RESPECT MESURES PREVENTIVES DE COVID-19 À SOUMBEDIOUNE : Le comble de l'insouciance

Le coronavirus gagne du terrain au Sénégal. Presque chaque jour, on note une hausse du nombre de nouveaux cas. Cependant, chez une partie de la population, c'est toujours l'insouciance. Au marché aux poissons de Soumbédioune, les mesures de prévention contre la Covid-19 ne sont pas suivies. La plupart des occupants du marché se comportent comme l'accoutumée.

Au marché aux poissons de Soumbédioune, l'affluence est au rendez-vous. Pourtant, on est dimanche après-midi. Mareyeurs, pêcheurs et acheteurs se regroupent, comme l'accoutumée, au bord de la plage. Une pirogue revenant de la pêche s'approche de la berge. Un groupe de 5 jeunes hommes rejoint les pêcheurs dans la barque pour les aider bien accoster. Aussitôt, des femmes se précipitent sur le navire pour se ravitailler et avoir les meilleurs poissons. Au même moment, les pêcheurs qui viennent d'arriver se font des hugs. ?a discute et papote dans des éclats de rires. Le brouhaha des marchandages est audible au loin. S'y ajoutent les cris des vendeurs de sachets et autres cartons d'emballage la quête d'éventuels clients. Rien n'a changé, malgré la propagation du coronavirus. Ici, presque personne ne se soucie ou respecte les gestes barrières.

Pourtant, quand on interpelle les occupants du marché, que ce soit les pêcheurs, les mareyeurs ou les clients, personne n'ignore les ravages du coronavirus travers le monde et surtout la flambée des cas au Sénégal. Tous maîtrisent les recommandations édictées par les autorités sanitaires, mais presque personne ne les respecte. Pis, on fait comme si de rien n'était.

Les pêcheurs qui viennent d'accoster leur pirogue s'amusent prendre des photos au bord de la plage, bras dessus, bras dessous. Interpellés sur les mesures de prévention, ils disent les respecter leur façon. "On se protège notre manière. On ne partage plus les tasses de thé et on ne mange plus dans les gargotes de la rue. Personnellement, je ne donne la main qu' mes amis, parce que j'ai l'habitude et je sais aussi qu'ils ne sont pas malades. Pour le reste, il faut prier Dieu pour qu'il nous épargne de cette maladie, car on ne peut pas changer complètement notre manière de vivre qui est plus culturelle. Ce n'est pas décent de fuir ses proches, cause d'une maladie'', explique l'un d'eux, Abdou Ka. Ses autres amis partagent son avis. Ils reconnaissent qu'il est nécessaire de se prémunir du coronavirus, mais ils estiment que l'urgence est ailleurs.

Impacts des mesures de l'état d'urgence et du couvre-feu

De leur point de vue, il faut mettre fin l'état d'urgence et au couvre-feu qui ont un impact négatif sur leurs activités. Pour eux, ces deux mesures sont l'origine de la foule et du désordre sur la plage. "S'il y a autant de rassemblements sur la plage, c'est cause du couvre-feu et de l'état d'urgence. Tout le monde veut acheter et rentrer avant 17 h. Les mareyeurs et les écailleuses de poissons sont très pressés de rentrer. Et tout cela crée le désordre et les bousculades qui sont bannir, en cette période de lutte contre la propagation de la maladie. Pour éviter tout ceci, il faut, et c'est urgent, mettre fin l'état d'urgence et au couvre-feu'', estime Lamine, un autre pêcheur.

Il n'est pas le seul le penser. D'autres trouvent également que ces deux mesures ont des impacts considérables sur leurs activités. Les femmes mareyeuses qui quittent chaque jour la banlieue dakaroise pour venir travailler au marché de Soumbédioune éprouvent d'énormes difficultés se déplacer. C'est pourquoi, indique-t-on, une fois arrivée au marché 15 h, elles font tout pour quitter les lieux 17 h. Tout le monde se précipite pour rentrer avant l'heure fatidique de 20 h. Ce travail sous la pression crée le désordre et parfois la bousculade.

