PROFESSEUR MOUSSA SEYDI, SUR LES DECISIONS DE MACKY SALL : "Il n'appartient pas au technique de dire s'il est d'accord ou pas''

PROFESSEUR MOUSSA SEYDI, SUR LES DECISIONS DE MACKY SALL : "Il n'appartient pas au technique de dire s'il est d'accord ou pas''

Enqueteplus Le 2020-07-03  Source

Dans les décisions de l'Etat, le scientifique ne s'occupe que de ses affaires. La précision vient du chef du Service des maladies infectieuses de Fann. Le Pr. Seydi annonce, par ailleurs qu'un trouble de la perception du goût du salé, du sucré, de l'amer, de l'acide est un signe évocateur de la Covid-19.

Depuis deux mois, les décisions prises par le président de la République font l'objet de débat. Mais, jusque-l, les scientifiques sont restés aphones. Ils préfèrent consacrer leur temps et leur énergie aux soins. Interpellé sur le sujet, hier, au cours du point mensuel, le coordonnateur de la prise en charge médicale de la Covid-19, Professeur Moussa Seydi, a soutenu que le technique a pour rôle de conseiller et d'accompagner un processus.

"Il n'appartient pas au technique de dire s'il est d'accord ou pas d'accord par rapport une décision de l'Etat. Pour la simple et bonne raison que le scientifique est scientifique. Il s'occupe des affaires scientifiques. C'est le président qui a une vue sur les aspects économiques, sociaux, sécuritaires, géostratégiques et diplomatiques. Donc, quelqu'un qui a une vision globale est plus même de connaitre la décision qui est la meilleure pour le pays'', précise le Pr. Seydi.

Pour l'infectiologue, cela doit être très bien compris. D'autant plus, ajoute-t-il, qu'en cas d'épidémie, au début, le scientifique peut commander les décisions. Mais quand l'épidémie dure avec différentes implications, "ce sont les réalités du terrain qui commandent les décisions prendre. Vous voyez même, sur le plan scientifique, les soins domicile ne sont pas préférables dans notre mode de vie. Mais on arrive une situation où il faut le faire. Parce qu'il y a des malades qui refusent de venir l'hôpital, cause de la stigmatisation ou d'autres facteurs. On ne peut pas les abandonner, on doit les prendre en charge''.

Le Pr. Seydi souligne la nécessité de mettre l'accent sur ces patients. Car, son avis, quand il y a une tension au niveau des lits, on risque de ne pas hospitaliser des gens qui ont des facteurs de comorbidité. Donc, "il faut être souple, mais expliquer clairement, sereinement et honnêtement les décisions prises''.

S'agissant de l'utilisation de l'hydroxychloroquine et l'azithromycine, il renseigne que les résultats obtenus se sont davantage confirmés. Pour cette fois-ci, ils ont pris 838 patients dont les 727 sont âgés de plus de 12 ans. "La prévalence des effets secondaires est entre 2 et 3 %. Plus important encore, tous les patients qui ont pris ce traitement un stade très prompt de la maladie n'ont pas eu de complications et aucun décès'', fait-il savoir. A l'en croire, il est vrai qu'il faut prévenir la survenue de complications et de décès, mais la réduction de la durée d'hospitalisation a un impact sur le psychique du patient. Car, souligne le chef du Service des maladies infectieuses de Fann, quand on est en cure dans un centre de traitement en isolement, cela peut être préjudiciable. "Donc, réduire cette durée d'hospitalisation de deux jours est un élément important. La durée médiane d'hospitalisation qui était de 10,5 jours la dernière fois, a été réduite 10 jours versus 12 jours pour les patients qui n'ont pas pris le traitement indiqué. Une réduction qui a un effet non négligeable sur la disponibilité des lits dans les centres de traitement et sur le coût de la prise en charge'', justifie le scientifique.

La perte de l'odorat et du goût, évocateurs de la Covid-19

Par ailleurs, il souligne que si la prise en charge domicile est encore indiquée ce moment, c'est surtout cause de la tension sur la disponibilité des lits au niveau des centres de traitement. "Il faut s'adapter au contexte. Libérer des malades nous permet de prendre en charge aussi d'autres malades qui ont des facteurs de gravité ou survenu de complications. Même sur le plan économique, chaque malade coûte cher l'Etat. Avec cette réduction de deux jours, il y a plusieurs milliards de francs Cfa qui seront économisés par l'Etat du Sénégal'', indique le Pr. Seydi. Qui soutient, en outre, qu'ils vont continuer ce traitement en faisant un essai clinique. Car, précise-t-il, s'ils s'étaient basés sur l'essai clinique, ils n'auraient pas commencé le traitement jusqu' ce jour. La preuve, il n'y a aucun traitement validé au niveau mondial, en ce moment.

Concernant les signes cliniques, au début, soutient l'infectiologue, ils se focalisaient beaucoup sur la fièvre et les signes respiratoires (l'éternuement, la toux, les difficultés respiratoires). "Mais chaque jour qui passe nous montre que plusieurs types de signe peuvent être observés ayant trait l'atteinte d'un ou plusieurs appareils de l'organisme. Deux signes ont attiré mon attention. C'est l'anosmie et l'agueusie. C'est--dire la perte de l'odorat et du goût. Plus précisément un trouble de la perception du goût du salé, du sucré, de l'amer, de l'acide. Ces signes sont évocateurs de la Covid-19, en ces périodes'', avertit l'infectiologue. Avant de préciser que ce n'est pas spécifique, parce qu'on peut les voir dans la grippe et dans d'autres pathologies. Mais dans plus de 50 %, les patients qui présentent ces signes, quand ils sont testés la Covid-19, ils s'avèrent être infectés par le virus. Sur ce, il invite ceux qui présentent ces signes s'auto-isoler pour éviter de contaminer leur entourage, mais aussi de saisir la cellule d'alerte pour que le nécessaire soit fait. Pour une meilleure prise en charge dans les meilleurs délais.

L'autre élément évoqué par le professeur Moussa Seydi sur le plan clinique, c'est la survenue des séquelles. Elles peuvent, précise-t-il, être de plusieurs ordres. C'est pourquoi il est important d'avoir cela l'esprit. "Que les patients qui ont eu un rendez-vous les respectent. Les complications respiratoires, par exemple, la cirrhose pulmonaire peut survenir chez les patients qui ont eu des lésions pulmonaires durant la maladie. Le rendez-vous leur est donné en général un mois après la sortie, pour faire le bilan de la situation. Ceux qui n'ont pas eu de rendez-vous doivent également consulter pour un signe qui leur parait anormal et même s'ils le voient après la guérison'', recommande le professeur.

VIVIANE DIATTA

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