PME était en Iran en train de négocier l'achat de tracteurs pour le gouvernement lorsqu'il fut démis de ses fonctions. À son retour, il avait fait pression sur Wade et avait été immédiatement réintégré dans son ancien emploi. Après cet épisode, le ministre des Finances, Abdoulaye Diop, avait aussi protesté contre l'impossibilité de faire son travail comme responsable de l'économie et le président lui a rendu le portefeuille de l'économie. Le mot «économie» avait été amputé du titre de son ministère pour refléter le transfert du pouvoir à Karim, qui avait reçu le portefeuille de la coopération internationale. Diop avait finalement retrouvé son titre complet et avait conservé dans son portefeuille les deux plus importants départements de la coopération financière internationale, de la dette et des investissements. Karim, en tant que ministre de la Coopération internationale, devrait donc traiter avec les donateurs non-traditionnels d'Asie et des pays arabes.

Mame Birame Diouf, après avoir été limogée de son poste de ministre de la Culture pour n'avoir pas réussi à contenir l'ancien Premier ministre Macky Sall, a été nommée de nouveau après la protestation de ses électeurs à Fatick. Pendant ce temps, Aida Mbodj avait démissionné une semaine après avoir pris son nouveau poste après s'être rendu compte que son ministère de la Transformation alimentaire des produits agricoles était une coquille vide. Abdoulaye Wade voulait gagner l'élection présidentielle de 2012 et conséquemment, il avait choisi un cabinet politique qui continuerait à promouvoir la politique et le clientélisme plutôt que la bonne gouvernance.

Le banditisme financier

Les choses sérieuses ont commencé après la visite du FMI au Sénégal et que les membres de l'institution de Bretton Woods ont décelé des anomalies budgétaires sans précédent. C'est ainsi que lors d'une réunion du gouvernement, le président Wade avait limogé le ministre du Budget, Ibrahima Sarr et nommé Mamadou Abdoulaye Sow, haut responsable du Trésor, au poste de ministre. Le décret présidentiel qui a destitué Ibrahima Sarr est intervenu quelques heures après la rencontre entre Wade et le représentant du FMI. Un audit interne avait révélé le versement de fonds non autorisés et injustifiés à plusieurs ministères et agences. La nomination du technocrate qui était très respecté au poste de ministre du Budget devrait renforcer les efforts du ministre des Finances, pour faire en sorte que tous les engagements financiers du gouvernement puissent être pris en compte dans le budget actuel du gouvernement.

A la demande du ministre des Finances, Abdoulaye Diop, et du représentant du FMI, en réaction au déficit budgétaire croissant du Sénégal et aux révélations d'un tas de factures impayées dues à des fournisseurs et à des sous-traitants privés, un audit avait été effectué par la division des inspecteurs du ministère des Finances. Il y avait plusieurs rapports qui divergent sur le montant total des dépenses injustifiées, quoiqu'il en soit, le montant dépassait les 450 milliards de FCFA. C'était le trou noir financier le plus grand de l'histoire de notre petite nation.

Le plan d'infrastructures lié à l'OCI a été un désastre financier, technique et de crédibilité pour le gouvernement. Sur le plan financier, le gouvernement avait engagé d'énormes sommes d'argent et une grande partie du financement promis par le Koweït et d'autres pays n'avait pas encore été reçu. En raison des contraintes de budget et de temps qui ont suivi, la construction de la nouvelle route de la Corniche a été mal faite et l'ingénierie du tunnel de Soumbedioune, tant vanté, est un risque permanent pour les usagers en temps normal et pire en temps d'hivernage. Il fallait trouver de l'argent pour ce fameux sommet de l'OCI.

L'ANOCI, dirigée par Karim Wade avait été l'un des principaux bénéficiaires de ces dépenses extrabudgétaires, ayant reçu près de 200 milliards de FCFA prétendument pour les coûts associés aux projets d'infrastructures pour le sommet de l'OCI. Le ministère de l'Infrastructure et des Transports avait reçu 12 milliards de francs CFA pour soutenir les projets d'infrastructure et le ministère de l'Intérieur, 3 milliards de francs CFA pour le sommet de l'OCI sans compter les élections présidentielles et législatives. Les ministères de l'éducation, de l'habitat et du développement urbain, de la santé, de l'eau, de l'environnement, de l'artisanat et de l'économie maritime ont tous signé des contrats non conformes au budget formel du Sénégal. Le président Wade avait ordonné aux ministères qui ont reçu ces fonds irréguliers de fournir des explications et des justifications à l'exception de l'ANOCI et des ministères diriges par son fils.

