Un corps, au coeur des grandes menaces sanitaires
Ce sont d'abord des arrêtés, des lois et des règlements spéciaux des cas particuliers qui définissaient les questions sanitaires en 1850. Ces questions géraient travers un conseil de santé et des commissions sanitaires. Les règlements concernant l'hygiène et la salubrité publiques sont ensuite pris en conformité avec le décret du 10 août 1872, portant organisation d'institutions municipales au Sénégal et Dépendances et fixant les attributions des maires qui étaient chargés de la police municipale sous la direction du Lieutenant-gouverneur.

Selon le professeur d'Archivistique l'EBAD, Ahmeth Ndiaye dont la thèse de doctorat d'Etat a porté sur la santé au Sénégal de 1895 1945, «les règlements de police municipale ordonnaient le balayage des rues, des trottoirs et des cours par les habitants, l'enlèvement des gadoues, des immondices. Ils interdisaient l'élevage et la divagation des animaux en ville, la coupe des herbes dans les terrains vagues et la construction de cases en paille dans la zone réservée où s'élève peu peu la ville européenne».

Le professeur d'Archivistique nous explique toujours «qu'après la création de l'Afrique occidentale française (Aof), le décret du 14 avril 1904 qui dégageait l'essentiel des grandes orientations en matière de santé publique, fut appliqué aux colonies, l'objectif étant d'appliquer dans la colonie certaines dispositions de la loi du 15 février 1902 relative la santé publique». Mieux, dit-il, «eu égard ce texte, le maire, l'administrateur ou le commandant de cercle au niveau de chaque colonie, étaient tenus d'appliquer strictement, sous la surveillance et la direction technique des autorités sanitaires, les règlements sanitaires tendant prévenir ou faire cesser certaines maladies, et faire respecter les règles d'hygiène».

En effet, le décret tenait également ce que la qualité de l'eau potable et la salubrité des maisons soient respectées. Non sans oublier le respect des normes de construction et des règles élémentaires d'entretien. «Le décret prévoit dans les villes et les agglomérations de l'AOF, par arrêté du gouverneur général et sur la proposition des lieutenants-gouverneurs, un service municipal chargé sous l'autorité du maire et la surveillance technique de l'autorité sanitaire, de l'application des dispositions du décret en matière d'hygiène, tel que prévu par le décret de 1904», raconte Pr Ahmeth Ndiaye. Un service municipal d'hygiène est créé en 1905 dans les quatre Communes de plein exercice (Saint-Louis, Gorée, Dakar et Rufisque) travers un arrêté. C'est par la suite que le service d'hygiène sera étendu dans les autres agglomérations érigées en communes. «Ce service était chargé de l'exécution des dispositions qui résultent du décret du 14 avril 1904 et des règlements sanitaires élaborés par le lieutenant-gouverneur conformément ce décret. En 1912, cet arrêté fut étendu toutes les escales et aux centres européens non érigés en communes de la colonie du Sénégal», confie Pr Ahmeth Ndiaye. Sur cette lancée de favoriser l'hygiène publique, des commissions locales furent créées. En 1911, ce fut Ziguinchor et Sédhiou; puis dans le cercle du Baol, ceux de Diourbel, de Bambey et de Khombole. Ainsi, se poursuit l'évolution du service d'hygiène. Après la première guerre mondiale, «l'arrêté du 28 avril 1919 organisa le fonctionnement du service d'hygiène Dakar, placé sous la haute autorité du délégué du lieutenant-gouverneur du Sénégal».

Un autre arrêté du 5 mars 1928 réorganisa le service d'hygiène dans la colonie du Sénégal, l'exception des territoires de la Circonscription de Dakar. Ainsi, toutes les communes de plein exercice, les centres ou les agglomérations érigés en communes mixtes, ainsi que les escales et les centres européens non érigés en communes de la colonie furent dotées d'un service d'hygiène. Il fut placé sous l'autorité du délégué du gouverneur Rufisque, de l'administrateur de la banlieue Saint-Louis, des administrateurs-maires dans les communes mixtes et des administrateurs commandant les cercles dans les centres non érigés en communes. Parmi les missions du service d'hygiène, il y'avait l'application des mesures destinées lutter contre les maladies épidémiques et endémiques. Ce qui fait qu'il intervenait dans l'assainissement de l'environnement.

