VACCINATION CONTRE LA COVID-19 : Les avis divergent à  Dakar

Par , publié le .

Economie

 

Le mercredi 17 février, le Sénégal a reçu 200 000 doses de vaccin contre la Covid-19 du laboratoire chinois Sinopharm. La campagne de vaccination pour les personnes à  risque sera lancée ce mardi. En attendant, les avis divergent sur la vaccination. Trois camps se dégagent : celui du refus catégorique de tout vaccin ; celui des citoyens qui veulent être rassurés avant d’en prendre et selon des convaincus de la nécessité du vaccin.

 

IBRAHIMA MINTHE

La vaccination contre la Covid-19 va débuter, ce mardi 23 février, par les personnes à  risque et autres citoyens ciblés dans cette première phase. Au sein de la population, on tarde à  se déterminer clairement sur la question qui divise. Qui sont ceux qui sont prêts à  prendre le vaccin ? »˜’EnQuête » est allé à  la rencontre des Sénégalais pour les sonder sur la question.

Au marché Tilène, ce dimanche, l’ambiance est au calme. Devant une boutique fermée, deux vieux, la soixantaine révolue, sont assis, chapelet en main, en train de les égrener. Sont-ils prêts à  se faire vacciner ? La question fait naître une nette division. L’un se montre prudent et déclare qu’il va se faire vacciner, s’il est convaincu que les vaccins ne cachent pas une visée malintentionnée. Par contre, l’autre a sursauté de sa chaise. Il soutient qu’en aucun cas, il ne se fera vacciner.

»˜’Ces vaccins nous viennent de l’extérieur. Et il faut savoir que les Blancs n’ont jamais souhaité le bonheur aux Noirs. Donc, moi, jamais je ne me ferai vacciner. Qu’on me laisse tranquille avec mes tisanes », soutient Assane, provoquant le rire de son ami. Il ajoute, cependant, que c’est un choix personnel. Il ne compte influencer personne à  prendre ou non le vaccin. »˜’Si les membres de ma famille sont prêts à  prendre le vaccin, c’est leur problème. Ce qui est sà»r, c’est que moi, on ne me fera pas vacciner », ajoute l’homme de 63 ans.

Le constat sur le terrain est que le vieux Assane n’est pas seul dans sa méfiance des vaccins et son refus de se faire vacciner. Dans un atelier de mécaniciens tout prêt de la gare routière »˜’Diola » à  Grand-Yoff, Cheikh a la tête sous le capot d’un véhicule qu’il dépanne. Son refus de se faire vacciner est de notoriété public, dans le coin. Interpelé sur la question, avant qu’il ne réponde, deux de ses collègues se rapprochent pour se délecter de sa réaction. L’homme, 'gé d’une quarantaine d’années, ne trahit pas l’attente de ses amis. »˜’Moi, dit-il en se frappant la poitrine, jamais je ne me ferai vacciner. Je me porte bien. Je n’ai aucune maladie. Vous ne voyez pas que je travaille ? », dit-il, l’air agité avant de continuer sa besogne.

Si Cheikh explique son refus par le fait qu’il jouit d’une bonne santé, d’autres, comme Oumar Touré, taximan qui attend sa voiture en entretien dans ce garage, ne croient pas en ces vaccins, parce que leur peur a été alimentée par les rumeurs qui circulent dans les réseaux sociaux.

Des messages qui sèment le doute

»˜’Je reçois beaucoup de vocaux sur WhatsApp qui font savoir que le vaccin est dangereux pour la santé. Et même des vidéos à  travers lesquelles on voit des gens vaccinés qui deviennent épileptiques », raconte le taximan, casquette bien visée sur la tête.

A quelques pas de cette gare, près d’un kiosque de la Lonase, un groupe de jeunes devisent. Amadou, 'gé de 24 ans, les cheveux crépus, justifie, lui aussi, son refus de se faire inoculer le vaccin par les informations qui lui parviennent des médias sociaux. »˜’Sur l’Internet, dit-il dans un rire, j’entends que le vaccin peut provoquer l’infertilité. Du coup, j’ai décidé de ne pas le prendre ».

