Singuila : «Docteur Love est mon album le plus afro»

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« Avant, je ne voyais pas plus loin que la France et ma cité », raconte Singuila, né à  Suresnes, en région parisienne, d’un père centrafricain et d’une mère congolaise. Mais cela, c’était il y a bien longtemps.

l’issue d’une série de concerts en Afrique »“ du Bénin au Gabon, en passant par le Congo, le Cameroun et la Côte d’Ivoire »“, le chanteur de R&B a profité d’une halte parisienne, au courant du mois de mars, pour promouvoir Docteur Love, son nouvel et cinquième opus.

« Je n’oublie pas le public français », glisse-t-il dans les locaux de l’agence musicale Rise Up, chargée de sa promotion dans l’Hexagone. Assis derrière un bureau, le « Docteur Love », indétrônable séducteur, dit en s’esclaffant être « prêt à  livrer [son] diagnostic ».

Toujours classe »“ tout de noir vêtu, baskets griffées »“, il salue au passage Alrima, nouvelle coqueluche du rap biberonné aux buzz et aux réseaux sociaux, et en profite pour lui demander la marque de son jogging, signé d’un jeune créateur.

Malgré la distance géographique, Singuila (Bedaya N’Garo de son vrai nom) reste profondément attaché à  la scène du pays qui a vu éclore sa carrière, en 1999, au sein du groupe de rap Psyché, puis du collectif Secteur à„, qui réunissait la fine fleur du genre.

Une vingtaine d’années plus tard, c’est pourtant bien en Afrique que se joue sa carrière. Là -bas, l’artiste ne connaît pas la crise. « La pandémie de Covid-19 a confirmé qu’il ne fallait pas mettre tous les Å“ufs dans le même panier », assure-t-il.

Si beaucoup de ses acolytes, tels que Gims, Niska et Youssoupha, se sont produits sur des scènes africaines ces derniers mois, profitant de mesures sanitaires plus souples que celles imposées en Europe, Singuila, lui, avait flairé depuis longtemps le potentiel des territoires francophones du continent, plaque tournante de la musique afro-urbaine. « Certains ont l’esprit business. Moi, je n’ai aucun mérite, l’Afrique fait partie de mon héritage », relativise celui qui a grandi au son de la rumba congolaise.

L’année 2005 est marquée par sa rencontre avec le digne ambassadeur du genre, feu Papa Wemba, à  l’occasion de l’enregistrement du titre « Anita, femme africaine », produit par son camarade Passi. « Papa Wemba est arrivé dans la cabine, a chanté un texte tout droit sorti de sa tête en une seule prise, d’un trait, se souvient Singuila. J’étais impressionné. Je crois que c’est le plus grand moment musical de ma vie.

»Mais c’est un an plus tôt, lors d’un concert donné au Gabon, que celui que l’on surnomme « le rossignol » a eu un déclic. « l’époque, il n’y avait pas internet. C’est une fois arrivé sur place que j’ai réalisé que j’avais une certaine popularité. Des titres qui ne marchaient pas vraiment en France ont trouvé leur public en Afrique, plus sensible à  ma musicalité. »

Toujours à  la jonction des deux continents, le bourreau des cÅ“urs attendra pourtant 2021 pour sortir un album à  l’identité sonore africaine assumée. « Le précédent ne s’intitule pas Entre 2 par hasard : il préfigure ce tournant musical afro. Sur Docteur Love, on retrouve des rythmes ouest-africains, de l’afrobeat ».

S’y ajoute une jolie brochette de collaborations : des Congolais Fally Ipupa et Koffi Olomidé aux Camerounais Charlotte Dipanda et Tenor, en passant par le rappeur ivoirien Didi B. L’opus a été produit sous le label d’Universal Music-division africaine. Une première pour Singuila.

« J’ai toujours tourné, sorti des titres. Universal a vu [en moi] un gars qui ne tombe pas et qui continue à  remplir les salles. » Raison de son succès : sa capacité d’adaptation. Témoin d’une industrie musicale en pleine mutation, Singuila ne manque pas le coche. Ainsi, en mars 2020, alors que la France est sous cloche en raison de la crise sanitaire, il chante des sérénades a capella sur Instagram dans une série vidéo intitulée « Dans la cage du rossignol », en direct de son appartement parisien.

« Je devais donner une batterie de concerts jusqu’à  la fin du mois d’aoà»t, en Italie, au Canada et même aux Etats-Unis, se souvient-il. Tout est tombé à  l’eau. Il fallait donc que je m’investisse autrement et que je garde le contact avec le public », admet celui qui compte un million de fans sur Instagram et cumule 1,6 million de vues sur sa chaîne YouTube.

Quelques années plus tôt, en 2016, l’artiste avait pris pied dans le paysage audiovisuel en rejoignant le jury de la première édition de « The Voice Afrique francophone ». La star du télé-crochet voulait faire émerger des talents du continent. Cela a été le cas avec le Camerounais Ful, finaliste de l’édition 2017, qu’il produit sur son propre label, Ghetto Compositeur Recordz.

En attendant d’y ajouter deux nouveaux poulains, Singuila va continuer à  défendre Docteur Love sur les scènes africaines. Il doit prochainement s’envoler pour la Côte d’Ivoire, « sa nouvelle base », pour conter ses aventures sentimentales.

« Compte tenu du contexte, c’est génial de pouvoir tourner en ce moment. Mais les mesures sanitaires changent la donne. On ne peut pas dire au public de sautiller, de se rapprocher. J’ai hâte de retrouver le partage avec tous les publics, car, pour l’heure, seuls les plus aisés peuvent assister à  mes concerts, à  défaut de festivals plus démocratiques. »

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