Rôle, dans la lutte contre les endémies

Le service d'hygiène s'est distingué dans la lutte contre les grandes endémies qui ont frappé le Sénégal. «Par exemple dans la lutte contre la variole, il s'est manifesté en désinfectant des locaux l'hypochlorite de chaux ou au bichlorure de mercure et en détruisant par le feu de tous les objets souillés et dépistage de maladies comme la méningite qui se propageait annuellement partir de 1937, avec les importants déplacements de populations, en particulier celles en provenance du Soudan, les travailleurs agricoles (navétanes) en provenance du Soudan pour l'essentiel, une importante zone méningite», raconte Pr Ahmeth Ndiaye. En cas de période suspecte d'épidémie, le service d'hygiène devait aussi contrôler les décès en même temps que le médecin de l'état civil, tenir le contrôle du casier sanitaire des maisons et procéder toutes les désinfections nécessaires ou demandées, explique Pr Ndiaye.

Dans les années 20, dans le cadre de lutte contre le paludisme, le service d'hygiène procédait la distribution de la quinine, avec l'aide d'infirmiers. Pendant les épidémies, le service d'hygiène exécutait les mesures comme la destruction par le feu des habitations et des effets des populations atteintes, enlèvement et ensevelissement des morts que les populations dissimulaient pour se conformer aux rites d'ensevelissement musulmans. Le service d'hygiène a même participé la surveillance de la prostitution qui était reconnue officiellement Dakar, nous dit-on. L'action du service d'hygiène était aussi étendue aux villages de la banlieue de Dakar, et aux zones rurales, avec le groupe mobile du service d'hygiène, qui faisait le tour des villages. Il donnait des consultations et procédait des vaccinations contre la variole et la peste. Le service d'hygiène menait aussi des actions pour résoudre le problème de l'alimentation en eau potable. Il s'est aussi illustré dans le contrôle du creusement de puits en 1913 et dans la construction de toilettes dans les écoles. C'est également le service d'hygiène qui livrait les autorisations pour les usines de transformation de l'eau. Même dans le domaine du transport, le service d'hygiène jouait sa partition en participant des opérations d'assainissement, par exemple au niveau du chemin de fer Thiès-Kayes, Dakar -Saint-Louis, pour faire observer les prescriptions.

En effet, pour beaucoup de personnes, le service d'hygiène est devenu aujourd'hui un corps le plus «marginalisé» avec un manque criard de moyens.

Quelques chiffres sur les maladies jusqu'en 1945

Pour les maladies caractère épidémique, on retient la peste, la fièvre jaune, la méningite cérébro-spinale, et la variole.
La peste: la zone pestigène de Dakar s'étendait entre la mer et la voie ferrée Dakar-Saint-Louis, tout particulièrement dans les secteurs de Thiès et de Tivaouane. De ce foyer d'élection, la peste poussait des pointes au nord jusqu' Louga et Saint - Louis, au sud vers Rufisque, Dakar et Fatick, l'est vers le Baol. Les Niayes et le Mont Rolland situés dans le Cayor, qui présentaient des conditions climatiques et géographiques favorables au développement du virus et des vecteurs de transmission de la maladie, étaient particulièrement intéressés par les poussées épidémiques. Les épidémies les plus marquantes restent celles de 1914 (4072 cas, 3679 décès), 1918(3867 cas et 2874 décès), 1919 (5745 cas et 4375 décès), de 1920 (8774 cas et 6172 décès). On observe une baisse entre 1936 et 1941, avec 0 cas en 1940 et 1942. Par contre, la peste revient en force en 1943 avec 298 cas et 226 décès, en 1944 avec 639 cas et 60 décès. En 1945, 58 cas et 42 décès.

