TOUBA FRANCHIT LA BARRE DES 1 000 CAS DE COVID-19 : Les raisons du déni et de la flambée

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Economie

 

Le virus responsable de la Covid-19 continue de s’installer durablement à  Touba. Dans cette cité religieuse o๠la barre des 1 000 personnes infectées a été dépassée, »˜’EnQuête » est allée faire un tour, pour comprendre les raisons qui expliquent le refus des populations de se conformer aux directives du personnel médical, en respectant les gestes barrières.

 

Gare routière de Touba ; il est 11 h, ce samedi. Les bus Tata, de même que les véhicules »˜’Mbacké-Touba » (des voitures Peugeot qui servent au transport des personnes) font le plein pour rallier les différents quartiers. Ici, on n’en a cure des directives du ministre des Transports terrestres. Et pour cause ! Toutes les places sont occupées et certains sont obligés de se tenir debout, et cela se passe au nez et à  la barbe des policiers. Ces derniers ne font rien pour demander aux chauffeurs de se conformer et qui plus est, aux voyageurs de porter le masque, alors qu’à  Mbacké, leurs collègues ne badinent pas avec les directives ministérielles.

C’est le même décor qui est noté dans les différents grands-places et marchés de la ville. Pour ce qui concerne les marchés, les commerçants et autres marchands ont jetés aux orties la journée du dimanche consacrée au nettoiement et à  la désinfection des lieux. Les populations ne se sont plus approprié cette lutte contre la Covid-19 qui, avant d’être médicale, est plus communautaire. Mais le constat est amer : seuls les personnels de santé et du service d’hygiène sont sur le qui-vive, aidés en cela par la presse avec les émissions de sensibilisation sur la pathologie diffusées à  longueur de journée sur des radios comme RFM, Benno, Walf et Ucab FM.

Qu’est-ce-qui explique le comportement des populations envers cette maladie qui continue de croitre exponentiellement ? Un agent de la santé, sous le couvert de l’anonymat confie : »˜’Les chefs religieux qui devaient poursuivre l’action du khalife général des mourides ne l’ont pas fait. D’ailleurs, certains pensent que le khalife veut seulement contenter les pouvoirs publics, en faisant ces déclarations et en prenant des mesures, comme de repousser certains événements religieux. »

Pour Mamadou Dièye, journaliste au quotidien »˜’le soleil », »˜’les réseaux sociaux ont impacté négativement sur la lutte contre la Covid-19. Plusieurs personnes envoient des messages pour dire que cette maladie n’existe pas. Et c’est ce qui crée le déni et augmente les cas qui, à  mon avis, inquiètent sérieusement. Il suffit de se rendre dans les structures sanitaires pour s’en rendre compte ».

Pour cet élément des sapeurs-pompiers, »˜’les pouvoirs publics n’ont qu’à  faire comme l’armée oà¹, si un élément foule aux pieds les directives médicales édictées pour cette maladie, il est automatiquement sanctionné et mis aux arrêts pour une dizaine de jours. Si le Sénégal veut remporter la bataille contre la Covid-19, il faut que les décideurs prennent ces mesures radicales ».

Inertie des chefs religieux et des autorités administratives

La situation à  Touba mérite une autre stratégie de riposte, si les décideurs veulent remporter la bataille contre la Covid-19. Dans cette cité religieuse, plusieurs chefs religieux ne portent pas le masque. Ils ne jouent pas non plus la partition qui est attendue d’eux, et cela bien que la plupart d’entre eux aient été formés sur l’argumentaire religieux. A l’arrivée, il est rare de voir certains d’entre eux consacrer des sermons du vendredi à  cette maladie qui se propage dangereusement.

Il y a aussi l’inertie des autorités administratives. Le gouverneur de la région de Diourbel, le préfet de Mbacké et le sous-préfet de Ndame n’ont, à  ce jour, chacun en ce qui les concerne, pris des mesures allant dans le sens de freiner les rassemblements et de faire respecter par les populations les mesures barrières.

S’exprimant sur la situation notée à  Touba, le docteur Mamadou Dieng, le médecin-chef de la région médicale, déclare : »˜’Il y a une reprise évolutive. Ces cas communautaires ont augmenté jusqu’à  doubler, tripler ou même quadrupler les cas contacts. » Il en donne les raisons : »˜’Cette recrudescence de l’épidémie s’expliquerait par le fait que la région est très vulnérable, du fait de sa position géographique. C’est une zone qui est frontalière avec cinq régions du pays sur les 14 régions. Cette position fait d’elle une région vulnérable. Il y a aussi le fait que les échanges sont très denses au niveau de la région, notamment les échanges commerciaux, ceux des biens et services et aussi la tenue de marchés hebdomadaires, plus les grands marchés qui sont dans la région tels que le marché Ocass. Ce qui a conduit à  un brassage intense de la population et certainement à  une augmentation de la transmission du virus. »

Ce n’est pas tout, puisque, selon le médecin, les problèmes de comportement contribuent à  aggraver la situation. »˜’Les gens ne respectent pas les mesures barrières ; le port du masque n’est pas systématique, surtout dans des lieux publics, malgré l’arrêté qui assigne les gens à  porter un masque. On a vu que dans beaucoup de lieux publics, les gens ne portent pas le masque, ne respectent pas les mesures barrières, le lavage des mains aussi, n’en parlons pas, sans compter le déni de la maladie qui est toujours là , malgré tous les ravages causés par cette pandémie. Il y a toujours ce déni d’une bonne adoption de toutes ces mesures barrières ».

A noter que Touba culmine à  1 004 cas confirmés dont 644 guéris, 12 admis en réanimation et 76 malheureusement qui ont perdu la vie. A côté de Touba, il y a le district sanitaire de Mbacké o๠117 cas sont dénombrés dont 68 issus de la transmission communautaire et 49 cas contacts. Malheureusement, il y a eu 10 décès, soit un taux de létalité de 8,54 %.

  Boucar Aliou Diallo

 

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