République du Mali: 60 ans aprés l'indépendance, le désenchantement persiste

République du Mali: 60 ans aprés l'indépendance, le désenchantement persiste

Senenews Le 2020-09-22  Source

«Il faut soixante ans pour faire un homme et après il n'est bon qu'à mourir», écrit André Malraux. Le Mali souffle aujourd'hui sa 60ème bougie. Homme, on en dirait qu'il est déjà vieux et qu'il doit trainer plus de souvenirs qu'il n'a de rêves. Et oui, le Mali serait un sexagénaire qui se sentirait fier d'être entouré de ses petits-fils à qui il raconterait ses moments de gloires et ses...déceptions. Comme l'écrasante majorité des pays africains qui fêtent cette année leur soixantième anniversaire, le pays de Modibo Keita ne peut pas présenterune copie nette et lisible des pages de son autodétermination. Les coups d'état et son économie souffreteuse font que le pays laisse ses citoyens dans une inextinguible soif de développement à toutes les échelles.

L'autodétermination (self-rule, pour les Anglosaxons) n'a pas été une expérience facile pour l'ensemble des pays africains. Nombre d'entre les anciennes colonies ont goûté à «l'amère saveur de la liberté» avant l'indépendance et celle douce-amère qui marque les régimes postcoloniaux. Le désenchantement constitue le dénominateur commun de la majorité des pays nouvellement indépendants, ces toute jeunes républiques qui ont dû faire face à des évènements tragiques. A l'instar de ces pays frères et souvent voisins, le Mali est miné par des obstacles économiques, sociaux, religieux, lesquels conduisent souvent à un seul résultat: des coups d'Etat et des transitions.

Une trajectoire politique difficile

Les soleils des indépendances n'ont pas dégagé que des rayons étincelants pour tous les peuples d'Afrique. Pour la plupart, notamment les pays de l'Afrique occidentale, le ciel nuageux et brumeux n'a jamais rendu la vision des indépendantistes assez claire pour la réalisation des objectifs fixés. Ce manque de hauteur ou de compétence a plongé l'Afrique dans des épisodes sombres de coups d'Etat. Le tableau est assez effroyable à cet effet avec pas moins de 300 coups qui ont été réalisés dont 4 pour le seul compte du Mali depuis 1960.

Si la récurrence des Coups d'Etat est une cause pour l'instabilité politique, elle est une conséquence de la désillusion que vivent les différents peuples. Souvent, comme ce fut le cas sous le régime de ma quasi-totalitédes dirigeants, qui se sont promus hommes forts, le régime est personnifié et le président use de la force ad libitum. En vérité, les libertés publiques étaient plus garanties sous le règne du premier président de la République du Mali, Modibo Keita. Cependant, son échec de réaliser les attentes placées en lui, faisant vivre à sa jeunesse des leurres à la place de lueurs, va déclencher la révolte de jeunes soldats qui s'emparent du pouvoir. Il s'y ajoute le caractère de son régime qui devenait de plus en plus autoritaire avec des atteintes flagrantes aux libertés individuelles.

Même s'il y a eu des intermèdes démocratiques non négligeables et qui ont permis au pays de se faire une place au soleil de la démocratie, le Mali et son élite sont restés peu inspirés pour répondre aux exigences démocratiques. L'arrivée au pouvoir d'Amadou Toumani Touré (après son coup de force) et celle du dernier président déchu Ibrahima Boubacar Keita ont été jusqu'ici les exceptions qui démontrent le génie malien, non pas le Mali des leaders, mais celui du peuple. Malheureusement, quand le peuple instaure la démocratie à travers l'exercice de ses actes civiques, les hauts placés ne s'intéressent qu'au pouvoir, peu importent les moyens employés. «The Ballot or the bullet» (les urnes ou le fusil), comme dirait Malcom X.

Difficile envol de l'économie du pays

Le Mali est immensément riche de son sous-sol qui regorge des ressources naturelles enviables. A l'instar de beaucoup de pays africains, le facteur bloquant demeure soit une mauvaise exploitation des matières disponibles soit leur non exploitation. A la décharge des premiers régimes qui ont succédé aux colons, la découverte de ces richesses n'était pas à l'ordre du jour. Ce fut le cas sous le père de l'indépendance du Mali, Modibo Keita. Adoptant une vision socialiste, celui-ci table sur l'agriculture et le commerce pour développer l'économie du pays. La création de la Société malienne d'importation et d'exportation (SOMIEX), un mois après la proclamation de l'indépendance, en octobre 1960, est suffisamment éloquente de la politique économique du Mali nouvellement indépendant.

