PRODUCTION AGRICOLE : Une guerre continue des chiffres

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Economie

 

Le ministère de l’Agriculture donne-t-il de bonnes statistiques à  propos de la production arachidière et céréalière ? Après le DG de la Copeol qui conteste vigoureusement les chiffres, l’ancien conseiller d’Abdou Diouf en développement rural, l’ingénieur agronome Amadou Tidiane Wane, met les pieds dans le plat du ministre Moussa Baldé.

 

»˜’Comment faire pour que le ministre de l’Agriculture arrête de donner des chiffres mathématiquement faux ? ». C’est en ces termes que l’ancien coordonnateur de l’Association des maires du Sénégal et non moins ingénieur agronome, Amadou Tidiane Wane, a tenu à  interpeller l’actuel ministre en charge du secteur, le Pr. Moussa Baldé.

Selon lui, c’est manquer du respect à  l’intelligence des Sénégalais que d’annoncer de tels chiffres. »˜’Il faut vraiment qu’il arrête de raconter qu’on a fait près de 4 millions de tonnes de céréales, 1 800 000 tonnes d’arachides ».

Chiffres à  l’appui, l’ancien conseiller d’Abdou Diouf en développement rural a essayé de démonter totalement les affirmations du ministre de l’Agriculture et de l’Equipement rural. Il déclare : »˜’4 millions de tonnes, il faut enlever les 20 % et on se retrouverait avec 3,200 millions de tonnes nettes de céréales. Sachant que nous sommes 16 millions de Sénégalais, cela voudrait dire que chaque Sénégalais consomme 200 kg de céréales nettes chaque année. Or, la consommation de chaque Sénégalais ne dépasse pas 120 kg, disons même 100 kg. »

Selon une étude de l’Initiative prospective agricole et rurale (Ipar) présentée en 2018, le niveau moyen de consommation de céréales par an est de 119,3 kg, avec une prédominance de la consommation en zones rurales (158,2 kg/tête/an) comparativement à  celle des zones urbaines (107,4 kg/tête/an). »˜’Parmi les céréales de base étudiées, la consommation de riz prédomine, avec une part de 59 % en zones rurales contre 77 % en milieux urbains. Le mil et le maà¯s occupent respectivement 28 % et 11 % en zones rurales contre respectivement 19 % et 5 % en milieux urbains. Le sorgho occupe des parts très faibles au niveau des zones urbaines (0,03 %) et rurales (2 %) », renseignait le rapport.

Revenant à  M. Wane, il est convaincu que les chiffres communiqués par le ministère de l’Agriculture sont loin de la réalité. »˜’Cela voudrait dire qu’on utiliserait l’ensemble de nos terres, mais aussi une partie de la Mauritanie, une partie du Mali et une partie de la Guinée », caricature l’ancien conseiller de Diouf, pour qui de tels résultats auraient pour corollaires que, soit une bonne partie pourrit, soit le Sénégal est exportateur net de céréales.

Par rapport à  l’arachide, l’ingénieur agronome brandit ses chiffres pour écarter ceux du ministre Baldé. »˜’Cela se voit qu’il ne connait rien dans ce domaine. Quand il dit que nous avons 1,800 million de tonnes. Il faut lui demander o๠va cette production. Il faut savoir que, pour l’arachide, le rendement, c’est 800 kilos par hectare. Mettons même 1 000 kilos.

C’est-à -dire, il faut avoir 1,8 million d’hectares, rien que de l’arachide, pour arriver à  de telles quantités. J’ai l’impression que quelque part, on prend les Sénégalais pour des demeurés. Tous les experts sérieux dans ce pays savent que ce n’est pas possible. Il faut arrêter de tromper le président de la République ». Pour lui, le Sénégal, au mieux, ne peut faire plus de 2,5 millions d’hectares.

Dans un document français datant de 2015, intitulé »˜’Les politiques agricoles à  travers le monde », il est clairement indiqué que le Sénégal compte 3,4 millions d’hectares de terres arables, dont 2,5 millions qui sont effectivement emblavées.

Cela dit, au-delà  de cette guerre des chiffres, il faut, si l’on se fie aux chiffres de Moussa Baldé, retenir que le monde rural pèse aujourd’hui 600 milliards F CFA. Ce qui contraste bien avec sa pauvreté presque endémique.

Par ailleurs, si l’on suit les traces des quantités produites, il y a également de quoi se faire une idée sur les chiffres du ministère de l’Agriculture.

En effet, sur les circuits officiels et traçables, il y a les exportations, les huileries et la collecte des opérateurs stockeurs. Pour la campagne 2019-2020, alors que le gouvernement annonçait 1,4 million de tonnes d’arachides, il était enregistré, selon toujours le gouvernement, 400 000 t d’exportation. Pendant ce temps, les principaux huiliers n’avaient pu faire mieux que 29 500 t : 27 000 pour la Sonacos ; 2 500 pour la Copeol qui avait fini de fermer ses portes, faute de matières premières. Des grands consommateurs, il ne restait donc que les opérateurs privés stockeurs.

Ainsi, pendant que les industriels peinaient à  trouver des matières premières pour faire fonctionner leurs usines, le ministre faisait croire que près d’un million de tonnes d’arachides était encore sur le marché. Paradoxalement, malgré cette énorme quantité entre leurs mains, les paysans étaient parvenus à  vendre leurs productions à  un prix d’or aux Chinois.

Lors d’un webinaire organisé récemment par Ipar, le directeur général de Copeol, Nicolas Brugvin, avait abondé dans le même sens, trouvant totalement »˜’surréalistes » les chiffres optimistes du gouvernement. Selon lui, le Sénégal peinerait même à  atteindre le million de tonnes.

MOR AMAR

 

1 commentaire

  1. Ada Ndiaye Sy
    Ada Ndiaye Sy
    22 janvier 2021 at 7h37

    Mr Wone a parfaitement raison.
    En plus pour le Riz il confond le Paddy non encore décortiqué et le Riz Blanc.
    100kg de Paddy décortiqué donne 60kg de riz donc perd 40kg
    En dépit de ces statistiques contestes je voudrai proposer a son excellence entant que Consultant Agro industriel de creer un departement de PROCESS à la presidence qui va controler le respect de toutes les procédures depuis la mise en place des semences.intrants superficies reelles jusqu a la recolte de toutes les types de cultures.

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