PLAIDOYER POUR L'ANNULATION DE LA DETTE : Macky Sall veut des arrangements sur la dette commerciale

En attendant d'arriver l'annulation de la dette bilatérale de l'Afrique, leurs créanciers doivent innover sur la dette commerciale pour soulager les pays, en trouvant des arrangements leur permettant de payer le service de la dette. C'est ce qu'a préconisé, hier, le chef de l'Etat Macky Sall, dans son message lors du Forum 100 % digital organisé par "La Tribune Afrique''.

De nombreuses initiatives sont aujourd'hui prises par les Etats africains, en rapport avec la Commission économique pour l'Afrique (CEA) et les envoyés spéciaux de l'Union africaine visant trouver une solution innovante pour assurer le service de la dette commerciale. Des initiatives que le chef de l'Etat, Macky Sall, félicite et encourage.

"A la suite des différents appels l'annulation de la dette de certains pays, le G20 a réagi en approuvant un moratoire bilatéral pour le reste de 2020. Ce qui constitue un bon départ. Mais nous devons aller plus loin par l'annulation de la dette bilatérale. Ce qui sera une bouffée d'oxygène pour les pays les plus vulnérables. Ce sera au cas par cas, et je reconnais que cela prendra du temps dans la mise en oeuvre, mais c'est faisable'', soutient le président Sall dans son message lu par le CEO de Guepard Group, Abdelmalek Alaoui, l'occasion de la cérémonie d'ouverture du Forum 100 % digital de "La Tribune Afrique''.

Macky Sall affirme que l'encours de la dette bilatérale pour l'Afrique subsaharienne représente moins de 2 % des ressources mobilisées en quelques semaines par les pays du G20 pour faire face la crise dans leur pays. "Ainsi, en attendant d'y arriver, il faudra innover sur la dette commerciale pour soulager les pays en trouvant des arrangements leur permettant de payer le service de la dette. C'est pourquoi nous soutenons l'idée de créer un véhicule ad-hoc, garanti par nos partenaires tels que l'Union européenne et certains pays du G20 pour lever des fonds prêtés aux Etats des conditions préférentielles pour aider certains pays payer le service de la dette commerciale. L'objectif premier est d'honorer, sans faille, ni faillite, les engagements pris avec nos partenaires privés comme publics'', dit-il.

Pour le chef de l'Etat sénégalais, il est "impératif'' que les pays africains continuent d'avoir accès aux marchés des "conditions favorables'', en évitant la "dégradation de leurs notations'' et "l'augmentation'' des primes de risques. Or, signale le président Sall, contrairement aux puissances économiques occidentales, les pays africains "ne disposent pas'' de banques centrales ayant la capacité de racheter la dette de leurs Etats par un important assouplissement quantitatif. "Dès lors, la solidarité internationale devrait conduire rechercher une solution viable pour l'Afrique et les pays en développement. Nous devons, tous ensemble, mobiliser nos forces, nos intelligences pour y travailler. Je voudrais d'ailleurs inviter, cet égard, les économistes, universitaires et chercheurs africains s'approprier ce débat qui est aussi le leur, pour apporter leur expertise et étayer le plaidoyer africain pour plus de solidaire dans nos efforts, pour amortir le choc de la pandémie et relancer nos économies'', renchérit-il.

Le président de la République estime que le jour où les pays africains pourront lever des fonds des "taux de 2 ou 3 % sur 25 30 ans'', l'Afrique pourra "réellement accélérer'' son développement et faire face ce genre de crise qui nécessite de ressources colossales que leurs partenaires au développement ne pourront assurer seuls. "L'ambition de l'Afrique est, aujourd'hui, d'assurer sa coresponsabilité, dans la cogestion des affaires communes tous du fait de la mondialisation. Il faudra des moyens de financement de son développement bien au-del de la question du service de la dette'', prône-t-il.

Garder leur crédibilité et honorer le service de la dette dans un cadre inédit

Aujourd'hui, compte tenu de la part relativement importante que la dette représente dans le budget des Etats africains, la présidente-directrice générale de Maroclear trouve qu'un allégement de la dette "'semble total''. Et permettrait de "libérer mécaniquement'' des ressources dont les pays ont tous besoin et qui pourraient être consacrées faire face la pandémie. "Les coûts de l'allégement des dettes privées pour les pays africains devraient être évalués et plus particulièrement son impact sur notre notation. C'est le moment où il faudra repenser la stratégie d'endettement des pays africains vis--vis de l'extérieur. En effet, moratoire, allégement, échelonnement ou encore annulation, cela n'aura pas les mêmes implications. Les Etats doivent autant que possible garder leur crédibilité et honorer le service de la dette dans un cadre inédit'', affirme Fathia Bennis.

L'ancienne employée de la Banque centrale marocaine relève que dans ce contexte particulier où les grands créanciers ont fait un geste pour le service de la dette, pour un groupe de 40 pays africains, il est aujourd'hui important que les Etats africains puissent "discuter'' des conditions pour se donner "un peu d'oxygène''. Ceci pour faire face cette crise en tenant compte de la réalité de leurs conditions macro-économiques. "Pour financer la relance post-pandémie dans un probable contexte de récession, il est nécessaire d'agir sur plusieurs fronts, afin de mobiliser toutes les ressources disponibles. Les Etats africains n'auront d'autre alternative que de développer leur marché de la dette domestique, en mobilisant leurs différentes ressources. Certains pays africains, en cette période de crise, pourraient mettre en oeuvre des politiques monétaires plus accommodantes fondées sur des injections de liquidité plus intéressantes et une baisse considérable des taux d'intérêt'', suggère-t-elle.

Une réforme fiscale nécessaire

Selon Mme Bennis, par ailleurs, Docteur en relations économiques internationales, il est aussi important que le dispositif soit combiné avec un "contrôle strict'' des capitaux nécessaires, pour garder les réserves de change et empêcher une éventuelle dépréciation des monnaies nationales. "Cette solution est plus envisageable pour les pays faible revenu, contrairement des pays ayant des institutions plus fortes et une économie plus diversifiée et qui attirent beaucoup plus de capitaux étrangers. Dans certains pays africains, le potentiel fiscal non réalisé est largement supérieur au montant dont il est question des discussions dans l'annulation de la dette. Ce qui pose fondamentalement la question de la réforme fiscale, de la lutte contre l'informel'', souligne-t-elle.

Ainsi, la patronne de Maroclear affirme que l'Afrique doit "réinventer de nouvelles formes de solidarité''. Car, bien que certains pays de par le monde sortent de cette pandémie, elle rappelle que l'Afrique continue se battre contre ce virus qui continue de circuler. "Aucun pays ne pourra réussir fermer ses frontières éternellement. L'Afrique doit développer des solutions de financement innovantes, notamment en capitalisant sur les développements spectaculaires des marchés financiers africains sur les 20 dernières années. L'Afrique doit réaliser qu'elle ne pourra plus compter sur la communauté internationale pour voler son secours'', dit-elle.

Pour Fathia Bennis, la leçon fondamentale tirer de cette situation, est que l'Afrique doit, "avant tout, compter sur ses propres forces''. "Au-del des changements majeurs court terme des orientations dans les financements des politiques publiques, l'Afrique doit surtout engager une réflexion approfondie, sans complaisance sur la voie pour sortir de l'impasse. Le temps est venu pour l'Afrique de réfléchir par elle-même et d'élaborer son propre modèle et mettre fin l'acceptation de ceux conçus l'extérieur pour elle'', conclut-elle.

MARIAMA DIEME

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