A en croire Oumar, commerçant au marché Tilène, assis près d’un vendeur de café-Touba, profitant de son repos dominical, avec la fermeture des marchés, il n’y a pas que les réseaux sociaux. Certains médias, dit-il, ne donnent pas d’informations claires qui puissent permettent aux gens d’être édifiés sur le choix de prendre ou non le vaccin. »˜’Tantôt, ils te rassurent, tantôt, ils sèment le doute en toi.  J’ai aussi des amis qui sont à  l’étranger ; ils m’envoient des audios et vidéos qui montrent que, même en Occident, les gens refusent de prendre le vaccin. Moi, tant que je n’ai pas d’informations claires, je ne me ferai pas vacciner », soutient-il d’un ton sec.

Ces informations convaincantes, Yankhoba Cissé, taximan, en a aussi besoin. Mais en attendant, il se dit prêt à  être se faire vacciner, puisque, dit-il, le coronavirus existe bel et bien. »˜’Donc, tout ce qui peut nous aider à  en finir avec cette maladie, nous devons le faire », dit-il.

»˜’Je décide d’être vacciné et toute ma famille aussi » 

»˜’Moi, je suis prêt à  recevoir le vaccin, parce que, pour moi, du moment o๠nos médecins nous conseillent de le prendre, nous devons nous rallier à  leur décision. Moi je prends le vaccin et si je dis à  mes enfants et à  ma femme de le prendre, personne ne va s’y opposer », déclare, pour sa part, Yankhoba Cissé, trouvé à  la gare routière »˜’Diola » de Grand-Yoff.

Un avis que partage Astou Sarr, une dame dans la quarantaine, qui attend, près du rond-point Sham un véhicule en partance pour la ville. »˜’Je pense qu’il faut avoir confiance en nos médecins. S’ils nous conseillent le vaccin, c’est parce que c’est bénéfique pour notre santé », soutient-elle, jetant un coup d’Å“il à  la destination des véhicules qui passent.

Ousmane Ndiaye est un autre mécanicien qui se démarque de ses camarades par sa tenue propre. Se tenant devant un véhicule, il est en pleine discussion avec ses camarades. Agé de 56 ans, il se dit prêt à  recevoir le vaccin, parce que, pour lui, la vaccination n’est pas quelque chose de nouveau au Sénégal. »˜’La vaccination date de longtemps, au Sénégal. Nous avons reçu des vaccins contre la poliomyélite et d’autres maladies, depuis l’époque o๠on nous inoculait le vaccin à  l’aide de cette machine qui a l’air d’un pistolet », dit-il, le sourire en coin.

Au marché Tilène, Ousseynou Ndiaye, un ancien cordonnier 'gé de 70 ans, n’était pas informé de cette campagne de vaccination qui commence demain mardi. Mais ce troisième 'ge n’y voit aucun inconvénient. »˜’Nous, troisième 'ge, nous n’avons pas les moyens de nous faire soigner. Et du moment o๠c’est clair que le vaccin est gratuit, je pense qu’il ne devrait pas y avoir de réticence. Moi, en tout cas, je n’ai jamais eu peur de me faire soigner. Donc, je suis prêt à  prendre ce vaccin », soutient le vieux habillé d’un caftan vert-clair, jetant de temps à  autre un regard vers un jeune cordonnier qui répare ses chaussures.

————————————————————————————————————————-

Au cÅ“ur des doutes des Sénégalais

De Fann à  Ouakam, en passant par Mermoz, Sacré-CÅ“ur et Liberté 5, nombreux sont ces Sénégalais qui sont partagés quant à  l’idée de se faire vacciner contre la Covid.

