INTEGRATION ENERGETIQUE EN AFRIQUE DE L'OUEST : Mouhamadou Makhtar Cissé prône un raisonnement collective

INTEGRATION ENERGETIQUE EN AFRIQUE DE L'OUEST : Mouhamadou Makhtar Cissé prône un raisonnement collective

Enqueteplus Le 2019-09-20  Source

Les pays de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) doivent raisonner d'une manière collective, pour élaborer les projets sous-régionaux, afin que l'intégration énergétique devienne une réalité. C'est ce qu'a prôné hier le ministre sénégalais en charge du Pétrole et des Energies, Mouhamadou Makhtar Cissé, lors de la Conférence de coopération dans le domaine des énergies dans la sous-région.

L'intégration énergétique en Afrique de l'Ouest est un combat qui doit être mené d'une manière collective, selon le ministre sénégalais du Pétrole et des Energies. Présidant hier la cérémonie d'ouverture de la Conférence de coopération dans le domaine des énergies dans la sous-région, Mouhamadou Makhtar Cissé a signalé que le problème est que chaque pays a sa solution. "C'est pourquoi nous n'avancerons pas. Nos politiques ont pris conscience de l'étroitesse de nos marchés qui ne sont des marchés que de nom et toutes leurs initiatives d'intégration ont été bâties autour de ça. Ceci pour créer des marchés intégrés qui ont la taille d'un marché. Parce que les Etats, pris isolément, n'auront aucune existence géographique. C'est ça la réalité'', dit-il.

Donc, pour le ministre sénégalais des Energies, l'intégration des pays africains est une nécessité. Mais cela ne doit pas être un "slogan'', une "juxtaposition'' de projets nationaux. "Dans une intégration régionale, on ne représente pas son pays, mais sa collectivité, l'ensemble. Il faut raisonner collectif pour être dans le cadre de la Cedeao'', affirme M. Cissé. Avant de souligner que le Sénégal est en négociation avec la Guinée, depuis quelques années, dans le cadre de l'Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (Omvs) pour un contrat d'achat d'énergies, mais jusqu' présent, ils n'ont pas trouvé d'accord.

Sur ce, il estime qu'il y a un paradoxe qui est l par rapport l'accès aux énergies en Afrique. Il s'agit de l'immensité des ressources naturelles dont dispose le continent, le potentiel énorme de l'Afrique de l'Ouest en matière énergétique; énergies renouvelables comme conventionnelles. Ceci comparé la situation de manque d'électricité dans laquelle vive la moitié de la population de cette région. "Donc, cela demande d'agir. Mais pour agir efficacement, il faut une très bonne réflexion, de bonnes stratégies. Le défi numéro un de la sous-région est sécuritaire. Et une des solutions les plus efficaces pour l'adresser, c'est la question du développement économique et social. C'est sortir les Africains de la pauvreté, créer de la richesse, des emplois. Et ceci passe par l'énergie. C'est le pilier principal pour développer notre sous-région, nos pays et créer des emplois pour cette jeunesse africaine'', renchérit-il.

Toutefois, M. Cissé signale qu'il y a des possibilités de faire et, par la nature des choses, les potentiels des pays sont complémentaires. "On a un potentiel hydro-électrique immense en Guinée et au Nigeria, de vastes plaines de soleil au Burkina et au Mali, comme au Sénégal où nous avons la chance d'être un Etat gazier. Tout cela doit permettre chaque Etat de participer ce marché d'échange d'électricité condition que nos actions puissent être complémentaires. Qu'on ne soit pas dans des initiatives parallèles. Ainsi, on risque de se retrouver avec des surplus de production ou des déficits, alors qu'il y a un surplus quelque part'', renchérit-il.

Donc, pour le ministre sénégalais, cette coordination est nécessaire. "On parle beaucoup de production de centrales, de mines, de transport, mais on oublie très souvent le problème d'efficacité énergétique, des économies d'énergie. On est dans un environnement de rareté, donc il faut privilégier d'abord une économie. C'est une question de bon sens avant d'être économique'', soutient-il.

12 projets régionaux sont en cours d'exécution

Pour sa part, le commissaire en charge des Energies et des Mines de la Cedeao, Sédiko Douka, a rappelé qu'ils ont lancé, au niveau de la Cedeao, en juin dernier, le marché régional de l'électricité. "C'est--dire qu' partir de 2020, on peut acheter ou vendre de l'énergie partir de partout. Une énergie qui est utilisée au Sénégal peut être produite au Nigeria et vice-versa. Les défis dont notre région est en train de subir sont notamment liés au déficit des moyens de production et de transport d'énergies, la cherté des tarifs, la gouvernance, la réglementation. Notre schéma directeur a 75 projets dont huit en production d'énergies, 27 en interconnexions des lignes, etc.'', précise-t-il.

En effet, ce plan a comme objectif de produire 16000 Mw et de construire 23000 km de lignes pour près de 31 milliards de dollars. A l'heure actuelle, selon le commissaire de la Cedeao, 12 projets régionaux sont en cours d'exécution pour un montant d'environ 7 milliards de dollars, achever entre 2019 et 2022. Ce qui consiste fournie près de 2 000 Mw. "Une belle part de ce plan a été réservée aux énergies renouvelables, savoir 70 % et 20 % pour le solaire et l'éolien. J'exhorte les promoteurs du Wappec organiser leurs forums en respectant une alternance linguistique au sein des Etats membres de la Cedeao. Quant aux Etats membres, je vous demande de bien vouloir accompagner cette initiative'', lance-t-il.

Il convient de relever qu'au sein de la Cedeao, la Guinée et le Nigeria possèdent plus 60 % des potentialités énergétiques. Une potentialité répartie, d'après le commissaire au ministère de l'Energie de la Guinée, au niveau de l'espace communautaire. "Il faut que, dans le cadre de l'intégration sous-régionale, que nos populations puissent bénéficier de l'énergie de qualité et moindre coût. Cette intégration permet de mutualiser les efforts, les moyens pour la construction de centrales. Aujourd'hui, il faut avoir tous les investissements possibles pour mettre en valeur cette potentialité énergétique que la Guinée possède'', admet Dr Morlaye Bangoura.

Pour lui, la possibilité d'échanges hydro-électriques avec les Etats demandent des concertations. Puisqu'ils travaillent "tous pour le bonheur des populations''. "Il faut que les politiques et les techniciens puissent se parler, se comprendre. La Guinée est en train de se battre dans le cadre sous-régional. Tous les projets que nous avons, c'est dans le cadre de l'intégration sous-régionale. Le barrage de Kaléta dans l'Omvg est construit dans cette optique. Ainsi, on a dit que la Guinée va construire ce barrage, mais les 30 ou 35 % de la production vont être distribués aux autres Etats. Notre engagement pour l'intégration énergétique est ferme, puisque nous sommes le moteur au sein de la Cedeao'', fait savoir le représentant du ministre guinéen des Energies.

MARIAMA DIEME

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