"On essaye de respecter les mesures de prévention en se protégeant au maximum. Mais il faut savoir que c'est difficile de respecter toutes les recommandations, si on est démuni. On est obligé de quitter chaque jour la banlieue pour venir travailler Soumbédioune. On prend parfois 5 différents véhicules pour faire le trajet. En plus, une fois sur place, on fait vite pour pouvoir rentrer avant 20 h. On travaille sous pression et on encourt des risques de contracter le virus. Je pense que l'Etat doit prendre ses responsabilités, mettre les gens dans de bonnes conditions et décréter le confinement pour 10 ou 15 jours pour barrer la route la maladie'', estiment Fatou Diop et Mariétou Ndiaye, venues respectivement des Parcelles-Assainies et de Niakoulrab. Elles travaillent comme mareyeuses au marché aux poissons de Soumbédioune.

En outre, les dames tiennent dénoncer un autre problème qu'elles rencontrent au marché aux poissons de Pikine où elles se ravitaillent le matin pour venir vendre dans l'après-midi la plage de Soumbédioune. "On a interdit les rassemblements et conseillé aux gens de garder la distance de protection d'au moins un mètre. Au même moment, au marché aux poissons de Pikine, on nous oblige faire des files d'attente pour donner chacun 200 F pour l'achat d'eau de javel pour désinfecter le marché. Les gens y attendent des fois pendant des heures et cela crée des bousculades. Les choses débordent facilement. Il faut soit fermer le marché, soit changer les heures d'ouverture, parce qu'il y a trop de rassemblements et de bousculades l-bas et ce n'est pas prudent avec la propagation de la maladie'', renseignent-elles, l'air dépité.

"Il faut prendre au sérieux ce virus''

Du côté de certains clients, c'est la stupéfaction. Certains Sénégalais de la classe moyenne et les étrangers venus se ravitailler en poisson pour préparer un éventuel confinement, disent leur étonnement devant l'insouciance de certains occupants du marché qui se comportent comme s'il n'y avait rien. "Je me prépare pour un éventuel confinement, parce que j'ai entendu qu' partir de ce lundi, les marchés seront fermés. C'est pour cela que je suis venue pour me ravitailler. Mais il n'y a pas de poisson. Tout est cher. En plus, les gens se comportent comme si de rien n'était. Ce n'est pas prudent, car la maladie gagne du terrain. Avec ce que je vois ici, je me dis que seul Dieu peut nous sauver de cette maladie, car les gestes barrières ne sont pas appliqués. On nous dit que les rassemblements sont interdits, alors que ce marché regroupe plus de 100 personnes. Pis, presque personne ne prend ses précautions'', se désole Fatoumata Diallo venue de Fass faire son marché.

Un groupe de trois Tunisiens accompagnés d'une jeune dame tenant une caisse remplie de poissons, marchent, au bord de la plage. Interpellés sur le respect des mesures de prévention du coronavirus dans ce marché, ils disent, l'image de Mme Diallo, être étonnés face au comportement de certains vendeurs. Ils indiquent qu'aucune mesure de prévention n'est respectée dans ce marché qui accueille pourtant beaucoup de monde. "Il n'y a pas de mesures de précaution, parce que les gens n'ont rien changé dans leurs habitudes.

Ils ne prennent aucune précaution. C'est vrai que l'Etat sénégalais n'a pas encore décrété le confinement général, mais les gens doivent prendre ce virus au sérieux. On ne peut pas brusquement prendre certaines mesures, parce que les gens sont pauvres et ont besoin de travailler tous les jours pour nourrir leur famille. Pour autant, la population doit comprendre qu'il ne faut pas prendre ce virus la légère. Malheureusement, dans ce marché, c'est le cas, la majorité des gens se comportent comme s'il n'y avait rien et c'est ça le problème. La Covid-19 a déj fait beaucoup de morts dans des pays qui ont plus de moyens avec des systèmes de santé au top. Il faut donc prendre ça au sérieux'', estime Heidi, Directeur de construction d'une entreprise de la place.

"En vérité, les gens travaillent comme s'il n'y avait rien, mais c'est grave. Personnellement, j'essaie de marcher seul et de respecter la distance indiquée pour me protéger. J'ai mis du gel antiseptique avant de venir. Je parle avec les gens en respectant la distance pour me protéger au maximum. Mais ici, tu as beau fuir, les gens viendront te bousculer. Ils ne font nullement attention et ont gardé leurs vieilles habitudes. C'est comme s'ils n'étaient pas au courant de la maladie'', ajoute son camarade Mohamed.

ABBA BA

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