Grace LECKABA (stagiaire)

Des théories du complot, la rapidité de production du vaccin, les experts qui ne sont pas toujours tous du même avis… Voilà  autant de raisons qu’une grande partie des Sénégalais évoquent afin de justifier leur refus de la vaccination contre la Covid-19 qui débutera ce mardi 23 février.

La semaine dernière, au moment de réceptionner les premières doses du vaccin anti-Covid-19, le président Macky Sall, face à  la presse, a confié qu’un lot 6 790 000 doses de vaccin contre la Covid-19 sera disponible, dans les semaines à  venir, afin d’entrer dans la phase de vaccination de masse. Mais un grand nombre de Sénégalais ne compte pas y prendre part. C’est le cas d’Ibrahim Cheikh, employé dans une entreprise chinoise de la place. Ni lui ni aucun de ses proches ne se fera vacciner contre la Covid-19.

»˜’Je ne vais pas me faire vacciner contre cette maladie-là . Et cela est valable pour les membres de ma famille », affirme-t-il.

Parmi les nombreux Sénégalais interrogés par »˜’EnQuête » sur la question, les autres raisons avancées sont les doutes sur l’efficacité du vaccin, la fixette des dirigeants du monde sur ces campagnes de vaccination et l’intérêt particulier qu’on accorde à  la Covid-19, contrairement aux autres virus qui sont là  depuis et dont on n’arrive toujours pas à  trouver le remède.

»˜’Tout le monde sait que le coronavirus existe. Pourquoi faire un vaccin aussi vite et demander aux populations d’aller se faire vacciner, quand personne ne connait les effets secondaires ? », s’interroge Ibrahim Cheikh. Avant d’ajouter : »˜’On a le sida qui est là . Pourquoi, jusqu’à  présent, on n’a pas trouvé de vaccin ? Ou bien il y a d’autres enjeux derrière la Covid-19 ? »

Eric, infirmier dans une structure sanitaire de la place, fait part aussi de ses doutes quant à  l’efficacité de ces vaccins anti-Covid-19. Selon lui, »˜’les vaccins ont été produits trop vite ». »˜’Je doute, poursuit-il, de leur efficacité ». Il est plutôt favorable aux gestes de protection.

Par contre, quelques-uns tentent de rassurer quant à  l’idée de se faire vacciner. En évoquant, entre autres, la protection des personnes vulnérables, la peur d’être contaminé avec les nouveaux variants, etc. C’est le cas d’Astou, infirmière en pneumologie au centre hospitalier de Fann : »˜’Les vaccins, dit-elle, permettent de nous protéger et de protéger les patients. »

Le plaidoyer de Momar Ndao (Pdt Ascosen)

Pour Momar Ndao, Président de l’Association des consommateurs sénégalais (Ascosen), les Sénégalais devraient prendre part à  cette campagne de vaccination contre la Covid-19. Selon lui, »˜’c’est la vaccination qui permet de faire face à  beaucoup de maladies. Et si, aujourd’hui, nous n’avons plus de maladies comme la polio, la lèpre, la tuberculose, etc., c’est tout simplement parce que nous avons été vaccinés. C’est la vaccination qui a permis de faire disparaitre un grand nombre de maladies ».

Il ajoute également que »˜’beaucoup de maladies ont régressé, du fait de la vaccination. C’est la vaccination qui nous mettra dans des conditions qui nous permettrons de lutter contre la Covid-19. Il faudrait que tout le monde soit vacciné. Parce que si tout le monde n’est pas vacciné, on ne pourra pas enrayer la maladie ». . Momar Ndao de conclure : »˜’Il faudrait aussi que les gens comprennent que la vaccination est une démarche de protection très ancienne. Depuis très longtemps, les gens se font vacciner dans le monde. »

Rappelons que cette phase de campagne de vaccination, avec les 200 000 premières doses réceptionnées par le Sénégal, ne concerne que le personnel soignant et les personnes 'gées de plus de 60 ans présentant des comorbidités.

 

O commentaire

Laisser un commentaire

Votre email ne sera pas publié. Champ obligatoire (*)

Défiler vers le haut