Dix mois après le limogeage de son prédécesseur, Ibrahima Sarr, Abdoulaye Sow démissionna le 10 juin. Sa démission avait été orchestrée par les membres du gouvernement qui n'ont pas apprécié le fait que Sow soit strict sur les décaissements budgétaires et son refus face aux demandes d'argent ou des paiements qui n'étaient pas pleinement justifiés par le budget officiel et les fonds disponibles. La pression était très forte et Sow avait finalement cédé. Quand Abdoulaye Sow était nommé, le FMI ainsi que les bailleurs de fonds étaient très contents, car il était en mesure de mettre fin aux pratiques peu orthodoxes et aider le gouvernement à respecter les critères de réforme de l'examen du Conseil du FMI. La démission de Sow pouvait aussi être imputée à un conflit de portefeuille, car à plusieurs reprises, il avait eu à refuser d'approuver des offres non concurrentielles et des avances en espèces qui n'avait pas suivies les voies appropriées.

Quand le représentant du FMI avait été interpellé sur la démission de Sow, il avait publiquement déclaré que Sow maîtrisait parfaitement les questions de finances publiques du Sénégal et qu'il était honnête et avait contribué de manière positive à l'amélioration du système budgétaire du Sénégal en éliminant les avances de trésorerie. Ce mécanisme qui était à l'origine de nos difficultés budgétaires et il avait aussi pu réduire le nombre de marchés de gré à gré. En quelque sorte, Abdoulaye Sow avait joué un rôle très déterminant afin que le Sénégal puisse satisfaire les critères de l'ISPE avant l'examen du FMI.

Si on retourne aux anciennes pratiques sous Ibrahima Sarr, on se rend compte que le Sénégal a été vendu pendant que les populations souffraient. Les membres du ministère du Budget avaient menti au FMI et ils étaient carrément impliqués dans l'abus du budget. Ils avaient sous-estimé l'estimation des factures impayées du gouvernement et un document avait été fourni au FMI signé par le ministre qui indiquait que le volume des engagements extrabudgétaires ne dépassait pas plus de 10 % du montant réel alors que le FMI avait reçu des documents qui montraient qu'il y avait près de 80 engagements de financement illégaux signés par le ministre.

En plus de tout cela, le logiciel du gouvernement de suivi des dépenses avait été manipulé pour tenter de dissimuler certains paiements. Cependant, la manipulation du logiciel n'avait pas été satisfaisante et des rapprochements des comptes ont pu être faits pour démontrer qu'il y avait des irrégularités. Sarr se trouvait entre le marteau et l'enclume, car il était un proche collaborateur de Karim depuis plusieurs années et il était aussi l'homme de confiance de Hadjibou Soumare lorsque ce dernier était ministre du Budget.

Afin de démontrer que le gouvernement s'attaquait à la crise budgétaire, Hadjibou Soumaré n'a pas eu du mal à limoger son ami et ministre, Sarr. Le problème est que le Premier ministre était aussi impliqué dans les paiements non-conformes aux finances publiques. Hadjibou avait aussi fait pression sur Sarr pour que ce dernier verse des paiements injustifiés et que ces transactions soient cachées au ministère des Finances et au FMI. Après des enquêtes, on avait décelé que des paiements non-conformes ont été trouvés, remontant à 2003 et d'importantes distributions effectuées entre 2006 et 2007 alors que Hadjibou était ministre du Budget.

Derrière ce réseau de paiements injustifiés, se cachaient l'homme le plus puissant du Sénégal, Karim Wade et ses proches collaborateurs, Aminata Niane, qui était chef de l'APIX et Samuel Sarr. Pour mieux comprendre, il faut savoir que Karim Wade avait joué un rôle déterminant dans la nomination d'Ibrahima Sarr au poste de ministre du Budget et qu'il avait également une grande influence sur le Premier ministre. En quelque sorte, Karim était le maître d'orchestre qui avait payait les violons et qui conséquemment réclamait la musique à jouer.

Ce qui est éc...urant, c'est que le FMI, malgré tout cela avait refusé d'insister sur la gravité de cette pratique malsaine au sein du gouvernement. Au cours de la séance d'information avec les donateurs, le FMI, comme d'habitude avait certes, noté la gravité de la situation, mais avait quand même applaudi la bonne coopération du gouvernement.

Sénégalaises, Sénégalais, les hommes politiques ne font que s'enrichir, enrichir leur famille et leurs proches collaborateurs, ils ne sont pas préoccupés par la population qui souffre et la situation se dégrade de jour en jour. Pensez-vous un seul instant que le clan des Wade qui n'a fait que commettre des malversations, mérite d'être donné une chance de s'approcher encore de nos deniers publics' Je peux aussi vous assurer que d'autres pratiques sont encore en train de se passer sous l'ère des républicains. Qui pensez-vous mérite plus d'être réhabilité: Karim Wade ou notre cher Sénégal'

Par Mohamed Dia

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