ARRêT DU PROJET DE RESTAURATION DES SOLS DU RANCH DE DOLLY : Les éleveurs dénoncent une décision politique du ministre Samba Ndiobéne Ka

ARRêT DU PROJET DE RESTAURATION DES SOLS DU RANCH DE DOLLY : Les éleveurs dénoncent une décision politique du ministre Samba Ndiobéne Ka

Enqueteplus Le 2020-06-03  Source

Un projet d'expérimentation pour la restauration des sols du ranch de Dolly, d'un coût de 4,5 milliards pour une durée de 5 ans, a été annulé par le ministre de l'Elevage. Une décision que les éleveurs de la zone sylvo-pastorale n'arrivent toujours pas digérer, vu les difficultés qu'ils rencontrent dans l'obtention de l'aliment de bétail. Et malgré leur pression, le ministre campe sur sa position. Face ce statu quo l'ONG américaine Heifer International, initiatrice du projet, a préféré plier bagage ce 31 mars, mettant ainsi fin l'expérimentation.

Les éleveurs du ranch de Dolly sont remontés contre le ministre de l'Elevage. Et pour cause : Samba Ndiobène Ka a décidé de mettre fin un projet d'expérimentation d'une ONG américaine pour la restauration des sols et du pâturage de la réserve. Non convaincus par les arguments avancés par le ministre pour mettre fin l'expérimentation, les éleveurs ont profité de la Journée du lait, célébrée ce 1er juin, pour se faire entendre. Ils ont ainsi joint "EnQuête'' pour exprimer leur déception et inviter le ministre revoir sa décision.

En effet, l'ONG américaine Heifer International, qui oeuvre dans l'élimination de la pauvreté et de la faim, et l'institut Savory International, spécialisé dans la lutte contre la désertification et la restauration des sols, avaient entrepris un projet expérimental de restauration des pâturages du ranch. Conçu avec les éleveurs locaux, le projet avait pour but de permettre une gestion holistique du pâturage, afin d'augmenter la rétention en eau des sols, grâce au piétinement des animaux. Pour ce faire, les éleveurs du ranch devaient mettre une partie de leur cheptel la disposition des chercheurs pour l'expérimentation. Celui-ci devait se tenir sur une partie de la superficie de la réserve pour une durée de 5 ans. On prévoyait d'élargir le projet sur 87 000 hectares du ranch pour restaurer les sols pour le cheptel, si les résultats de l'étude étaient concluants.

Lancé en 2018 sous l'égide du ministre Aminata Mbengue Ndiaye, le projet était en plein exécution, quand le ministre Samba Ndiobéne Ka prenait le relais du département de l'Elevage en 2019. Les éleveurs devant participer l'expérimentation étaient déj formés et le cheptel recensé. À cet effet, 1 217 bovins, 522 ovins et 950 caprins, tous appartenant aux éleveurs locaux, ont été recensés pour mener l'étude. Des dizaines de jeunes bergers des localités environnantes recrutés pour participer l'étude. Les terres du ranch étant devenues arides, il fallait regrouper le cheptel recensé dans le périmètre d'expérimentation pour une durée bien déterminée. Le piétinement des bêtes sur cette surface va améliorer le sol pour l'émergence d'herbes plus nourrissantes, grâce la rétention de l'eau de pluie au niveau du sol. La gestion du projet était alors confiée aux éleveurs locaux, sous la supervision des techniciens du ministère de l'Elevage et des chercheurs de l'institut Savory et de l'ONG Heifer International.

A en croire Abdoulaye Sow, l'un des facilitateurs du projet, le ministre de tutelle d'alors, Aminata Mbengue Ndiaye, avait octroyé 15 mille hectares dans le ranch pour mener l'expérimentation. Tout allait comme prévu, jusqu'au remaniement ministériel dans ce département en 2019. Tout a ainsi basculé avec la décision du nouveau ministre d'arrêter le projet.

