Une moto, une collision...et Mandla Maseko ne deviendra pas le premier africain noir aller dans l'espace

(Ecofin Hebdo) - La fin de l'année 2015 aurait dû être son heure de gloire. Le sud-africain avait été choisi avec 22 autres personnes pour réaliser un vol de 60 minutes dans l'espace, des années après son compatriote MarkShuttleworth, le premier africain yaller. Finalement, celui que tout le continent surnommait l'Afronautene s'élèvera pas vers les étoiles dans une navette spatiale. Une moto, une collision, une tombéc'est de cette manière que, ce 6 juillet,le destin a finalement décidéde lui faire toucher le ciel.

Son histoire auraitpuêtre titrée:«destownships l'espace, l'incroyable parcours d'un jeune DJ sud-africain».MandlaMaseko, celui qui devait devenir le premier africain noir aller dansl'espace est mort. L'Afronautea péri dans un accident de moto, provoquant la tristesse de tout un pays.Diffusé sur les chaînes de télévision, son dernier hommage a plongé l'Afrique du Sud dans une profonde tristesse,ressentie au-del du continent.

1Mandla Maseko1

Son dernier hommage a plongé l'Afrique du Sud dans une profonde tristesse.

«Il était plus grand que nature. Nous sommes encore tous sous le choc. C'est douloureux et tragique. Il pensait vraiment que s'il allait dans l'espace, il pourrait inspirer de jeunes enfants africains, leur montrer qu'ils pouvaient tout faire. Il disait toujours que le ciel n'était plus une limite», confie son amiSthembileShabangu.

«Il pensait vraiment que s'il allait dans l'espace, il pourrait inspirer de jeunes enfants africains, leur montrer qu'ils pouvaient tout faire. Il disait toujours que le ciel n'était plus une limite»

Pour lesSud-africains, le jeune homme n'était pas seulement un apprenti astronaute. Humble, déterminé, rassembleur et visionnaire, il représentait lui seul une bonne partie des vertus de la nation sud-africaine.

«Je suisMandlaMasekoet je serai le premier noir africain aller dans l'espace»

En 2014, Johannesburg, en Afrique du Sud, une salle moitié remplie observe un jeune homme silencieux pendant quelques secondes. Des participants la conférence, très peu semblent ce moment savoir qui ils ontaffaire. Lafiche expliquant sa présence indiquait «astronaute».

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Il a dû attendre son adolescence pour posséder sa première paire de chaussures.

«Mesdames etMonsieur,je suisMandlaMasekoet je serai le premier africain noir aller dans l'espace»,annonce-t-il alors d'une voix forte pour débuter la conférence.Son ton est ferme sans être agressif, et a même quelque chose d'accueillant.D'ailleurs, il semblegoûter ce momentautant que son audience qui semble de plus en plus fascinée par le personnage.MandlaMasekosourit et reprendson exposé. L'attention du public semble le combler. Il a appris se réjouir des chosessimples. Rien de très étonnantquand on sait que son père a vécudans une pauvreté si extrême que ce dernier a dû attendre son adolescence pour posséder sa première paire de chaussures.

Il a appris se réjouir des choses simples. Rien de trèsétonnant quandon sait que son père a vécu dans une pauvreté si extrême que ce dernier a dû attendre son adolescence pour posséder sa première paire de chaussures.

Son fils ne vivra pas une situation aussi précaire, mais les problèmes financiers joueront quand même leur partition dans la mélodie deMandlaMaseko.

«Houston,nous avonsune passion»

MandlaMasekodans l'espacé Même lui ne l'aurait jamais envisagé une certaine époque. Né dans le township deSoshanguve,le 27 août 1988, le jeune sud-africains'étaitbienjuré que ses enfants ne grandiraientpas dans une situation aussi désespérante.Pourtant, sa naissance et durant son enfance,MandlaMaseko, bien que ses parentsfurenttrès pauvres, aconnuune enfance beaucoup moins compliquée quecelle deson père. C'est peut-être de l que lui vient son humilité.

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Il ne cesse de parler d'étoiles, de comètes et d'astronautes ses amis.

A 13 ans, il découvre le célèbre film américainAppolo13, ayant popularisé la formule«Houston, nous avons un problème». A partir de l, il développe une véritable passion pour l'espace et l'astronomie. Il ne cesse de parler d'étoiles, de comètes et d'astronautes ses amis. En devenir un, lui-mêmé Il n'y pense pas du tout, encore moins en grandissant.D'ailleurs,la vie est bien trop dure pour se laisser aller de tels rêves.MandlaMasekodoit arrêter ses études parce ses parents n'ont plus les moyens de les payer.A ce moment, sa vie semble prendre le chemin que suivent celles de nombreux jeunes des townships.Iln'a pas de perspectives.

Faire le grand saut

«Vousvous demandez surement comment j'en suis arrivé devenir astronaute. Tout a commencé lorsque j'ai sauté du haut d'un mur, littéralement», expliquaitMandlaMassekodans une interview.

«Vousvous demandez surement comment j'en suis arrivé devenir astronaute. Tout a commencé lorsque j'ai sauté du haut d'un mur, littéralement», expliquaitMandlaMassekodans une interview.

