Guillaume Poupard (ANSSI) : ne mélangeons pas Alicem avec la reconnaissance faciale

À l'occasion du Forum international de la cybersécurité (FIC) de Lille, Guillaume Poupard a bien voulu répondre nos questions. Parmi les sujets, la souveraineté européenne, l'ENISA, ou encore la reconnaissance faciale.

C'est le coeur du sujet. La souveraineté nationale est un sujet de longue date, toujours d'actualité. À côté de cela, il y a trois ans, celui qui parlait de souveraineté européenne, et cela m'est arrivé, se faisait taper sur les doigts, car par définition elle ne peut être que nationale.

Aujourd'hui, cela a changé. Au niveau national, le Président de la République est le premier parler de ce sujet. La nouvelle Commission est très « pushy » pour l'évoquer. Tout l'enjeu est donc de bien expliquer que ce ne sont pas deux souverainetés qui s'opposent, mais qui se répondent et s'aident mutuellement. En tout cas c'est comme ça que je le comprends et que j'ai envie de le jouer.

Comme je l'ai dit lors de l'ouverture du FIC, de super puissances sont en train de se dégager au niveau du numérique. La volonté de la France est de rester dans le premier cercle de ces super puissances sauf que c'est un petit pays. Grand par plein d'aspects, mais petit pays. Et donc que si on a envie d'y rester, on a absolument besoin de la souveraineté européenne.

La souveraineté nationale française a besoin de l'Europe pour se réaliser dans le domaine cyber. À l'inverse, un moment où l'EU veut développer sa souveraineté européenne, elle a besoin de la France comme un Etat membre leader. Ce ne sont pas que des mots. L'idée est de se demander comment faire cela pour mettre cela en oeuvre très concrètement.

Des choses ont été faites et où les aspects nationaux et européens s'emboitaient. Ce fut le cas avec la directive NIS, finalement. La LPM et la loi allemande ont été apportées la commission, puis transformées en directive et ensuite transposées. C'est l où les souverainetés miroitent et où on a toujours veillé ce cela n'empiète pas sur les souverainetés, mais les renforcent. Voil pourquoi on a refusé que l'ENISA soit une agence supranationale, mais qu'elle aide les Etats travailler ensemble.

Un autre exemple très récent, c'est la 5G. Tous les Etats européens sont soumis une pression monstrueuse, et chinoise et américaine, trop forte pour un Etat tout seul. En France, on arrive encore résister, et encore. Dans la plupart des pays, cela a créé des clashs. Le fait de reprendre le sujet ensemble, 28, avec la Commission, de faire une analyse de risques commune, publiée en octobre, de construire une toolbox présentée mercredi dernier? voil une manière de concilier les intérêts européens et les questions nationales.

Nous vous recommandons

High Tech

#Flock se planque en quarantaine

Nextinpact

High Tech

Wi-Fi, sécurité, médical : « la révolution des ondes térahertz »

Nextinpact