Six enfants perdent la vie dans une collision entre un car scolaire et un train: 5 ans de prison dont 4 avec sursis requis contre la conductrice

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Face à  la « perpétuité » infligée aux enfants victimes de la collision mortelle entre leur car scolaire et un TER à  Millas (Pyrénées-Orientales) en 2017, cinq ans d’emprisonnement, dont quatre avec sursis probatoire, ont été requis mercredi à  Marseille contre la conductrice du car.

Invoquant une « faute simple » relevant de l’inattention et de l’imprudence de Nadine Oliveira, 53 ans, le procureur Michel Sastre a écarté la « fatalité » dans cet accident, tout en soulignant la « dimension exceptionnelle de cette tragédie » jugée depuis le 19 septembre devant le tribunal judiciaire de Marseille, qui dispose d’un pôle spécialisé dans les accidents collectifs couvrant tout le sud de la France.

«Perpétuité » infligée aux victimes
Des « vies d’enfants ont été ôtées, la santé physique et psychologique d’enfants a été lourdement ébranlée, des familles anéanties », a insisté le représentant du ministère public dans un réquisitoire mesuré, précisant que la « perpétuité » avait déjà  été infligée aux victimes.

6 morts et 17 blessés, dont 8 grièvement
Cette collision, le 14 décembre 2017, au passage à  niveau de Millas, avait provoqué la mort de six enfants et en avait blessé 17 autres, dont huit grièvement.


Témoignages des enfants rescapés
Depuis trois semaines, les témoignages des adolescents rescapés et de leurs familles n’ont eu de cesse d’évoquer des « vies brisées », qui ont basculé en un instant dans l’horreur. « J’avais 13 ans à  ce moment-là  et je suis devenue adulte en deux minutes. En deux minutes, j’ai perdu mon enfance, mon adolescence, mes amis », avait témoigné au début du procès une adolescente de 17 ans qui a eu la jambe amputée à  la suite de l’accident. Beaucoup, à  l’instar d’Elona, 18 ans, ont aussi fait part de leur « énorme sentiment d’impuissance et de culpabilité » d’être encore vivants.

La conductrice hospitalisée en psychiatrie
Une culpabilité dont l’expression « n’est pas nécessairement venue de là  o๠on l’attendait », a regretté le procureur: Mme Oliveira « n’a pas exprimé (ce sentiment) de manière explicite, visible », « ni même de doutes ». Jugée pour homicides et blessures involontaires, la conductrice du bus, actuellement hospitalisée en psychiatrie, s’était effondrée à  la barre le 22 septembre et n’est plus réapparue à  son procès depuis.

Sursis, soins et indemnisation des victimes
Le ministère public, qui a assorti le sursis de Nadine Oliveira d’obligations de soins et d’indemnisation des victimes, a aussi demandé l’annulation de ses permis de conduire (de tourisme et de transport de passagers) ainsi que son interdiction de repasser ces derniers pendant cinq ans. Après l’accident, elle a été hospitalisée à  plusieurs reprises en psychiatrie, avant d’être placée sous contrôle judiciaire, sans aller en détention.

«Manque d’empathie»
Concédant que ce procès a été « difficile de tous les côtés », y compris pour Mme Oliveira, Michel Sastre a concédé que le « manque d’empathie » de la conductrice avait pu être dur à  vivre pour les victimes. Néanmoins, « je n’ai pas vu dans l’attitude de Mme Oliveira un déni absolu de ce qui a été commis, elle a ouvert des voies, en début d’enquête, puis les a fermées, verrouillées », mais « pas complètement », a estimé le procureur.

«On n’est pas dans une stratégie»
Nadine Oliveira, qui n’avait jamais connu ce passage à  niveau fermé, après l’avoir emprunté presque 400 fois avec son car depuis septembre 2017, a toujours soutenu que les barrières étaient ouvertes le jour du drame. Mais « on n’est pas dans une stratégie, une posture », comme l’ont montré les experts psychiatres, a accepté le magistrat: Nadine Oliveira ne ment pas délibérément, « elle dit ce que son cerveau estime être la réalité », pour ne pas sombrer totalement, « ce franchissement du passage à  niveau fermé est le résultat de la routine ».

«Elle ne s’est jamais remise en question»
« Elle ne s’est jamais remise en question », a regretté Fabien Bourgeonnier, le père de Loà¯c, l’un des enfants décédés, auprès de l’AFP, après le réquisitoire mercredi matin: « Par contre, ce qu’on a bien vu, c’est son sourire quand elle arrive le premier jour. (…) Elle ne se sent pas responsable, c’est son droit, c’est sa ligne de défense, mais quand elle entend les enfants parler, il n’y a pas un petit quelque chose qui se passe dans le cerveau? »

«Ce n’est pas assez»
Perpignan, au Palais des sports, o๠le procès est diffusé depuis le début pour les familles et proches de victimes, la peine requise est apparue bien insuffisante: « Elle a tué six enfants. Un an par enfant, ce n’est pas assez… », a regretté Michaà«l, un Perpignanais de 42 ans.

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