Notice: Trying to get property 'display_name' of non-object in /var/www/vhosts/sen360.sn/news.sen360.sn/wp-content/plugins/wordpress-seo/src/generators/schema/article.php on line 52

«Si la France légalisait l’euthanasie, cela permettrait d’améliorer la société»

Par , publié le .

Actualité

Après le décès de sa mère dans un accident de la route, Ludovic Richard Ruiz, 46 ans, n’est plus le même. Le Français a fait une dépression sévère et effectué plusieurs séjours en hôpital psychiatrique. Ne supportant plus les traitements, qu’il qualifie de «viols» et de «tortures chimiques», le quadragénaire a tenté à  plusieurs reprises de mettre fin à  ses jours, ou, comme il préfère le dire, a tenté de procéder à  une «auto-euthanasie». Ludovic Richard milite pour le droit de mourir dignement et selon sa volonté. Comme la France n’autorise toujours pas l’euthanasie active, Ludovic Richard prévoit de se rendre en Suisse afin d’avoir recours au suicide assisté.

En France, le sujet de l’euthanasie est un sujet sensible qui a récemment fait l’objet de vif débats. Le sujet est devenu plus prégnant encore après que Jean-Luc Godard a eu recours au suicide assisté en Suisse, o๠la pratique est autorisée. Le cinéaste franco-suisse s’est donné la mort en présence de médecins, car «il était épuisé», ont expliqué ses proches. De nombreux Français, dont l’actrice Line Renaud, militent pour le droit de mourir dignement, dans un pays o๠l’euthanasie active, lorsque le décès est directement provoqué par l’administration d’une substance létale par un médecin, est fermement proscrite.

Parmi ces Français, il y a Ludovic Richard Ruiz, 46 ans. En 1999, il a eu un accident de la route qui l’a mené en psychiatrie. L’administration de Depakine Chrono, un médicament contre les épilepsies généralisées, a déclenché chez le quadragénaire des maux de transport et des vertiges violents qui, selon lui, l’ont empêché d’obtenir son diplôme en électronique, en 2000. «J’ai dà» abandonner mon projet de devenir professeur et mon projet de vie», explique-t-il. «Ma sÅ“ur m’a tenu responsable de l’accident de voiture qui a coà»té la vie de ma mère, et je pense sincèrement qu’elle a participé à  mon plongeon dans la dépression.»

Dans la nuit du 17 au 18 juillet 2001, Ludovic Richard envisage pour la première fois de mettre fin à  ses jours. Il ingurgite du mercure, prévoit de s’immoler par le feu tout en s’électrocutant et en se pendant à  l’aide d’une corde. Il met tout en Å“uvre pour ne pas se rater. Sauf qu’au dernier moment, il se ravise. Après un passage volontaire à  l’hôpital, pour y subir notamment un lavement d’estomac, le jeune homme d’alors 25 ans est une nouvelle fois interné dans un hôpital psychiatrique sans son consentement, ce que l’on appelle une HDT (hospitalisation à  la demande d’un tiers), entre juillet 2001 et juin 2007.


Tentatives de suicide
Après ce premier épisode suicidaire avorté, Ludovic Richard essaie, à  plusieurs reprises, de mettre fin à  ses jours. La première fois, et la seule qu’il qualifie véritablement de «tentative de suicide», c’était en septembre 2008. «C’était chez ma tante, après une sortie d’essai de l’hôpital psychiatrique», se souvient le quadragénaire. «Dans la précipitation, j’ai trouvé une grande rallonge électrique. Je voulais me pendre sous une poutre, sans agonie, afin de ne plus subir les violences de la psychiatrie. cette époque, je m’étais rendu compte qu’il m’était impossible d’échapper à  la psychiatrie, sauf en ayant recours à  la mort.» Ludovic Richard parle de «tortures chimiques» qui ont commencé cet été-là . «Pour moi, la tentative de suicide était la seule solution, puisque la psychiatrie viole en toute impunité grâce aux lois», poursuit-il.

Ses autres tentatives de mettre fin à  ses jours, Ludovic Richard préfère les appeler «auto-euthanasie», car, selon lui, l’euthanasie, contrairement au suicide, se fait dans la douceur, sans violence. C’est comme cela qu’il qualifie son saut dans le vide de 2017. Ce fut pour lui sa dixième tentative de quitter ce monde auquel il ne se sent pas appartenir. «J’ai sauté de 9,5 mètres et me suis fracassé au sol à  une vitesse de 49 km/h. Mon cÅ“ur s’est arrêté, mais le SAMU m’a réanimé sans même tenir compte de mes directives anticipées auprès de l’ADMD (Association pour le droit de mourir dans la dignité, qui propose notamment à  ses membres de signifier leur refus de la réanimation, conformément à  la loi relative aux droits du patient, NDLR)», raconte Ludovic Richard. Au terme de six semaines de coma, le Français s’est réveillé avec de multiples fractures, mais surtout avec une jambe en moins. «On m’a amputé, cette fois encore, en allant à  l’encontre de ma volonté», commente-t-il.

«à‡a ne les regarde pas»
Le quadragénaire explique que ses proches sont tout à  fait au courant de sa volonté de ne plus «continuer à  souffrir dans ce monde», depuis sa tentative de suicide de 2008. «Toutefois, ça ne les regarde pas vraiment», estime-t-il. Quant à  savoir s’il ne craint pas de leur faire de la peine, sa réponse est sans appel: «J’essaie de ne plus réagir aux arguments égoà¯stes du genre que mes proches seraient tristes si je n’étais plus là . Ils ne raisonnent que par leurs douleurs personnelles, pas par empathie. Alors, je dois aussi freiner mon empathie et faire passer mes souffrances avant les leurs.»

Il se tourne vers la Suisse
Afin d’en finir, le quadragénaire économise 10.000 euros pour se rendre en Suisse et avoir ainsi la possibilité de recours au suicide assisté. Si son choix ses portés sur le pays de ses voisins helvétiques, c’est pour deux raisons. La première est une question de distance. Habitant près de Poitiers, la Suisse est plus proche en termes de kilomètres. La seconde est une question de faisabilité pure et dure. Ludovic Richard s’est renseigné sur les possibilités qu’offrait la Belgique. «Le problème, c’est qu’il y a plusieurs conditions pour être accepté. L’une d’elle est qu’il faut être citoyen belge depuis plus d’un an pour bénéficier d’une euthanasie. Or, comment puis-je survivre dans ce pays, sans le moindre revenu?», s’interroge-t-il.

«L’euthanasie, un droit pour tous»
Selon Ludovic Richard, le recours à  l’euthanasie devrait être un droit pour tous, «au même titre que l’IVG. «Aussi bien philosophiquement que socialement, cela permettrait d’améliorer la société. Puisque nous ne choisissons pas le début de notre vie, choisissons au moins notre façon de partir, que ce soit suite à  une impossibilité de s’exprimer, ou pour toute autre raison, y compris psychologique», revendique-t-il.

Pour le défenseur du droit à  l’euthanasie, il y aurait plusieurs avantages à  autoriser la pratique, comme le fait que les proches qui le souhaitent pourraient faire leurs adieux, ou que le défunt pourrait préalablement décider à  qui il léguerait ses biens, «en ne reversant pas automatiquement l’héritage à  la famille, ce que, à  titre personnel, je veux absolument éviter».

O commentaire

Laisser un commentaire

Votre email ne sera pas publié. Champ obligatoire (*)