AMADOU DIOP, ECRIVAIN – SUR L’EMIGRATION IRREGULIERE :  »Il faudrait organiser les assises de la jeunesse »

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Culture

 

L’écrivain Amadou Diop parle, dans son troisième livre intitulé »˜’L’appât du pain », du phénomène de l’émigration irrégulière qui est un épineux problème pour les pays de l’Afrique subsaharienne, tout en évoquant l’histoire de la vente de migrants en Libye. Il n’a pas manqué de donner des pistes de solution pour que les jeunes cessent d’aller à  l’aventure. En dehors de la littérature, M. Diop dirige une entreprise de communication et mène, en parallèle, des activités politiques.

 

»˜’L’appât du pain », écrit par Amadou Diop, est un roman d’actualité. Il traite du phénomène de l’émigration irrégulière. Un problème qui a connu une recrudescence inquiétante ces derniers mois. En octobre dernier, au Sénégal, en moins de 72 heures, 234 migrants clandestins ont été interceptés par la police et la marine nationale. »˜’Quand j’ai eu comme projet d’écrire ce livre, le phénomène de l’émigration »˜clandestine’ venait de prendre une autre tournure historique et coà¯ncidait avec la vente de migrants en Libye. Je me demandais alors comment ces jeunes qui quittent leur pays en arrivent à  une si désespérante et malheureuse situation ? », a expliqué l’auteur au cours d’un entretien accordé à  »˜’EnQuête ».

Ainsi, en tant qu’écrivain, il ne pouvait rester »˜’muet » face à  ces événements. C’est la raison pour laquelle il a voulu sensibiliser ces jeunes »˜’qui abandonnent tout pour partir vers cette destination incertaine, mais certaine de croiser la mort ». 

»˜’L’appât du pain » raconte le périple de Cheikhou, Maty, Samba, Ousmane et Diandian qui ont quitté leur pays à  la recherche d’une vie meilleure en Europe et »˜’qui tombent inexorablement dans le piège de l’émigration clandestine ». En choisissant ces cinq personnages, Amadou Diop, talentueux écrivain, a voulu, en effet, représenter tous les profils de jeunes qui étaient tentés par ce type d’aventure. Et il n’a pas manqué de citer et de décrire »˜’les tares de la société qui, également, a une part de responsabilité dans cette ignominie qui ne dit pas son nom ». 

Donc, à  travers la description des épreuves que ces personnages endurent dans leur propre pays, M. Diop dénonce un climat social dans lequel »˜’les jeunes sont véritablement abandonnés ». A cet effet, il souligne qu »’il est grand temps que l’on mène des politiques destinées aux jeunes et qui existent depuis des années, mais qui, jusqu’à  présent, n’ont jamais montré leur efficacité ». Ainsi, dit-il, »˜’il faudrait également repenser ces dernières et organiser les assises de la jeunesse pour écouter celle-ci, en vue de mieux répondre à  leurs demandes, exigences et aspirations ». 

Cela dit, pour Amadou Diop, l’une des solutions qui pourraient aider à  éradiquer l’émigration irrégulière, est de rappeler aux jeunes leurs »˜’devoirs patriotiques » envers leur pays. Il faudrait, par conséquent, qu’ils comprennent que »˜’ce n’est pas parce que le bateau coule qu’il faut quitter le navire ».  

De ce fait, estimant que »˜’le sentiment de patriotisme et la volonté de réussir sont plus forts que tous ces péripéties », il exhorte la jeunesse à  se surpasser et à  travailler pour le devenir radieux de leur pays, sans jamais fuir la tâche qui leur est dévolue ; »˜’celle de l’abnégation, de la détermination et de la foi en soi ».

A ce titre, il conseille à  la jeunesse de lire Frantz Fanon dans un premier temps, en se rappelant sa citation : »˜’Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir. » Et il demande à  la jeunesse de ne point abandonner, car la réussite est au bout de l’effort. »˜’Je conseille à  cette jeunesse de demeurer forte, patriote et investie, et prête à  prendre la relève pour changer les choses. Mais il est clair que ce n’est pas en abandonnant vite qu’elle prendra la relève et changera les choses », dit-il.  

»˜’ 7 ans, je lisais tous les jours les journaux de mon père »

Interpellé sur la fuite du capital humain  qui constitue, à  coup sà»r, une grande perte pour les pays de départ, Amadou Diop déclare : »˜’Je crois que pour limiter la fuite des cerveaux de notre pays et de notre continent, nous devons obtenir de ces étudiants, financés par les bourses de nos Etats, un engagement signé et respecté pour en priorité servir leur pays que de rester automatiquement apporter de la plus-value dans les pays dans lesquels ils sont formés à  l’étranger. »

En effet, M. Diop, a suivi ses études supérieures en France puis en Angleterre en sciences politiques, en histoire et en anglais. Il est diplômé dans ces trois domaines. »˜’Mais à  la fin de mes études, j’ai préféré rentrer dans mon pays pour le servir sans regret aucun, car j’aime mon pays », a dit Amadou Diop.

Par ailleurs, son amour pour la littérature date de bien longtemps. »˜’Je me rappelle qu’étant très jeune je lisais tous les jours les journaux de mon père », se remémore le romancier qui devait, à  l’époque, avoir entre 7 et 8 ans. Par ce truchement, il est »˜’tombé amoureux de la littérature ». Et il avait pour habitude d’apprendre par cÅ“ur 5 »˜’mots savants » tous les jours afin de les utiliser en cours. »˜’Si je ne me faisais pas traiter de fayot, je me faisais traiter comme un élève pédant recherchant coà»te que coà»te la reconnaissance des professeurs de français », a-t-il relaté. Cette habitude est finalement restée. »˜’Jusqu’à  présent, je ne cesse d’étudier et de lire, et d’aller à  la recherche de la connaissance ».

Ainsi, ses débuts dans la littérature ne furent pas difficiles. »˜’Ma toute première expérience en tant qu’écrivain est venue tout naturellement. J’avais commencé à  écrire à  l’âge de 16 ans et d’ailleurs, mon tout premier livre est essentiellement constitué de mes écrits au collège », a-t-il fait remarquer.  Il est un recueil de poèmes intitulé »˜’Voyages divins d’un poète ».  Et le second, »˜’Les nouvelles de Paris », est un recueil de nouvelles racontant l’histoire de deux cultures »˜’qui se complètent, se marient et donnent corps à  la culture française et sénégalaise, tout en symbiose ». Comme disait Senghor, »˜’il faut aller dans une civilisation du donner et du recevoir ». C’est ainsi que ma pensée autour de ce livre se formule », explique Amadou Diop. Selon qui »˜’les maisons d’édition sénégalaises gagneraient à  s’unir et à  se mettre à  la disposition des acteurs du livre afin de mieux leur permettre de vivre de leur art et revoir leurs copies en ce qui concerne les pourcentages des droits d’auteur ».

En dehors de sa vie d’écrivain, Amadou Diop dirige une entreprise de communication et mène en parallèle des activités politiques »˜’au service de la commune de Grand-Dakar » dans laquelle il a mis en place le mouvement Grand-Dakar sama Gokh pour, dit-il, »˜’prôner le développement » dans cette localité. »˜’J’ai pour objectif de m’engager davantage pour la jeunesse de mon pays et ainsi les représenter dans les sphères les plus importantes politiquement, en travaillant main dans la main avec des partenaires désirant tirer vers le haut cette jeunesse qui ne demande qu’une chose : une chance pour réussir », explique-t-il, ambitieux.

BABCAR SY SEYE

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