Visite - Exposition internationale de la Biennale : Le (ré)enchantement n'est pas loin

Visite - Exposition internationale de la Biennale : Le (ré)enchantement n'est pas loin

Lequotidien Le 2016-05-07  Source

L'exposition internationale de la Biennale 2016 a ouvert ses portes mardi l'ancien Palais de justice de Dakar. Placée sous le sceau du «Réechantement», elle présente le travail des soixante-six artistes sélectionnés. Le lieu, remis neuf, peut-être un peu trop, offre un magnifique terrain de jeu pour les exposants. Après le vernissage, les salles sont presque vides. Ce qui n'enlève rien au plaisir de découvrir les œuvres qui interprètent toutes le thème leur manière. On relèvera ici la récurrence de la question du vivre ensemble.

Ce n'est plus dans l'ancien Tribunal de Dakar qu'on pénètre mais dans «la Cité dans le jour bleu». Lorsqu'on franchit les im­posantes portes, on entre dans le royaume du «réenchantement», celui dont Senghor rêvait du fin fond de sa cellule du camp d'A­mien en 1940, lorsqu'il a écrit Au Guélowar. Ce sont d'ailleurs les derniers vers du poème qui ac­cueillent le visiteur, ceux qui espéraient la République et l'indépendance, ceux qui magnifiaient l'égalité et la fraternité. Aujourd'hui, c'est aux soixante-six artistes exposants dans ces lieux, d'exalter de nouveau le rê­ve de Senghor, de sublimer le con­tinent africain libéré, de réinventer l'Afrique.
Le premier des ré enchantements passe par la renaissance de l'ancien Tribunal, gigantesque bâtisse livrée elle-même depuis que les mains de la justice a­vaient déménagé. Le lifting a été formidable, les dossiers laissés tel quels, la poussière suintant par tous les pores du bâtiment ont disparu pour laisser place un énorme terrain de jeu pour les exposants. Un puits de lumière au centre de la grande salle permet d'irradier les œuvres de l'éclairage du soleil. Si on peut regretter le dressage grossier de certaines parois blanches immaculées qui rappellent l'hôpital, le cadre n'en demeure pas moins fantastique pour l'artiste autant que pour le spectateur.
Les pièces des festivaliers sont disséminées dans la salle principale, les pièces avoisinantes, le pre­mier étage et même une an­nexe. Rien n'est laissé au hasard, «c'est comme une partie d'échecs» nous confie un artiste qui déplore sa position excentrée. «Chacun doit placer ses pions en fonction d'enjeux politico-socio-culturels», ajoute-t-il. Quoiqu'il en soit, lorsqu'on pénètre dans ce nouveau temple éphémère de l'art contemporain, l'excitation nous prend forcement. Il y a tellement voir qu'on veut explorer chaque recoin, soulever chaque rocher pour voir ce qu'il y a en dessous. Au lendemain du vernissage, le lieu est presque vide, les visiteurs ne se bousculent pas. Il est vrai qu'il y a beaucoup d'autres rendez-vous dans Dakar pour la Biennale ce jour-l.

Diversité des œuvres
La diversité des œuvres est importante et on traverse les am­biances comme un bipolaire chan­ge d'humeur. On passe de la salle psychédélique imaginée par un nigérien, la forêt d'arbres d'acier de l'algérien Kader Attia ou encore de la révolution et des gravas de la salle A, l'installation intrigante toute de terre et de bois de l'Egyptien Youssef Li­moud, lauréat du Grand prix Léo­pold Sédar Senghor. Le réenchantement prend toutes les formes, certaines nous échappent mais heureusement la multitude d'œuvres proposées promet tout le monde d'y trouver son compte.
En déambulant dans l'ancien palais de justice, on se dit que le mystère de l'art contemporain est de se dire qu'on aurait pu faire la même chose, sans pouvoir s'expliquer pourquoi on ne l'a pas fait. Le génie est d'avoir l'idée. Comme le souligne le texte du camerounais Simon Njami, exposé l'entrée, les artistes sont des «alchimistes» qui«maîtri­s[ent] les forces parallèles d'un monde invisible», c'est ainsi qu'ils «détiennent le pouvoir ma­gique de l'enchantement» qui va de pair avec le «désir humain de sortir de soi-même pour ex­plorer d'autres horizons».
Les horizons sont infinis l'exposition internationale mais on peut quand même noter une ré­currence du souci du vivre-en­semble travers certaines œuvres. L'installation Fragments from the city du nigérian Abdul­razaq Awofeso propose un rassemblent de centaines de personnages taillés dans des palettes de bois. Une métaphore du mouvement, nous explique l'artiste mais aussi de «l'intégration des gens». En jouant sur les représentations des différentes religions, il vante aussi le dialogue inter-religieux. Dans la fou­le, on distingue une personne qu'on a­pparente un juif, une autre un chrétien, une autre un religieux d'Afrique du sud. Il n'est pas le seul travailler sur ce thème, plus loin dans la salle, Henri Sagna expose son damier de mosquées et d'églises appelant au dialogue islamo-chrétien.

L'appel au vivre-ensemble
Le nigérian Akirash Akindiya propose aussi «un échange universel» via son œuvre Portraits qui occupe une salle entière. Des diapositives du monde entier sont réunies dans une seule toile et devraient être projetées sur le sol, le tout sous le regard «des yeux du monde», c'est--dire la vi­sion de tout un chacun sur cette universalité. De même, les six cents pièces que le Sénégalais Ndoye Douts a juxtaposées pour former qu'une seule œuvre symbolisent aussi un appel au vivre-ensemble. Des coupures de journaux du monde entier, des dessins, des messages, des poèmes s'entrechoquent ou se mélangent partageant ainsi une perspective africaine et une ouverture sur le monde. Placée l'entrée, l'œuvre a été faite sur fond bleu, une couleur «pour donner de l'espoir ce monde où maintenant on a peur de tout, on ne sait plus où aller», selon l'artiste. Le ré-enchantement est l, «le jour bleu» de Senghor n'est pas si loin.

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