En fait, ce n'est pas vraiment comme ça que tout a commencé.«Ahoui!J'ai d'abord vu la télévisionune publicité pour un concours censé permettre d'aller dans l'espace, puis j'ai entendu une autre publicité la radio. Je devais envoyer une photo de moi sautant de n'importe où; alors j'ai choisi de sauter d'un mur et un ami m'a photographié juste avant que je ne touche le sol».En fait, il s'agit d'une compétition lancée par la marque Axe, parrainée par l'entreprise anglo-néerlandaise Unilever et l'entreprise de tourisme spatialSpaceExpeditionCorporation (SEC). Les participations affluent de toutes les régions du monde, mais, la surprise générale de sa famille, la candidature dujeune sud-africain est retenue. A cette époque, il vivote en étantDJ mi-temps.

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«Je leur ai expliqué que je voulais défier les lois de la gravité

A part sesamis, qui se souviennent de sa passion pour l'espace,la plupart de ses proches necomprennentpas son intérêt soudain pour le«Axe ApolloSpaceAcademy».Une fois la photo deMandlaMasekoretenue, il faut passer uneentrevue.«Lors de mon interview, je leur ai expliqué que je voulais défier les lois de la gravité etentrer dansl'histoire entantquepremier africain noir aller dans l'espace. Ma réponse leur a plu et j'ai été sélectionné parmi 30personnespour suivre un camp de préparationaParis». Au final,parmiplus d'unmillion de candidats de 75 pays différents,MandlaMasekoest sélectionnépourparticiper la compétition ettenter de gagnerune heure de vol dans l'espace bord du vaisseau spatial américain Lynx Mark.

«Je leur ai expliqué que je voulais défier les lois de la gravité et entrer dans l'histoire en tant que premier africain noir aller dans l'espace.»

Mais d'abord, il fautsatisfaireau camp d'entrainement de Paris.Il y subira des défis aussi éprouvants physiquement que mentalement.Entre les épreuves lui demandant de résister la gravité, de sauter en parachute plus de 3 km du sol etcellesoù il doit imposer son corps la force d'accélération d'un avion,MandlaMasekodécouvre un monde fait de labeur et d'efforts qui poussent son corps et son esprit leurs limites.

Recevoir le témoin de Nelson Mandela

MandlaMasekosera sélectionné avec une centaine de candidats.Ils seront envoyés au camp d'entraînement de la KennedySpaceAcademy, en Floride, pour une semaine de compétition.Ils subiront encore une fois des tests physiques et mentaux, jusqu'au jour des grands résultats.«Le 5 décembre 2013, Nelson Mandela est mort. 3 heures plus tardj'apprenaisque j'avais été sélectionné pour le programme spatial».

«Le 5 décembre 2013, Nelson Mandela est mort. 3 heures plus tard j'apprenais que j'avais été sélectionné pour le programme spatial».

MandlaMasekoest alors aux anges. Il va réaliser son rêve: aller dans l'espace. Mais ce voyage, il ne le considérait plus seulement comme son rêve lui.«Que Nelson Mandela meure un peu avant, cela m'a fait me sentircommesi ilme passait le témoin, qu'il me demandait d'inspirer mon tour les gens». D'ailleurs, inspirer,MandlaMasekol'a toujours souhaité.«Jeveuxmontrer aux jeunes sud-africains,et même du continent,que tout était possibleen allant planter un drapeau sud-africainportantsur la lune», explique-t-il des étoiles plein les yeux.Au retour ducamp d'entrainement,MandlaMasekosuit une formationde pilote au seindes forces nationales de défenses sud-africaines.Il devient mêmecaporal. Grâce son travailbénévole au sein de sa communauté, il organise des conférenceset transmet sa passion pour l'astronomie aux jeunes.Grâce saformation de pilote, il effectue des missions qui lui permettent de se préparer pour son heure de gloire, dans l'espace.Seulement, la navette censée décolleren 2015ne serajamaislancée. Le projet prend du retard. Jusqu' la terrible nouvelle annoncée la semaine dernière.MandlaMasekoest mort dans un accident de moto. Finalement, ilne verra jamais l'espace, ne plantera jamais le drapeau sud-africain sur la lune. Plein d'enthousiasme et de bonne volonté, mais freiné par les réalités techniques,MandlaMasekoest une véritable personnification des projets spatiaux du continent africain.

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Finalement, il ne verra jamais l'espace.

Il y a quelques années, les nations africaines ont lancé une course la conquête de l'espace avec une volonté affichée de rattraperleurretard sur les autres continents le plus vite possible. Effectivement, 40% des 31 satellites mis en service par le continent ont été lancés ces 3 dernières années. L'Union Africaine a lancé le processus de création d'une agence spatiale pour le continent. Et déj en 2016, le Nigeria apromis d'envoyer quelqu'un dans l'espace d'ici 2030. On espère que cettenavette lfinira par décoller, montrant la voie toutes cellesqui sont en constructionaujourd'huien Afrique.

ServanAhougnon

servan ahougnon

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