CRD, CIS, CADRES DE SENELEC, LE DG D'AKILEE REPOND : "J'ai été choqué''

Entre tapage médiatique, choix stratégiques, sécurité nationale, etc., Amadou Ly, DG d'Akilee, apporte sa part de vérité sur le contrat liant sa startup Senelec.

A côté de la pandémie de coronavirus, le différend sur le contrat signé entre Akilee et Senelec alimente beaucoup le débat public. Il faut dire que l'enjeu est tout aussi important. Autant la santé des Sénégalais est cruciale en cette période, autant la gestion d'une composante essentielle de l'offre de services de la société nationale de fourniture d'électricité l'est aussi. De sorte que, comme la Covid-19, le contrat entre Akilee et Senelec s'invite dans le discours des politiques.
En fin de semaine dernière, le Congrès de la renaissance démocratique (CRD), une plateforme de l'opposition sénégalaise, avait exigé l'arrêt immédiat de l'exécution du contrat liant les deux entités, estimant que l'entente est "corrompue par un grave délit d'initié''.
Sur les ondes de la RFM, dans l'émission "Grand Jury'' diffusée ce dimanche, le directeur général d'Akilee a répondu aux leaders de l'organisation regroupant des formations dont l'Alliance pour la citoyenneté et le travail (ACT), la République des valeurs, la LD/Debout, le mouvement Tekki, etc. Amadou Ly a exprimé toute sa surprise, en apprenant la prise de position manifeste de ces leaders d'opinion : "Personnellement, j'ai été choqué. Mais c'est leur liberté. Pour des hommes politiques de ce calibre, qui ambitionnent de diriger le pays, la moindre des choses aurait été de consulter Akilee. Dans leur communiqué, j'ai pu lire qu'ils avaient entendu les arguments d'Akilee. Mais personne d'entre eux ne nous a contactés pour recueillir notre part de vérité.''
Cette indignation a même incité le DG d'Akilee s'interroger sur la collégialité de ces déclarations. En effet, ajoute-t-il, "j'ai déj entendu l'ancien Premier ministre Abdoul Mbaye parler de ce contrat en des termes bien différents de cette position. Et c'est la même chose avec l'ex-ministre de l'Energie Thierno Alassane Sall''. Si Amadou Ly invite ces politiciens, en des termes peine voilés, prendre exemple sur un "l'homme d'Etat Macky Sall'', il a cependant pris la peine d'écarter les accusations lancées l'encontre de la boite qu'il dirige. Car, assure-t-il, "il n'y a eu ni délit d'initié ni conflit d'intérêts. Il y a plutôt eu une capacité identifier les opportunités et les saisir. Ce qui est le soubassement de toute entreprise''.
"Il n'y a eu ni délit d'initié? mais une capacité identifier les opportunités et les saisir''
Le délit d'initié traduit l'idée d'avoir eu accès des informations privilégiées, confidentielles, pour derrière opérer des transactions qui permettent d'en tirer profit. Et en 2016, Akilee avait fait une consultance pour Senelec dont une partie des conclusions recommandait l'installation d'un système de compteurs intelligents. Elle a pu savoir, par exemple, que Senelec occasionnait des pertes qui se chiffrent plusieurs dizaines de milliards par an.
Cependant, argue Amadou Ly, "il n'y a aucune information par rapport aux projets parmi lesquels nous travaillions, qui n'étaient pas dans le domaine public. Elles ne sont ni confidentielles ni privilégiées. Même des sociétés étrangères y ont eu accès, tout comme nous''. De toute façon, fait-il remarquer, le projet Akilee s'est développé depuis 2014, bien avant cette collaboration, en ayant vu venir la nécessaire digitalisation des compteurs de Senelec, l'image de ce qui se fait dans tous les pays développés.
L'absence d'un appel d'offres, lors l'octroi du contrat, est aussi dénoncé par beaucoup d'observateurs. Loin de s'en inquiéter, le DG de la startup trouve ce procédé plus approprié la situation. Car "s'il y avait eu appel d'offres et qu'Akilee, filiale de Senelec, gagne le contrat, on aurait peut-être pu parler de délit d'initié ou de conflit d'intérêts. Et l'image de ses détracteurs, c'est dans les textes de l'Ohada (Organisation pour l'harmonisation en Afrique du droit des affaires) qu'il trouve le fondement juridique de la signature du contrat. Et le moins que l'on puisse dire est que les arguments diffèrent, bien qu'ayant la même source.
