PR ROFESSEUR TANDAKHA DIEYE SUR LA PROGRESSION DE LA MALADIE : "Personne ne sait où est ce que l'on va''

PR ROFESSEUR TANDAKHA DIEYE SUR LA PROGRESSION DE LA MALADIE : "Personne ne sait où est ce que l'on va''

Enqueteplus Le 2020-04-16  Source

Au Sénégal, chaque jour, on enregistre de nouveaux cas du coronavirus. Une situation qui inquiète la population qui s'impatiente de la fin de la pandémie. Mais pour le professeur Tandakaha Ndiaye Dieye, la progression est lente et les gens doivent prendre leur mal en patience car personne ne sait où est ce que l'on va.

La progression du coronavirus est plus pressante dans la région de Dakar qui présente chaque jour de nouveaux cas.

Ce mercredi, sur 227 tests réalisés par l'IRESSEF de Diamniadio et l'Institut Pasteur de Dakar, 15 sont revenus positifs. Il s'agit de 14 cas contacts suivis, et d'1 cas issu de la transmission communautaire.

Mais de l'avis du chef de la plateforme du Service d'immunologie infectieuse l'Institut de recherche en santé de surveillance épidémiologique et de formation (IRESSEF) et du Centre national de transfusion sanguine (CNTS), le nombre de progression de cas est resté très constant depuis le début.

Pour le professeur Tandakha Ndiaye Dièye, c'est normal que le nombre puisse augmenter Dakar qui est la capitale parce qu'en terme de population, elle englobe le tiers.

«Maintenant la pandémie va continuer. Malgré que le fait que Dakar augmente de cas chaque jour, globalement, la progression est lente au Sénégal. Cela peut amener la population se poser beaucoup de questions sur les bonnes mesures de confinement partielles, même si la distanciation sociale n'est pas respectée partout», dit-il.

«On peut se dire aussi que l'indice de contagion R0 qui est de 3 peut montrer une petite différence du fait de la faible contamination et de la progression lente. On sent que le virus progresse très lentement. Cela peut nous mener nous demander ce qui change entre l'Europe et l'Afrique. Ce sont peut-être les conditions climatiques différentes car le virus se propage plus rapidement dans des conditions de températures basses avec un maintien des gouttelettes et des aérosols contenant le virus. On a des patients asymptomatiques et des cas de maladie bénigne, des personnes chez qui la maladie se manifeste de façon bénigne », fait savoir ce membre de l'Observatoire Covid 19 Sciences Technologies et Innovation (STI) du ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation.

«On peut également penser une immunité croisée avec les autres coronavirus humains (hCov) que nous avons contractés avant et qui sont bénignes ou d'une immunité préexistante ou une bonne prise en charge précoce de nos malades. Mais on n'a pas beaucoup de cas graves jusqu' présent», poursuit-il.

S'agissant de la fin de la pandémie dans le pays, l'immunologue se veut clair. «L'inquiétude est globale. Personne ne sait où est-ce que l'on va. Il faut que les gens prennent leur mal en patience. C'est très important. Il ne faut pas qu'ils soient paniqués. On ne sait pas ce que le virus nous réserve», précise Prof Dieye.

Selon lui, une chose sur laquelle les gens ont un espoir, est que les infectés ont la capacité de produire beaucoup d'anticorps qui neutralisent le virus. Donc, «on pense probablement que ces personnes pourraient être protégées pendant un temps plus long. De sorte que tout le monde se dise s'il y a une bonne partie de la population qui est infectée et qui est asymptomatique, c'est une bonne chose sur le plan immunologique. Parce que cela veut dire qu'on a eu la capacité de pouvoir résister et de pouvoir développer une immunité».

Pour lui, tout le monde cherche avoir une immunité contre la COVID-19 chez les personnes. Alors qu'on sait qu'une immunité durable, on ne peut la trouver qu'avec un vaccin.

«On n'a pas de vaccin mais on peut l'avoir naturellement en s'infectant. C'est ça le véritable problème. On ne peut pas laisser les gens s'infecter sans risque car l'infection au COVID-19 est très mortelle. Plus on a des cas, plus on est en train d'immuniser des populations. C'est un couteau double tranchant. C'est pourquoi, ce rythme de progression de la maladie nous va. On est content de voir un rythme pareil. Si cela continue comme ça pour un certain temps, c'est meilleur encore. Parce qu'il n'y aura pas un taux élevé de mortalité et on pourra contenir le rythme d'infection par nos structures de santé», souligne-t-il.

Aujourd'hui, tout le monde veut que l'on mette fin la pandémie au Sénégal. Mais, explique le Professeur Dieye, si la maladie s'arrête tout de suite, on est content mais on n'est pas tranquille. C'est le cas de Hong Kong où c'était bien maitrisé. Mais tout d'un coup, il y a eu une nouvelle vague.

«Les gens créent les nouvelles vagues d'infection. Nous, nous n'avons pas encore fini avec la première vague et on se bat pour la contenir. Donc si on maintient la première vague alors que la population n'est pas immunisée, on sera exposé recevoir une deuxième et c'est problématique», tranche le professeur.

Concernant les cas communautaires, il soutient que cela arrive parce que, quelque part, il y a des asymptomatiques qu'on n'a pas décelés. «Par exemple, sur 20 cas suspects, si les deux sont positifs, les autres, vous les avez laissés partir après 15 jours d'incubation ou après confinement. Au moment où vous les avez libérés, ils ont peut-être la Covid-19 mais sont asymptomatiques. Ils vont contaminer les autres sans le savoir. On va ainsi parler de cas communautaires mais, en réalité, c'est des cas contacts», clarifie-t-il.

VIVIANE DIATTA

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