Pendant des décennies, l'Economie du Mali est restée en léthargie, les acteurs politiques ne s'intéressant qu'à la conquête et la préservation du pouvoir. Cette omniprésence de la politique dans les débats et décisions a comme principales conséquences le népotisme, le clientélisme, la corruption. Quelque importante que fut leur élaboration, les plans de développement économique du pays ont toujours butté sur une difficulté de mise en ...uvre. Ce qui fait que l'essentiel des ressources allouées aux différents secteurs de la vie économique sont captées par une clique, celle-là qui assure les arrières du régime et dont le régime assure les arrières. D'ailleurs, la corruption est toujours brandie comme la principale raison des coups d'Etat, même du dernier en date.

Pourtant, le pays est d'une richesse inestimable. La principale ressource reste l'or qui est exploité à hauteur de 50 tonnes par an. Cette manne aurifère fait du Mali le troisième pays exportateur de ladite matière derrière l'Afrique du Sud et le Ghana. Malgré tout, les goulots d'étranglement que constitue la mauvaise gestion des affaires bloque l'envol économique du pays.

Une situation sécuritaire complexe

Parallèlement aux coups d'Etat, les défis relatifs à la situation sécuritaire au Mali, depuis 2011, restent d'actualité. L'insécurité est devenue au fil des années le principal cancer de la république malienne. La guerre qui sévit au nord depuis pratiquement 10 ans, et le terrorisme qui gagne du terrain, freinent l'économie du pays. Dit autrement, l'absence de sécurité provoque de nombreux dommages dont la désertion des investisseurs et le déclin des activités touristiques. Bien des secteurs sont frappés de plein fouet par la lutte armée et les attaques terroristes.

A une moindre échelle, il y a aussi les rapports souvent violents marqués par des tueries entre ethnies. Dans plusieurs localités du pays, l'Etat central est absent même si ses services peuvent exister au niveau local. Rien que dans l'année 2019, des conflits entre Peuls et Dogons ont fait des Centaines de mort. Le plus en vue reste le massacre du 5 juin où plus de 95 morts et 19 disparus.

Les défis actuels, changer de cap

Après soixante ans d'indépendance, le Mali vit toujours des situations difficiles. Son 60è anniversaire coïncide avec le 4è coup d'état de son histoire. La situation sociopolitique devient anxiogène à cause des obstacles majeurs qui continuent d'obstruer au développement du pays. La prise du pouvoir, le mois d'août passé, par la junte militaire, a été largement justifiée par la volonté d'en finir avec la corruption. Si le coup a été populaire, c'est justement parce que le peuple y voit une solution définitive aux perpétuelles pratiques peu orthodoxes des hommes politiques. Si le choix de Bah Ndao comme président de transition est avalisé par le CEDEAO, les Maliens se seront extirpés d'une situation économique asphyxiante à cause de l'embargo appliqué à son encontre depuis un mois.

Cependant, le chantier reste entier. L'objectif d'un Mali nouveau, un Mali de renouveau, ne doit pas se limiter à une transition bien faite. Les transitions représentent en effet des parenthèses peu souhaitables, aucune politique majeure ne eut y être déroulée. Elles sont, sans trop exagérer, des moments de suspensions de l'Etat bâtisseur de "économie puisque les nouvelles autorités n'auront pas toute la clairvoyance et la légitimité d'agir comme de vrais Chefs d'Etat. Il s'y ajoute que la courte durée qui leur est fixée, 12 ou 18 mois en l'occurrence, ne permet d'établir aucun bilan digne d'éloges si ce n'est des éloges politiques.

Il faut donc penser au Mali d'après transition, tel devrait être le défis de tous les Maliens surtout des hommes politiques qui aspirent à diriger le pays. Ce cycle sans fin de coups et de transitions n'a rien apporté au pays depuis 60 ans, les hommes politiques se succèdent parfois de façon différente, puisque certains sont démocratiquement élus, mais leurs trajectoires se ressemblent une fois au pouvoir. Soit ils sont attaqués pour la corruption soit ils sont critiqués pour la mise en parenthèses des libertés. Et tant que les leaders de demain ne changent pas de comportement vis-à-vis du pouvoir et des citoyens maliens, le pays ne s'arrêtera pas d'être la proie de cette spirale de violence. Parce que tout simplement, qui règne par l'épée périt par l'épée.

Par Ababacar Gaye/SeneNews

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