DR SOULEYMANE SAGNA, MEDECIN-CHEF KOLDA : « Le taux de prévalence du VIH est passé de 2,4 à 1,5 %''

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Economie

La région de Kolda a fait des efforts dans le cadre de la lutte contre le sida. Elle est passée de 2,4 à 1,5 % de taux prévalence du VIH. Malgré cette baisse, le médecin-chef du district sanitaire de Kolda, Dr Souleymane Sagna, trouve ce taux encore élevé. Il plaide pour le renforcement du personnel, déplore le manque de financement, entre autres questions.

Quelles sont les statistiques de la région?

A l'instar des autres régions du pays, le district sanitaire de Kolda a également célébré la Journée internationale de lutte contre le sida. Ce qui a permis de mettre en exergue l'ensemble des actions qui sont menées dans le cadre de la riposte contre le VIH/sida. Il faut dire qu'au Sénégal, il y a d'énormes progrès qui ont été faits et qui permettent d'avoir des satisfactions par rapport à la prévalence. Une des prévalences les plus basses au niveau de l'Afrique qui tourne autour de 0,5 %.

Maintenant, on a, au niveau des régions, des disparités avec des taux de prévalence élevés dans certaines zones dont malheureusement Kolda où le taux tourne autour de 1,5 %. Mais il faut reconnaitre que des efforts ont été faits dans le cadre de lutte contre cette maladie. Et ces efforts nous ont permis de passer de 2,4 à 1,5 %. Un chiffre qui reste relativement élevé.

Voilà le contexte actuel où se situe la région de Kolda par rapport à cette maladie.

Aujourd'hui (entretien réalisé le 1er décembre) vous avez reçu une mission dirigée par les membres de la Commission nationale de coordination (CCM) du Fonds mondiale de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Peut-on savoir ce qui a été retenu au cours de votre réunion ?

C'est une mission qui vient de Dakar. C'est la mission CCM. C'est une entité technique qui est le lien qui entre le Fonds mondial qui finance et les structures qui sont opérationnelles telles que le district sanitaire. C'était pour nous une réelle opportunité. Et nous avons pu échanger avec eux et discuter sur les difficultés auxquelles nous sommes confrontés. Ils nous ont bien écoutés et ils ont promis de faire le plaidoyer auprès du Fonds mondial pour que ces derniers puissent nous appuyer financièrement.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans le cadre de la lutte contre le VIH/sida?

Nous avons des difficultés dans le cadre de la prise en charge des patients. La première difficulté, c'est surtout le personnel qui est réduit et qui devrait être renforcé, mais également motivé. Ils ont une charge de travail. Parce que dans la vie active, ils gèrent à peu près 70 % de l'ensemble des malades qui sont suivis au niveau de la région. Il faut vraiment qu'on puisse les renforcer, mais également qu'on puisse les motiver à travers des contrats au niveau de la mairie, du conseil départemental ou du ministère de la Santé. Pourquoi pas les recruter dans la Fonction publique.

La deuxième difficulté est la disponibilité de l'appareil de charge virale. C'est un élément incontournable dans la prise en charge des patients. C'est vrai que nous avons un appareil au niveau la région qui se trouve à l'hôpital régional, mais nous gérons pratiquement plus de 70 % des malades au niveau de toute la région. Il est beaucoup plus pertinent de mettre à notre disposition, au niveau de notre laboratoire du centre de santé, un appareil de charge virale qui va nous permettre de prendre correctement en charge les patients et d'éviter les quelques déperditions dues au fait que certains malades quittent le centre de santé pour aller au niveau de l'hôpital régional, juste pour bénéficier des soins. Ces navettes que ces malades font entre le centre de santé et l'hôpital régional peuvent les décourager et les pousser à abandonner les traitements.

La troisième difficulté est liée aux activités de dépistage. Faute de financement, nous ne pouvons plus aller au niveau des zones les plus reculées pour faire les dépistages. Et vous savez que le traitement va de pair avec le dépistage. Donc, il est fondamental qu'on puisse dépister et prendre en charge précocement les cas, pour que ces derniers puissent bénéficier de la prise en charge assez correcte.

Et, enfin, la quatrième difficulté est liée aux activités de soutien qui nous manquent, tellement les activités psycho-sociales nous permettaient de pouvoir optimiser l'observance du traitement. C'est des activités du club d'observance, des cadres de prises de parole qui permettent aux patients d'être vraiment à l'aise avec leurs pairs, d'être rassurés et d'être mieux observés et d'adhérer à la prise en charge et aux traitements. Et c'est ça qui est important. C'est encore une occasion de remercier l'ensemble des acteurs qui interviennent dans le cadre de cette riposte, notamment les prestataires qui sont au niveau du centre de santé. Ce sont de vrais « diambars'' qui font des efforts, malgré des difficultés notées çà est là.

Les populations ont-elles également joué leur partition dans la lutte contre le VIH/sida?

Oui! Il y a beaucoup d'efforts qui sont faits par la population pour lutter efficacement contre cette maladie. Mais je ne cesse de le répéter: il faut toujours continuer à les encourager, mais surtout à aller dans le sens du changement de nos comportements. Parce que l'adoption des mauvais comportements à risque est toujours élevée.

Quel appel lancez-vous aux populations et au ministère de la Santé pour lutter efficacement contre cette pandémie?

A l'endroit de la population, c'est surtout de renforcer nos comportements de telle sorte que nous ayons des comportements responsables qui vont nous empêcher d'être en contact avec le virus du sida. Par rapport au ministère, on leur demande d'appuyer les acteurs de la santé qui sont sur place et d'apporter tous les moyens nécessaires et de stratégies qui nous permettent de mener efficacement cette lutte, mais surtout nous appelons les autorités locales et administratives à nous accompagner dans cette lutte. Parce qu'il ne s'agit pas seulement le fait du secteur de la santé, mais c'est l'ensemble des secteurs qui peuvent contribuer à cette élimination du VIH/sida d'ici 2030.

NFALY MANSALY

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