La décision de l'arrêt du projet
"Ce qui est déplorable, c'est qu'avec Aminata Mbengue Ndiaye, on avait l'autorisation d'exécuter le projet. L'ONG américaine avait déj lancé un appel d'offre pour recruter une entreprise locale de sous-traitance pour entourer de grillage la superficie concernée. D'ailleurs, cette entreprise avait été accompagnée par le Puma pour sécuriser le périmètre d'expérimentation. Entre-temps, on a procédé un remaniement ministériel. Et le nouveau ministre, on ne sait pas pour quelle raison, a décidé de tout arrêter'', regrette Abdoulaye Sow.
Chez les éleveurs, la déception est totale. La plupart n'arrivent pas comprendre, ni accepter cette décision. Ce, d'autant plus que les techniciens du ministère s'étaient impliqués en 2018 dans la conception du projet et ils étaient tous d'avis que l'initiative était bénéfique pour la réserve et pour les éleveurs. "Le projet avait pour objectif d'aider les éleveurs améliorer les sols pour l'émergence d'herbes plus nourrissantes pour le cheptel. Si les promoteurs étaient venus avec leur bétail pour exploiter le ranch, nous n'allions jamais accepter l'étude.
C'est parce qu'on s'est rendu compte que l'initiative profitait aux éleveurs locaux que nous étions d'accord que le projet s'installe dans le ranch. En effet, vue la transhumance avec toutes les difficultés que rencontrent les femmes et les enfants qui ne peuvent même pas étudier correctement cause des déplacements, on ne peut que se réjouir d'une telle initiative pour la restauration des sols. Nous avions espoir que la réussite de l'expérimentation réduise la transhumance. En plus, puisque c'est un essai, je ne vois pas en quoi cela peut être dangereux'', argue Oumar Ka, Président de la Maison des éleveurs de Thièle, village situé quelques kilomètres du ranch.
Comme lui, la plupart des éleveurs disent ne pas comprendre la décision du ministre d'arrêter, vu les avantages que présentait l'expérimentation pour l'élevage local. Une initiative qui se révélait très prometteuse pour régler les problèmes d'aliment de bétail. "Je pense que la décision d'arrêter ce projet est politique, parce qu'il y a des éleveurs qui n'étaient pas d'accord et qui ont promis de tout faire pour arrêter l'étude. Les Américains ont beaucoup patienté et ont même demandé que la superficie concernée soit réduite, mais le ministre a campé sur sa position. Il n'a pas voulu donner suite leur demande'', se désole Fary Sow, Président de l'association Nanodiral Dolly (entente Dolly) qui oeuvre pour le développement du ranch.
La réponse du ministre
Pour arrêter le projet, le ministère de l'Elevage et de la Production animale a avancé comme argument le souci de la sauvegarde du ranch. Interpellés sur critiques des éleveurs, les services du ministère nous ont renvoyé aux déclarations du ministre, lors de sa tournée dans la zone pour la distribution de l'aliment de bétail, dans le cadre du plan de résilience économique contre la Covid-19. Samba Ndiobène Ka avait signifié aux éleveurs locaux qu'il a arrêté le projet, parce qu'il ne veut pas que l'ONG s'accapare des terres de la réserve. "J'ai trouvé sur ma table un projet de restauration des sols et d'amélioration des espaces végétaux au niveau du ranch de Dolly. Je ne suis pas contre ce projet, mais je suis contre son approche, étant donné que c'est un projet expérimental.
Je me suis dit qu'il est intéressant de tester petite échelle et si les résultats sont concluants, partir de ce moment, rien ne nous empêche de leur donner une superficie importante'', avait alors déclaré le ministre de tutelle. "Je ne peux pas me le permettre, au moment où des milliards ont été consentis dans le ranch de Dolly, au moment où une steppe végétale est en train d'envahir le tapis herbacé, si je ne peux pas savoir où ça peut nous amener. Je prends mes responsabilités. J'ai dit Heifer, s'ils sont disposés faire des tests, qu'ils le fassent des superficies raisonnables et si les résultats sont concluants, qu'on l'étende. Mais, en un seul moment, prendre 10 ou 20 mille hectares dans le ranch de Dolly et les remettre une ONG, de surcroît américaine, je ne peux pas me le permettre et je ne le ferai pas'', avait alors martelé le ministre qui campe toujours sur sa position.
Un argument qui ne convainc pas du tout les éleveurs et les tenants du projet. En effet, concernant la question de l'accaparement des terres, ils considèrent qu'il est impertinent, puisque ce sont les bêtes des éleveurs locaux qui sont recensés pour occuper la superficie dédiée l'expérimentation. Ce qui veut dire que tout revient la population locale. D'où le sentiment tenace que la décision du ministre a des relents politiques. Ils accusent Samba Ndiobène Ka de ne pas vouloir continuer le projet, parce que c'est une grande innovation entreprise par son prédécesseur qui les éleveurs attribueraient la réussite du projet. "Il n'y a pas de danger dans le projet.
Il n'y a pas d'accaparement de terres, ni d'introduction de nouvelles herbes. Il n'y a rien d'accablant. Le nouveau ministre (Samba Ndiobène Ka) a, peut-être, senti que le projet ne le concernait pas, puisqu'il a été conçu avant son arrivée. Maintenant, si vous arrêtez un projet de cette importance, il faut obligatoirement des explications. Le ministre a avancé comme argument que la superficie octroyée au projet est trop importante. Il dit qu'il ne peut pas s'engager donner cette superficie une ONG américaine, comme si ce sont les Américains qui pratiquaient leur activité, alors que c'est pour les éleveurs'', clarifie Abdoulaye Sow, éleveur et facilitateur du projet. Il ajoute : "Au Sénégal, le terme accaparement des terres est devenu tellement galvaudé que si une ONG vient dans une zone, la première chose laquelle on pense, c'est l'accaparement des terres. C'est un argument qui marche, mais en aucun cas les habitants de Dolly et les éleveurs du Sénégal n'accepteront pas l'accaparement des terres du ranch. Le projet avait pour vision de changer le visage de la réserve et de rendre l'élevage plus facile dans la zone''.
ABBA BA

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