Ohada, qui dit vrai ?
En effet, le CRD explique que, "présentée par le directeur général de l'époque (NDLR : Makhtar Cissé) comme une filiale de Senelec, pour justifier en partie le contournement des dispositions relatives la passation de marchés, Akilee n'en est pas une au sens strict des dispositions de l'Ohada, car Senelec n'en détient que 34 % du capital et non 51 % au moins''.
C'est tout le contraire de l'argumentaire d'Amadou Ly, qui a assuré que "dans les textes de l'Ohada qui définissent aussi bien Senelec Sa qu'Akilee Sa, il est permis que les deux parties puissent signer une convention réglementaire, lorsqu'une des sociétés détient au moins 10 % de l'actionnariat de l'autre. Ce dernier n'oubliera pas de faire remarquer qu'une telle entente n'a pas été effective qu'avec Akilee. Avec Simelec (société industrielle de matériels électroniques), la société d'électricité, qui détenait aussi 34 % de son actionnariat, avait signé un contrat similaire pour l'assemblage de compteurs électromécaniques pendant 10 ans.
Sur les informations selon lesquelles la startup s'appuierait sur des ressources humaines de Senelec, le DG rappelle que les agents de Senelec ne s'occupent que de l'installation des clients détenant des compteurs intelligents, des clients grand compte ou clients spéciaux (entre 10 et 15 000 clients). Le contrat d'Akilee concernant l'ensemble des clients de Senelec prévoit aussi de s'appuyer sur des prestataires, tout en simplifiant la vie Senelec, en étant son unique interlocuteur.
Signé en pleine campagne électorale 2019, un hasard du calendrier, selon Amadou Ly, après des négociations de plus d'un an et demi, le contrat avait eu l'approbation du Conseil d'administration de Senelec, de même que celui de tous les directeurs dont certains cumulent plus de 30 ans d'expérience dans le milieu. Il s'agit d'un projet pour le déploiement d'un système de comptage intelligent ou avancé qui permettra Senelec d'être plus performant par la réduction des pertes et des charges d'exploitation, de même que l'amélioration de la qualité de service. "L'objectif de Senelec est d'investir 187 milliards de francs CFA pour en récupérer 500'' milliards, s'enthousiasme le leader d'Akilee.
Pour le consommateur, il sera possible de suivre la consommation d'énergie et de recharger son compte de n'importe où dans le monde. Depuis 2018, près de 5 000 compteurs ont été déployés par Akilee en accord avec Senelec.
Akilee ouverte la discussion'
Mais avec le remplacement de Mouhamadou Makhar Ciissé par Pape Demba Bitèye, ce contrat est dénoncé par l'actuelle direction de Senelec qui exige, désormais, qu'il soit renégocié. Une option qu'est prête accepter Akilee, conformément des dispositions qui y sont inclues.
Amadou Ly s'est aussi prononcé sur les remous que traverse le Club des investisseurs sénégalais (Cis) qui a récemment publié un communiqué de soutien la startup. S'il estime que le linge sale se lave en famille, il a rappelé que le Cis n'a fait que mettre en avant les notions de patriotisme économique et de défense du secteur privé national. "On parle d'un système intelligeant que l'on est en train de mettre dans les pays, d'entreprises étrangères. Pour des questions de sécurité et de souveraineté, aucun pays au monde ne ferait cela. C'est inimaginable. Partout, ces systèmes sont gérés par des nationaux''.
Alors que le syndicat des cadres de Senelec a déposé une plainte auprès des organes de contrôle de l'Etat pour vérifier la conformité de ce contrat, la partie Akilee se dit prête répondre toute question, afin de clarifier l'opinion publique.
Lamine Diouf

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