La fièvre jaune revient au Sénégal en 1900 et se manifesta de façon régulière partir de 1927. Les zones les plus touchées étaient le Sine Saloum, dans la région sud, le long de la frontière gambienne, la maladie sévit avec constance. On notait ainsi des cas fréquents Kaolack, Foundiougne, Nioro-du Rip et Kaffrine; de même Mbour, en 1931, Pout, Thiès et Saint-Louis.

En 1932, la colonie compta 13 cas parmi les 40 cas qui se déclarèrent en AOF ; ils donnèrent 11 décès, soit un taux de 846"°. La maladie toucha cette année-l Tambacounda, Kidira et le Ouassadou.
Les taux de mortalité pour la fièvre jaune au niveau de la colonie qui variaient entre 800 "° et 1000 "° se situaient dans la moyenne de l'AOF, allant de 786 "° 1000 "°. Ils étaient donc très élevés. Le Sénégal était loin de vivre la situation de la Côte d'Ivoire, qui avait la moyenne la plus basse, peut être en raison de la plus grande fréquence de la fièvre jaune qui pouvait provoquer la longue une certaine immunité.

La dengue se signala Saint-Louis sous forme épidémique en 1926. L'épidémie s'installe ensuite Dakar parmi le personnel de la marine. Sur un effectif de 525 personnes, on recensa 105 malades dont 35 Africains. Une autre épidémie fut signalée Thiès et Diourbel en 1929, donnant environ 130 cas913. Cette forme fut cependant bénigne, et évolution rapide. Le nombre de cas qui était de huit en 1930, remonta en 1931 41 cas, tous relevés au camp militaire de Ndar Toute Saint - Louis. On en comptait aussi Ziguinchor, Sédhiou, et Thiès9

La variole se manifesta avec violence en 1928 avec 247 cas, et 1929 (548 cas). Elle observa une période de relative stabilisation entre 1935 et 1936, et revint nouveau avec virulence en 1937 Dakar, donnant 38 cas dont 18 décès, serait importée de Louga 1255. Dans la colonie du Sénégal proprement dite, la variole fit 523 cas, avec 37 décès, soit un taux de 70 "°. Les grosses poussées épidémiques concernèrent le cercle du Sine Saloum (81 cas), la subdivision de Tivaouane (88 cas), le cercle de Matam (53 cas) 1256. Ces régions se caractérisaient par une forte mobilité des populations avec en particulier une main d'oeuvre agricole en provenance de zones sensibles comme le Soudan. La colonie connut néanmoins une bouffée épidémique assez importante en 1944 Dakar où on releva 386 cas, contre 200 pour le reste de la colonie. La dernière importante poussée épidémique eut lieu en 1945, avec 700 cas.

La méningite cérébro-spinale partir de 1936 et 1945, avec un pic de 11190 cas enregistrés dans la colonie en 1945. Principaux endroits touchés: Dakar, Saint-Louis, Linguère où la maladie serait importée par des caravanes en provenance du Sine Saloum, Matam et Bakel, Kaffrine et celle de Koungheul.

Dans l'histoire des épidémies au Sénégal, il faut surtout retenir celle d'influenza ou grippe espagnole, qui jusqu' notre époque, est classée comme la plus grande pandémie du Monde. Elle se manifesta une première fois Saint-Louis en 1901 des cas d'influenza ou grippe espagnole suivis de décès. En 1918, il y eut une épidémie d'influenza ou grippe espagnole, importée par une escadrille brésilienne en provenance de Freetown en Sierra Leone. L'épidémie provoqua dans les colonies 65.000 cas dont 51.000 de forme pulmonaire, qui donnèrent 19 000 décès. On estima 6,25 %, la moyenne des décès. La maladie gagna la colonie du Sénégal le long des voies ferrées Dakar-Saint-Louis, et Thiès-Kayes, et les voies fluviales. Elle atteignit la Casamance et la Gambie.

Pour les maladies endémiques, on notait beaucoup de cas de paludisme, de tuberculose, de lèpre, de la trypanosomiase. Cette dernière sévissait en particulier dans les Niayes, la région de Mbour, et surtout en Basse Casamance.

Ces données sont extraites de lathèse de doctorat d'Etat sur la santé au Sénégal de 1895 1945 du Pr Ahmeth Ndiaye.­­

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