Affaire Ghosn : le ton monte entre Renault et Nissan

Une dirigeante du groupe aurait touché des émoluments de la structure hollandaise de l'Alliance Renault-Nissan. A Boulogne-Billancourt, certains dénoncent une machination.

Coup de chaud entre Renault et Nissan. Alors que Reuters a révélé jeudi soir que Mouna Sepehri, la directrice déléguée la présidence de Renault en charge des affaires juridiques, de la communication et des affaires publiques, a reçu 500.000 euros en cinq ans de la structure néerlandaise de l'Alliance (RNBV), le groupe français a vivement réagi, évoquant des fuites délibérées de la part de dirigeants du constructeur japonais. « Il y a d'autres cadres de Renault et de Nissan qui, dans le cadre de missions spécifiques pour l'Alliance, touchent des indemnités de sa part », s'insurge-t-on Boulogne-Billancourt.

Dans la nuit de jeudi vendredi, Renault avait dénoncé par communiqué une « mise en cause » s'insérant dans une campagne de déstabilisation délibérément orchestrée ». Jusque-l la direction de Renault avait veillé ne pas mettre de l'huile sur le feu publiquement, même lorsque le constructeur japonais avait refusé sa proposition de convoquer rapidement une assemblée générale extraordinaire.

En mars 2013, Carlos Ghosn et Greg Kelly avaient décidé de cette rémunération lors d'une réunion du comité de gouvernance, de nomination et de rémunération de RNBV, selon des documents dont « Les Echos » ont également eu copie. Les deux hommes inculpés au Japon et Mouna Sepehri, une proche de Carlos Ghosn, étaient les seuls trois membres de ce comité. « En soi, ce n'est pas forcément illégal. Mais cela pose des grosses questions de transparence », estime une source interne. Selon Renault, le conseil du groupe n'avait pas être informé de cette rémunération, Mouna Sepehri n'étant pas mandataire social.

Le groupe précise par ailleurs que la situation de Mouna Sepehri est conforme pour 2017 et 2018, mais n'évoque pas les années antérieures. Dimanche dernier, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire avait réclamé des informations sur RNBV. « Je veux savoir qui ces rémunérations ont été versées, si elles ont bien été déclarées, si elles correspondent un service rendu, et donc si [?] le conseil d'administration de Renault et les actionnaires de Renault ont bien été informés de ces rémunérations », avait-il déclaré.

Enquête interne

Pendant ce temps-l, Renault prend son temps pour mener bien l'enquête interne sur les rémunérations de ses dirigeants. Cette « mission de vérification de conformité » avait été lancée le 23 novembre, peu après l'arrestation surprise de Carlos Ghosn Tokyo. Sept semaines après le début des investigations de Claude Baland et Eric Le Grand, le conseil d'administration a été informé jeudi d'un « point d'étape ». Selon le groupe, les rémunérations 2017 et 2018 des huit principaux dirigeants du constructeur, quelle que soit leur provenance, sont « conformes » - c'est--dire légales et respectant la charte éthique du groupe. Les frais n'ont pas été examinés.

Les vérifications, menées avec l'assistance de conseillers extérieurs - dont l'avocat et essayiste Nicolas Baverez-, vont continuer pour les années antérieures. L'objectif est d'avoir fini le travail d'ici les résultats annuels de mi-février. Les enquêteurs seraient plus avancés sur certains cadres, commencer par Thierry Bolloré. Mi-décembre, Renault avait affirmé n'avoir rien trouvé de répréhensible sur le traitement 2015-2018 de Carlos Ghosn. Jeudi soir, plusieurs administrateurs auraient demandé de ne pas traîner sur le sujet.

Par ailleurs, le conseil n'aurait toujours pas été informé des conclusions des avocats de Renault sur l'enquête interne de Nissan, le document qui a tout déclenché. En décembre, l'ex-régie avait demandé des éléments complémentaires de la part de son associé japonais. Selon une source proche de Renault, ces éléments n'ont pas été transmis cette heure. Le partenaire japonais avait transmis des éléments Renault le 11 décembre dernier.

Julien Dupont-Calbo
lesechos

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