Le cahier de doléances des salariés de Qwant

En mai dernier, une quarantaine d'employés de Qwant ont lancé un « immense signal d'alerte », au motif qu'elle aurait « besoin d'envoyer des signes forts et positifs ses employés ». Ce mémo, que nous nous étions procuré, a été révélé dans le Canard Enchaîné. Nous en avons vérifié les faits, complexes.

« Bonsoir chère direction ».Début juin, les dirigeants de Qwant reçoivent un email, courtois mais faisant état de nombreux problèmes. Il répertorie en effet les « retours individuels » émanant d'une quarantaine de leurs employés(soit le tiersdes salariés), travaillant pour la plupart dans son centre de recherche et développement Nice,qui développe notamment l'index de son moteur de recherche (voir notre précédente enquête), Qwant Junior Epinal, ou Qwant Music Ajaccio.

Il ne s'agit pas d'un audit formel, mené par des professionnels des ressources humaines, mais de la recension « brute » des problèmes rencontrés par les salariés,recueillis par leurs managers, et transmis la direction. Ses auteurs précisent, ce titre: «certains problèmes ont déj été remontés, sans suite, d'autres ont été pris en compte mais n'ont jamais été réellement traités ».

« Nous pensons qùil faut prendre cette liste comme un immense signal d'alerte que l'entreprise a besoin de rassembler et d'envoyer des signes forts et positifs ses employés »,soulignent les auteurs de ce quis'apparente un cahier de doléances. Les « maître-mots de ces retours » sont« manques de confiance », de «reconnaissance », de« communication » et de «fierté », mais également «précipitation et éparpillement au détriment de la qualité ».

« Pour préparer notre séminaire d'entreprise que nous avons organisé le 4 juillet dernier, et pour faire un bilan d'étapes avec toutes les équipes des 5 sites français de Qwant, nous avons demandé chaque employé de faire remonter anonymement leurs observations, leurs craintes et leurs souhaits », nous explique Guillaume Champeau, le directeuréthique et des affaires juridiques de Qwant. Ce que confirmeSampson Savinel, délégué du personnel de Qwant, que Guillaume Champeau nous avait invité contacter.

« Le tout sans aucun filtre, sans tabous et surtout de manière très directe voire cash. C'était notre demande», préciseChampeau. « Nous avons jugé cette démarche nécessaire suiteaux campagnes de déstabilisation et de dénigrement continue qui en ontperturbé certains et dont nous devinions qu'elles ont pu instiller des doutes, en particulier chez des employés nouvellement arrivés ou éloignés des services techniques. »

Il n'en déplore pas moins la « fuite » : « Nous regrettons que ce document préparatif interne, au contenu brut, ait pu fuiter. Mais c'est bien pour répondre l'ensemble de ces points et beaucoup d'autres, positifs et négatifs, que nous avons réuni nos équipes. »

Le fait est que, dans le lot de doléances, il en est qui surprennent. Quatorze d'entre euxdéplorent ainsi «l'absence d'index », celui-l même que nous avions pourtant contribué déboguer la semaine passée...:« Qwant Med, Qwant Art, Qwant Pay, Qwant Sports... c'est bien beau, mais n'oublions pas que nous sommes avant tout un moteur de recherche. Actuellement, la partie search est loin d'être la hauteur et ne semble pas être la priorité première. (ex: l'absence d'index et le manque d'effort mis sur Qwant.com est simplement inacceptable) ».

« L'existence de l'index et de son fort développement n'est pas contestable et leséclaircissements apporté lundi soir ont pu le confirmer », nous répond Guillaume Champeau. «Ce sont des remontées individuelles anonymes qui ont été compilées sans tri et envoyées telles quelles par la direction du site de Nice la direction générale pour "prendre le pouls". Cette phrase l peut très bien émaner de quelqu'un qui travaille sur le design de Qwant Music Ajaccio, le développement de Qwant Junior Epinal, ou un service spécifique intégré Qwant.com Nice».

« Les choses sont compartimentées », précise-t-il. «Qwant c'est autour de 150 personnes, avec des départs, des arrivées... et des gens répartis sur plusieurs sites différents, qui lisent comme nous les réseaux sociaux où certains individus obsessionnels publient, sans exagérer, plusieurs dizaines de tweets chaque jour pour dénigrer Qwant. Ca finit par semer des doutes qu'il a fallu lever lors de notre séminaire.».

« On a un index, mais pas mal de salariés se fient la presse»,précise de son côté Sampson Savinel :«Tout le monde n'a pas toutes les infos sur qui fait quoi, et donc il y avait des gens qui n'étaient pas au courant, et qui pensaient qu'on dépendait de Bing, c'est dommage...»

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